Les Sicaires1

Ils ne sont que quelques centaines. Leur nom, donné par les romains vient de la sica, le couteau qu'ils utilisait, et pourrait avoir aussi donné le surnom d'Iscariote du Judas des Évangiles (sikariot en araméen dans la peshitta2).

« On peut comparer les Sicaires à un mouvement terroriste actuel. Ils se réclament d’un penseur, Judas le Galiléen, qui sur des fondements religieux, légitima le combat contre Rome. Il transforma le premier commandement du judaïsme (« Tu n’auras qu’un seul Dieu »), en : « Tu n’auras pas d’autres maîtres que Dieu », ce qui impliquait la révolte contre l’occupant, mais aussi la lutte contre ceux qui acceptaient de se soumettre à l’occupant. Ses disciples se recrutèrent dans des cercles intellectuels, mais aussi et surtout chez des désespérés, qui n’ayant plus rien, n’avaient plus rien à perdre.

Ils menèrent des actions terroristes de type moderne : attentats, prises d’otage, et semèrent la terreur pen-dant des années. Ils étaient condamnés par le ju-daïsme traditionnel, car leur lecture des Écritures était très discutable et leurs pratiques encore plus. Eux pensaient le contraire et pensaient être les seuls à interpréter véritablement les Écritures. Une vraie scission dans le judaïsme s’était opérée. Pour preuve, les Sicaires allèrent jusqu’à assassiner les grands prêtres !

Même si ce groupe, comme toute organisation terroriste, faisait peur et restait marginal, il trouva le sou-tien d’une partie de la population dans le terreau du désespoir et des rancunes accumulées face à l’occu-pation, ce qui lui permit son succès, momentané du moins, car les Sicaires, fidèles à leurs convictions, se suicidèrent collectivement à Massada, en 74, afin de ne pas tomber vivants aux mains des Romains et d’être obligés, par la force, de reconnaître d’autres maîtres que Dieu. »


Les Zelotes

Le mouvement zélote est né dans certains cercles de prêtres, des plus radicaux, qu’on appelait les pharisiens schammaïtes : des férus d’Écritures, des Docteurs de la Loi, qui ont interprété à la lettre une tradition du « zèle » présente depuis des siècles dans la Bible et qui poussait à resserrer l’Alliance entre Dieu et Israël. Mais l’interprétation qu’ils en firent passait par la violence, contre les Romains et contre leurs compatriotes acceptant l’occupation. Là encore, leur interprétation extrémiste des Écritures ne faisait pas l’unanimité, mais de par leur statut, ils disposaient d’une certaine autorité, et certains paysans judéens, chassés de leurs terres par les légions romaines, leur faisaient confiance et les suivaient aveuglément.3

Les Zélotes (ou zélés), sont les groupes qui combattent le pouvoir romain les armes à la main pendant la Première Guerre judéo-romaine. Appelés aussi Galiléens, ils se révoltent initialement contre le recensement de Quirinius en 6 : le recensement viole d'une part un interdit biblique (seul Dieu est le comptable autorisé des âmes) mais d'autre part prépare l'institution de l'impôt « par tête ».

En se radicalisant, ils finissent par s'attaquer aussi bien à leurs compatriotes jugés timorés ou soupçonnés de collaborer avec les Romains, qu'aux païens qui — pensent-ils — souillent la Terre promise par leur seule présence. Les Zélotes constituent un des courants actifs du judaïsme du premier siècle. Secte juive anti-romaine, (l'aigle d'or d'Hérode est enlevé du (second) temple de Jérusalem par leurs soins), ils sont les principaux instigateurs de la révolte contre Rome : ils se défendent contre Titus avec acharnement, pendant le siège et après la prise de Jérusalem en 70. La répression romaine est sans appel : ceux qui sont faits prisonniers sont crucifiés. Beaucoup préfèrent mourir dans des suicides collectifs (voir par exemple la chute de la forteresse de Massada).

Le courant des Zélotes « se définit par un nationalisme intransigeant et agressif. Appelant de tous leurs vœux l’instauration du Royaume, ses tenants estiment devoir en hâter la venue par la violence. L’étranger est pour eux l’ennemi. ils dressent des embuscades, manient le poignard, entretiennent en Palestine un climat d’insécurité et d’agitation chroniques. Ils sont, de façon très directe, à l’origine de la révolte de 66-70. ».

«  Ces deux mouvements légitiment la révolte contre Rome sur des fondements religieux. Leurs parcours à l’origine sont bien distincts. Les passages des Écri-tures retenus sont différents, mais quel que soit leur mode d’approche, ils aboutissent au même résultat : la nécessité de se soulever contre Rome, ce qui passe dans un premier temps par l’élimination de tous leurs compatriotes qui se satisfont de la domination romaine.

Il n’est pas étonnant que les Sicaires et les Zélotes se soient alliés et aient coordonné leurs actions pour déclencher la guerre contre Rome, mais alors que la révolte dura des années, leur union ne dura que quel-ques semaines ! Les Zélotes massacrèrent les Si-caires qui durent se réfugier à Massada. Les Sicaires prétendaient en effet que le Messie était un des leurs, un certain Ménahem, qui venait par ses victoires de libérer la Terre promise de l’occupant romain. Les Zélotes, eux, voyaient dans ce Ménahem un impos-teur sacrilège, dont il fallait se débarrasser, ainsi que de ses partisans, si on espérait que Dieu vienne en aide aux révoltés. » 4


1 Cf. Christophe Mézange, auteur d'une thèse sur les Sicaires et les Zélotes, interview CEAS Mayenne, avril 2005 et d'un livre Les Sicaires et les Zélotes au tournant de notre ère (Paris : Librairie orientaliste Paul Geuthner, 2003 – 250 p.).

2 La Peshitta est la plus ancienne traduction syriaque de l'Ancien et du Nouveau Testament

3 Christophe Mézange

4Christophe Mézange

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