1. Timor-Leste - jusqu'en 1796

 

 

 2. Timor-Leste 1796- 1975

 

 

3. Timor-Leste 1975 - 1999

4. Timor-Leste - 1999 - 2002

5.  Timor-Leste 1  : 2002-2008

 Les premières crises post-indépendance 2002-2005

Depuis l’indépendance en mai 2002, le pays a connu plusieurs périodes troubles. De fait, même si la crise de 2006-2008 a été la plus visible internationalement, elle n’est pas la première que le pays ait connue. Dès novembre-décembre 2002, des manifestations anti-gouvernementales entraînaient la destruction de bâtiments administratifs, le pillage de plusieurs magasins et de résidences de proches du Premier ministre, accusés de favoritisme. Entre avril et mai 2005, des manifestations récurrentes se sont déroulées dans la capitale pour protester contre la volonté du gouvernement de réduire l’influence de la religion dans l’enseignement (Cabasset-Semedo et Durand, 2009). Plusieurs clivages sont alors devenus manifestes entre les composantes de la population et au sein de l’appareil d’État. Des tensions sont notamment apparues entre les deux diasporas timoraises respectivement tournées vers le monde anglo-saxon (dans la mouvance de l’ONU, de l’Australie ou des États-Unis) et vers le monde de langue portugaise (Portugal et Afrique lusophone). D’autres clivages se sont également fait jour entre la « vieille garde » de la résistance ayant vécu dans les montagnes et les régions de l’est et ceux qui avaient dû composer avec l’occupant, surtout dans les villes et à l’ouest du pays. Par exemple, les anciens résistants ont été plus généralement intégrés dans l’armée, tandis que les ex-policiers pendant l’occupation indonésienne sont plutôt entrés dans la police, instaurant une certaine défiance entre ces corps. Les positions très laïques de certains militants historiques du FRETILIN n’ont pas non plus aidé au rapprochement avec une population se déclarant à 96 % catholique. De même, l’interdiction initiale de l’accès à l’administration aux non-lusophones a laissé pour compte une grande partie de la jeunesse formée pendant la période indonésienne.

À ce titre, l’ONU porte certainement une importante part de responsabilité dans les « dérapages » politiques de la transition. En effet, elle n’a pas su préparer les cadres est-timorais à l’ampleur des tâches qui les attendaient, notamment en matière de gestion du budget. Ainsi, pendant la période de transition de 1999 à 2002, l’exécution budgétaire avoisinait les 95 % car l’administration onusienne effectuait le travail ‒ mais sans pour autant suffisamment former les Timorais. Après le départ des « experts », ce chiffre est tombé à 75 % en 2004-2005, puis à 62 % en 2005-2006 (Durand, 2008 : 121). La crise de 2006 s’explique ainsi en partie par une incapacité croissante de l’administration est-timoraise à gérer les dépenses publiques. Non seulement le gouvernement ne parvenait pas à engager un tiers de son budget, mais les promesses d’aides ou de pensions faites aux plus démunis et aux anciens combattants tardaient à se concrétiser, nourrissant d’autant le mécontentement.

 

La crise de 2006-2008

Un autre aspect du problème réside dans le un manque de connaissance des réalités timoraises par les experts pendant la période de transition. En 2001, réalisant tardivement la nécessité de mettre en place une constitution nationale avant l’indépendance, le personnel onusien a opté pour la solution de facilité en proposant la rédaction d’une constitution largement calquée sur le modèle portugais (Babo Soares et al., 2003 ; Gunn et Huang, 2006 : 111). Basée sur le principe d’un pouvoir parlementaire fort, la constitution accorde un rôle surtout symbolique au président de la République, ce qui est peu en accord avec les traditions est-timoraises d’arbitrage des différends. Cette disposition eut de graves conséquences en 2006.

La crise fut enclenchée en janvier 2006 par une pétition de 600 soldats (sur une force totale de 1 600), portée par le lieutenant Gastão Salsinha. Les hommes se déclaraient victimes de discriminations en raison de leur appartenance à la partie occidentale du pays. Une ancienne distinction demeure de fait entre les populations de l’ouest de Timor-Leste (Kaladi/Loromonu) et ceux du grand-est (Firaku/Lorosae), même si elle n’est ni ethnique ni linguistique (Gunn, 2010 : 86). Ce clivage n’est pas très nettement défini, ni clairement délimité géographiquement. Il s’est surtout forgé à l’époque coloniale entre ceux de l’ouest proche de Dili, considérés comme plus « assimilés », et ceux de l’est jugés plus « frustres ». Cette distinction avait été renforcée pendant l’occupation indonésienne de 1975 à 1999 dans la mesure où l’essentiel de la résistance armée (liée au FRETILIN) s’était concentrée dans l’est du pays. Ce phénomène s’est cristallisé autour des revendications des pétitionnaires.

Le président Xanana Gusmão, à qui la pétition fut présentée par les représentants des 600 soldats s’estimant discriminés, ne put gérer la question car la constitution nationale ne l’y autorisait pas. Alors que le problème était relativement simple, il fut obligé de renvoyer les pétitionnaires vers le gouvernement, qui ne prit pas la question au sérieux et leur enjoignit de retourner dans leurs casernes en attendant qu’une enquête interne soit menée. Les pétitionnaires refusèrent et désertèrent avec leurs armes, gagnant à leur cause une partie de la police militaire autour du major Alfredo Reinado, un héros de la résistance rapidement devenu une figure emblématique du mouvement de contestation. Ces désertions entraînèrent de graves troubles qui provoquèrent la mort de 37 personnes et le déplacement de 150 000 autres. La situation devenant ingérable, le président Gusmão fut obligé de demander le retour d’une force multinationale, tandis que les rebelles se cachaient dans les montagnes. En raison de la mauvaise gestion de ces crises, le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre furent contraints à la démission (Kingsbury et Leach, 2007 : 10).

Désormais conscient de ces problèmes, Xanana Gusmão préféra briguer le poste de Premier ministre dans le cadre des élections de 2007, tandis que José Ramos-Horta devenait président. La crise amorcée en 2006 n’était cependant pas résolue, d’autant que ces élections avaient écarté le FRETILIN du pouvoir et déclanché en conséquence des manifestations violentes de ses membres pendant plusieurs semaines. C’est en fait un double attentat manqué contre José Ramos-Horta et Xanana Gusmão, le 11 février 2008, qui mit fin à cette crise. Le président, bien que grièvement blessé, se rétablit, tandis que le principal meneur rebelle, Alfredo Reinado, été tué lors de l’attaque. Le processus d’amnistie qui suivit permit le retour des 100 000 déplacés internes vivant dans des camps. Les derniers camps furent fermés en 2009.

 1. extrait d'une conférence donnée à Sc Po par Frédéric Durand : trois siècles de violence et de luttes au Timor Oriental

 

6. Timor-Leste 2  : depuis 2009

 

Juillet 2017 : élections législatives

  • Les Est-Timorais élisent samedi leurs députés, un test pour la coalition au pouvoir. Les deux plus grands partis de la jeune nation du Sud-Est asiatique se sont alliés en 2015 : celui du premier ministre Rui Araujo, Fretilin, et le Congrès national de reconstruction timoraise (CNRT), le parti de la résistance de l’ancien président Xanana Gusmao. Il s’agit des quatrièmes législatives au Timor-Oriental depuis son indépendance, arrachée à l’Indonésie en 2002. Plus de vingt formations y participent, pour 65 sièges attribués au scrutin proportionnel, au-delà d’un seuil de 4 % des voix. PNG Report magazine
  • La campagne, dominée par des accusations mutuelles d’achats de votes, s’est déroulée sans heurts majeurs. Le pouvoir semble avoir réussi à imposer une stabilité politique. Le premier vote sans la présence d’observateurs de l’ONU s’est passé dans le calme en mars, pour l’élection du président Francisco Guterres, du Fretilin. Le prochain premier ministre devrait être issu du CNRT, en tête pour les législatives. L’électorat se positionne davantage en fonction du rôle du parti dans le mouvement pour l’indépendance que sur des bilans ou projets concrets, estime l’ONG Asia Foundation.

 

  • C’est un moment de transition important, car un cinquième des électeurs votent pour la première fois. Ils n’ont pas connu l’occupation indonésienne ni portugaise. La majorité est fixée à 17 ans, pour une moyenne d’âge globale de la population d’à peine 19 ans. Une nouvelle formation politique menée par l’ancien président Taur Matan Ruak, le Parti de libération du peuple, a tenté de séduire ces jeunes avec une campagne axée sur l’éducation, la santé, la lutte contre la corruption et le service militaire obligatoire face au taux de chômage élevé chez les moins de 25 ans. Inside Story, ABC News

 

  • L’Etat pourrait faire faillite dans les dix ans à venir. Le budget du gouvernement dépend à plus de 90 % des revenus du pétrole. Or ceux-ci diminuent, et les réserves financières du pays, de 16 milliards de dollars, fondent rapidement. L’exploitation du gisement pétrolier du Bayu-Undan doit se terminer en 2021. Celle d’un nouveau champ pétrolifère et gazier prometteur, le Greater Sunrise, est bloquée par un différend frontalier avec l’Australie.

 

  • Mais tout n’est pas noir. Il ne faut pas négliger les progrès réalisés, souligne The Diplomat. Le Timor-Oriental est le pays le plus démocratique d’Asie du Sud-Est. Il devient plus stable, d’après le Fragile States Index, ce qui crée un environnement optimal pour son développement malgré la pauvreté. Son économie dépendante du pétrole peine à se diversifier, mais commence à attirer des investisseurs étrangers, après l’arrivée d’Heineken en 2012. L’éradication de la malaria a rapidement progressé.

 

  • Signe prometteur d’ouverture, le petit pays de 1,3 million d’habitants entouré par des Etats conservateurs n’hésite pas à soutenir les droits LGBTQ. Son premier ministre s’est publiquement prononcé contre « la discrimination, le mépris et les sévices envers des personnes à cause de leur orientation sexuelle », une exception en Asie. La capitale, Dili, a accueilli sa première gay pride, le 29 juin. Si le mariage homosexuel n’est pas encore reconnu, l’objectif est d’aider à changer les mentalités. Mashable, Gay Star News.

 

2. le monde 21 juillet 2017, Jeanne Chevalier

 

 

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