Déclaration Balfour

2 novembre 1917

Par une lettre qu'adresse Lord Arthur Balfour, à Lord Rothschild, les Anglais promettent au peuple juif un foyer national. La lettre est publiée dans le Times de Londres le 9 novembre 1917.

Arthur James Balfour (1848-1930) est un homme politique britannique qui appartient au Parti conservateur. Il est notamment Premier ministre de 1902 à 1905, puis Foreign Secretary, ministre des Affaires étrangères de 1916 à 1919.

Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937), le Second Lord Rothschild est naturaliste - détenteur d'une grande collection zoologique et fondateur d'un musée d'histoire naturelle (Walter Rothschild Zoological Museum). Il est sioniste et membre d'une importante et riche famille juive anglaise. Il a participé au congrès de Bâle. Il est proche de Haïm Weizmann fuur premier président de l’État d'Israël.
C'est la première acceptation d'une terre pour les Juifs
Cher Lord Rothschild,
J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvée par lui.
Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif,
et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif,
étant clairement entendu que
rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine,
ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.
Arthur James Balfour
Une première version comportait les termes race juive, remplacés par peuple juif. Il sera beaucoup reproché aux britanniques pour cette lettre, car notamment elle leur permet :
- de disposer de la terre d'autrui sur laquelle ils ne sont d'ailleurs même pas présents. Les Britanniques entrent dans Jérusalem fin décembre 2017
- sans demander leur avis aux populations locales, alors même que le principe du droit des peuples à disposer d'eux-même s'impose de plus en plus. C'est seulement deux mois plus tard que le président américain Wilson, dans son discours du 8 janvier 1918 énonce ce droit, au point cinq des ses 'quatorze points'
Quatorze points Wilson , Point 5 :Un ajustement libre, ouvert, absolument impartial de tous les territoires coloniaux, se basant sur le principe qu'en déterminant toutes les questions au sujet de la souveraineté, les intérêts des populations concernées soient autant pris en compte que les revendications équitables du gouvernement dont le titre est à déterminer.
La lettre considère la population arabe locale, pourtant largement majoritaire même si elle est peu nombreuse, comme une partie accessoire dénommée 'collectivités non juives existant en Palestine'.
A l'inverse, pour les sionistes et leurs soutiens :
- cette partie du monde, sous peuplée est sans identité politique, ni langue, culture ou religion propre, ni revendication autonomiste. La famille Hussein chassée par les Séoud, est originaire du Hedjaz, non de Palestine et cherche à créer ou reprendre un nouveau royaume, quelquesoit le lieu (Transjordanie, Irak, Syrie, Palestine..).
- la Palestine est une simple province de l'empire ottoman. Il sera d'ailleurs divisé en une vingtaine d’États nouvellement créés. L'un des plus petits pourrait leur revenir, tous les autres étant arabes.
- La Palestine, dont le nom a été attribué en 135 par l'empereur Hadrien pour effacer l'histoire juive, a été envahie a de multiples reprises sans pour autant que ce territoire appartienne aux envahisseurs successifs ( arabes, perses, chrétiens, mamelouks, turcs, anglais)
- il y a toujours eu une présence juive depuis l'antiquité sur cette terre et particulièrement à Jérusalem où les Juifs sont majoritaires
- les Juifs étant rejetés de partout, il est cohérent de leur permettre de revenir sur leur ancien royaume.
- le lien culturel et religieux n'a jamais été rompu car les prières juives se sont toujours tournées vers Jérusalem, ville que le Coran ignore.
La déclaration Balfour n'est pas motivée par un philosémitisme quelconque, mais aurait indirectement visé des Juifs de Russie dont Londres pensait que leur influence était grande dans le mouvement bolchevik.
Or Londres tentait d'éviter que l'allié russe abandonne les alliés suite à la révolution de 1917. Balfour est en 1905 promoteur d'un projet de loi limitant l'entrée des Juifs de Russie en Angleterre.
La lettre est aussi un moyen de remercier Weizzman, chimiste de renom qui a permis à la Grande-Bretagne, par son procédé de fabrication de l'acétone et de la cordite, inventé en 1915, de fabriquer de grandes quantités d'explosifs durant la première guerre mondiale, et donc d'obtenir un avantage décisif.

 


 

Ainsi à Llyod Georges qui l'interroge "Il n'y a rien que nous pouvons faire comme une reconnaissance de votre aide précieuse pour le pays" Il a répondu "Oui, je voudrais que vous fassiez quelque chose pour mon peuple" ... c'était la source et l'origine de la fameuse déclaration ".1

 

Lloyd Georges était persuadé que la « race juive » était dotée d'un pouvoir considérable, capable d'infléchir le cours de la guerre.

Selon lui, les Juifs étaient guidés par leurs seuls intérêts financiers. Ils avaient le pouvoir d'influencer les États-Unis pour qu'ils interviennent plus rapidement dans la guerre2. Les Juifs, véritables instigateurs de la Révolution russe, pouvaient agir sur les relations de la Russie avec l'Allemagne.

(…) aussi la Grande-Bretagne n'avait-elle guère d'autre choix : elle devait sceller une alliance avec le judaïsme.3

 

Pour James Barr4, la lettre a pour but de sécuriser la route des Indes :

 les Anglais contrôlant déjà l’Égypte, ils ne tardèrent pas à comprendre qu'en soutenant ouvertement les aspirations sionistes à transformer la Palestine en un État juif ils pourraient sécuriser le flan oriental du canal de Suez, très vulnérable, tout en évitant de s'attirer des accusations d'accaparement de terres...

Ils croyaient que les Arabes sauraient reconnaître les bénéfices économiques d'une immigration juive et que les Juifs feraient longtemps preuve de gratitude envers le Royaume-Uni pour les avoir aidé de la sorte à réaliser leur rêve. Ces deux hypothèses se révélèrent erronées.

 

Pour Tom Segev, l'explication communément avancée de favoriser un foyer juif pour garantir de la route des Indes (par le canal de Suez ) ne tient pas

 Le contrôle de la route des indes n'impliquait pas nécessairement la conquête de la Palestine, et son occupation n'induisait pas non plus qu'il faille la donner aux Juifs. Elle pouvait tout aussi bien être remise aux Arabes. 5

 

Pour les Juifs la déclaration est le premier pas vers l'État qui appellent de leurs vœux. La Palestine est alors ottomane (et comporte la Samarie et la Judée6), sans à l'époque mention ou revendication d'un État autonome pour un peuple palestinien.

La déclaration est ensuite confirmée à la conférence de San Remo et plus tard dans l'article 2 du mandat donné à la grande-Bretagne par la SDN (mais sans la Transjordanie que les Anglais réserve aux Hachémites) et enfin à l'article 95 du le Traité de Sèvres (non ratifié par l'empire ottoman et remplacé par le traité de Lausanne en 1923).

 

Pour Georges Corm, l'historien libanais formé à Paris,

 par ce texte, un gouvernement, celui de la Grande-Bretagne, disposait d'un territoire, la Palestine, sur lequel il n'exerçait aucune souveraineté de droit ou de fait, au profit d'une communauté religieuse, les Juifs, vivant dans sa quasi-totalité hors de cette terre.7

 

Le 9 février 1918, alors que les Anglais sont entrés en Palestine, la France reconnaît les effets de la déclaration Balfour par un communiqué :

Monsieur Sokolov8, représentant des organisations sionistes a été reçu ce matin par monsieur Stephen Pichon9, qui a été heureux de lui confirmer que l'entente est complète entre les deux gouvernements français et britannique en ce qui concerne un établissement juif en Palestine.10

 

En 2018, Najib Al-Qaddoumi, membre du Conseil national palestinien, fait de la Déclaration Balfour l'analyse (si l'on peut dire) suivante11 :

« La Déclaration Balfour a été la pierre angulaire de la création de cet État voyou [Israël]. Examinons les circonstances entourant cette déclaration d’Arthur Balfour, qui était alors ministre des Affaires étrangères britannique. Examinons la situation des juifs en Europe et en Russie à l’époque. Ils vivaient dans des communautés recluses. Ils ne savaient rien faire d’autre que gagner de l’argent grâce au commerce, aux stratagèmes, à la corruption, etc. A tel point que les peuples d’Europe et de Russie se sont lassés d’eux et ont souhaité qu’ils quittent leurs pays. Les [juifs] ont saisi cette occasion et ont convoqué le [premier Congrès sioniste] à Bâle en 1897. Ce jour-là, l’idée de mettre en œuvre la Déclaration Balfour était née. »

 

Cela dit la déclaration Balfour doit être comprise dans le contexte compliqué des diverses promesses et accords des britanniques. La correspondance MacMahon-Hussein de 1915 laisse planer un doute sur le sort promis à la Palestine en cas de création d'un grand royaume arabe. L'accord Sykes-Picot de 1916 partage la région entre anglais et français mais donne un statut international à la Palestine. La conquête britannique de 1917 change évidemment la donne. Là encore les Britanniques vont promettre aux uns et aux autres. Le livre blanc limitant le nombre d'immigrants juifs en 1939.

 

En 1921, Churchill commente ainsi la déclaration Balfour à Jérusalem devant une délégations de chrétiens et musulmans de Palestine ;

« La déclaration Balfour ayant été ratifiée par les puissances alliées, c'était un fait acquis. Le foyer national pour les Juifs serait "bon pour le monde, bon pour les Juifs et bon pour l'Empire britannique ... bon pour les Arabes qui habitent en Palestine". Il a souligné que Balfour parlait de " la création en Palestine d'un foyer national pour les Juifs" et n'avait pas dit qu'il ferait de la Palestine le foyer national pour les juifs ".

Cela" ne signifie pas qu'il cessera d'être le foyer national d'autres peuples, ou qu’un gouvernement juif soit mis en place pour dominer le peuple arabe.»

Dans son discours, Churchill n'hésite pas affirmer que la déclaration Balfour assure des droits politiques aux Arabes, alors que précisément, ceux-ci ont été omis pour n'aborder que les droits civils et religieux.

Cette conférence confirme l'octroi de la Syrie et du Liban à la France, la Palestine à la Grande-Bretagne. La partie au-delà du Jourdain, devient l'émirat de Transjordanie donné à Hussein (chassé de la Mecque et du Hedjaz en 1924 par les Seoud) en remerciement de ses services. Fayçal, fils de Hussein y gagne le royaume d'Iraq (qui durera jusqu'à la révolution de 1958), suite à l'intense lobbying du colonel T.E. Lawrence auprès des Britanniques.

L’État d'Israël voit le jour en mai 1948, trente ans après la déclaration Balfour.

 

1 Richard Rhodes, The making of the Atomic Bomb", p.89-90

2 Le congrès américain vote l'entrée en guerre des États-unis le 6 avril 1917, Wilson proclamant que l'Amérique doit donner son sang pour les principes qui l'ont fait naître.

3 Tom Segev, c'était en Palestine au temps de coquelicots, Linan levi ,2000, p.50

4 James Barr – une ligne dans le sable

5 Tom Segev, C'était en Palestine au temps de coquelicots, Liana Levi, 2000, p.48.

6 Le nom 'Cisjordanie' n'existe pas avant 1950 - et la Jordanie actuelle.

7 Georges Corm – Le Proche-Orient éclaté

8 Membre du comité executif du mouvement sioniste international

9 Rappelé au quai d'Orsay par Clémenceau le 17 novembre 1917

10 Empire ottoman, les Arabes et les grandes puissance, op. Cité p.71

11 interviewé sur la chaîne télévisée de l’Autorité palestinienne le 4 novembre 2018 et cité par Memri TV

 

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