Ein Kerem,  est un ancien village arabe à l'Ouest de Jérusalem. C'est maintenant un quartier atypique et un peu excentré, toujours semblable à un petit village. Réputé pour ses galeries ou les concerts qui s'y donnent, le village est aussi un important site chrétien.

Son nom signifie la "source de la vigne" en hébreu, mais son nom arabe est Ein Karim, la "source généreuse". Les croisés l'avaient appelé “Saint-Jehan des Bois”.

Le site est magnifique. Dans un article du Yediot Ahaaronot repris par courrier international, il est décrit ainsi : "Imaginez un petit village entouré de montagnes verdoyantes, des clochers, une source, une merveille à chaque coin de rue et des restaurants de style européen. Imaginez des trésors perdus que certains espèrent découvrir un jour ou l’autre, touchés par la grâce. Imaginez un village jadis visité par des généraux britanniques, des aristocrates européens, et même par le pape. Non, vous ne rêvez pas ! Cet endroit existe. Il se trouve à deux pas de Jérusalem. Ein Kerem, c’est le meilleur de l’étranger à Jérusalem."

 

[ Voir aussi la video : Découverte avec David Mansour du quartier d'Ein Kerem à Jérusalem pour le Studio Qualita ]

 

 Ein Kerem dans la guerre d'indépendance

"En juillet 1948, le village fut attaqué, non par l’armée israélienne (officiellement, Ein Karim faisait partie du territoire internationalisé de Jérusalem), mais par des forces irrégulières juives nationalistes et travaillistes commandées par le futur chef d’état-major Raphaël Eitan.

Un mouvement d’exode débuta le 11 juillet 1948, le village tomba le 18 juillet et les derniers habitants du village furent évacués par les forces israéliennes le 21 juillet. Les 3 200 habitants arabes d’Ein Karim étaient à 80 % musulmans.

Contrairement à ses voisins immédiats, Ein Karim a largement échappé à la destruction, et ses demeures sont habitées par des familles juives originaires pour la plupart du Yémen. Quelques maisons sont habitées par des familles arabes chrétiennes, mais celles-ci sont originaires d’Ikrit, un village arabe israélien proche de la frontière libanaise et dynamité en 1950. Bénéficiant de la politique de reboisement israélienne, Ein Kerem est aujourd’hui un écrin de verdure qui abrite toujours des monastères catholiques, orthodoxes grecs et orthodoxes russes, ainsi que la bonne bourgeoisie de Jérusalem.

Les terres du village abritent également les facultés de médecine de l’Université hébraïque de Jérusalem, l’hôpital Hadassah et un lycée agricole." (Ron Peled, article paru dans Courrier international Sur les collines de Judée, pèlerinage à Ein Kerem, repris du journal israélien Yediot Aaronot le 10/10/2007)

 

Tradition chrétienne relative à la vie de Jean le Baptiste

Ein Kerem abrite le lieu de naissance de Jean le  Baptiste.

Jean, de son vrai nom Yo'hanan, est la fils d'Élisabeth (Elisheva), fille du prêtre Matan et de  Zacharie, un prêtre qui officie au Temple. Élisabeth serait selon l'évangile  une parente de Marie. L'Islam considère que c'est sa soeur. Jean est donc un cousin plus ou moins proche de Jésus. C'est l'archange Gabriel qui annonce aux futurs parents déjà très âgés la venue d'un fils. Zacharie est sceptique et sera puni pour cela. Il en devient muet jusqu'à la circoncision de Jean.

L'épisode rappelle celui de Abraham et Sarah , âgés de 99 et 90 ans à la naissance de Isaac.

Jean est cité par l'historien judeo-Romain Flavius Josèphe et l'évangile de Luc.

Ce prédicateur, qui prêche dans le désert et  dont l'audience est très large, a annoncé la venue de Jésus. Il le baptise dans le Jourdain. ( Sur la vie de Jean cf l'article très complet de wikipédia). 

On sait que Hérode Antipas, l'aurait fait jeter en prison avant de le faire exécuter en le décapitant. D'après l'historien Rufin d'Aquilée (345-411) , le corps de Jean est retrouvé en 362 par l'empereur Julien l'apostat (361-363) à Macheron (Sebaste), l'actuelle Sichem. L'empereur opposé au christianisme, qui ne reste que 20 mois au pouvoir, aurait fait exhumer le corps avant de bruler les os et de disperser les cendres de Jean.

L'arrestation de Jean serait motivée par sa forte notoriété, de nature à effrayer le pouvoir, mais plus sûrement parce qu'il critiquait d'une manière véhémente l'union de Hérode Antipas avec sa nièce Hérodiade.

Hérode le Grand eu beaucoup d'enfants dont Aristobulle IV (père d'Hérodiade), Hérode Philippe Ier et Hérode Antipas.

Hérodiade est mariée avec son oncle Hérode Philippe Ier, avec lequel elle a une fille Salomé.  Suite aux propositions de mariage avec son autre oncle Hérode Antipas, pourtant marié  à la fille du roi Nabatéen Arietas IV,  elle se sépare de Hérode Philippe 1er ce qui fait scandale.

Elle se marie ensuite avec Hérode Antipas, son autre oncle, le demi-frère de son premier mari, qui a répudié sa femme.

 Le récit de la mort de Baptiste est un moment maintes fois relaté, qui a aussi inspiré les peintres :

« Or vint un jour propice, quand Hérode [Antipas ], à l'anniversaire de sa naissance.. donna  un banquet pour les grands de sa cour, les officiers et les principaux personnages de la Galilée (Mc 6:21) ».

La fille d'Hérodiade dansa et « elle plut à Hérode et à ses convives ». « Le roi » lui dit : « Demande-moi ce que tu voudras… Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume ». La fille d'Hérodiade demanda pour sa mère la tête de Jean-Baptiste présentée sur un plateau.

Hérode, fort attristé, envoya cependant un garde décapiter Jean dans sa prison, placer sa tête sur un plateau et la présenter à la jeune danseuse qui l'offrit à sa mère Hérodiade.

Dans les évangiles, le nom de la fille d'Hérodiade qui se livre à la danse n'est pas précisé. La tradition retient le nom de Salomé"

Il semble que la danse de Salomé, parfois appelée la danse des sept voiles, qui sont enlevés l'un après l'autre, soit une danse de séduction. Il subsiste une interrogation sur la relation qui lie Hérode Antipas à Salomé.

L'épisode peut être rapproché de celui de Judtih qui séduit l'ennemi Holopherne lors d'un banquet mais le décapite dans la nuit.

 

 Origine du Baptême

Cette pratique, qui consiste à immerger brièvement une personne est familière à tous les chrétiens. C'est un sacrement qui fait du baptisé, catholique ou orthodoxe, "un enfant de Dieu". Pour les Protestants, c'est le signe d'une main tendue de Dieu vers l'homme. Les protestants évangélistes pratiquent le baptême à l'âge adulte, c'est une nouvelle naissance qui marque sa réconciliation avec Dieu.

Le mot Baptême vient du grec et signifie immerger, plonger dans un liquide. On le trouve dans la tradition juive, la  femme devant s'immerger dans le Mikvé, le bain rituel, pour se purifier après ses règles. Celui qui a touché un mort doit aussi se purifier de cette façon.

 

L'ÉGLISE DE LA VISITATION

Elle est construite à l'endroit où habitaient Élisabeth  et Zacharie.  Élisabeth à salué Marie, sa parente venue la visiter. Lors de la rencontre, tous près, à la source d'Ein Kerem, les deux femmes étaient enceintes. C'est là que Marie a prié et chanté ensuite, le texte a donné le Magnificat.

Cette visite que fit Marie à sa parente Élisabeth, appelée la visitation, est célébrée tous les ans le 31 mai ( 30 mars pour les orthodoxes). Son récit contenu dans l'évangile selon Luc est repris en partie dans la première partie (le louange) du texte de la prière "Je vous salue Marie", l"Avé Maria en latin : 

En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers le haut pays, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth. Or, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie du Saint Esprit, et s'écria d'une voix forte  : "Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de tes entrailles ! Et comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur (Lc 1:39-45) !" »

Les éléments de Luc repris dans  la prière sont les suivants :

[L'ange entra chez elle et dit ] je vous salue Marie, pleine de grâce ; Le Seigneur est avec vous. (Luc, 1-28). [Élisabeth fut remplie du Saint Esprit, et s’écria d’une voix forte : ] tu es  bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni (Luc 1-42).

Un autre épisode a eu lieu sur le même site, après la naissance de Jean. Ayant appris qu'avait commencé le massacre des innocents, Élisabeth et Zacharie se cachent, poursuivis par les soldats d'Hérode. Ne trouvant pas d'endroit favorable elle implore la montagne et le rocher s'ouvre pour les cacher.

Le massacre des innocents

Hérode, effrayé de l'avènement d'un roi des Juifs annoncés par ses devins, donne l'ordre selon Mathieu, de tuer tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem. L'épisode parait calqué sur la mort des premiers nés ordonnée par Pharaon contre les enfants d'Israël en Égypte. On ne prête qu'aux riches et Hérode étant été particulièrement sanguinaire (il a fait exécuter deux de ses fils, sa femme et sa belle-mère), l'épisode n'est pas impossible.

"Alors Hérode, ...entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages." (Mathieu, ch 2 - 16-18).

"Élisabeth, informée que l'on cherchait Jean, s'enfuit dans les montagnes, et elle regardait autour d'elle pour voir où elle le cacherait, et elle ne trouvait aucun endroit favorable. Et elle dit à voix haute et en gémissant: « O montagne de Dieu, reçois la mère avec le fils. » Et aussitôt la montagne qu'elle ne pouvait gravir, s'ouvrit et les reçut." Protoévangile de Jacques , Ch. XXII)

 

L'édifice

Comme souvent à Jérusalem, les édifices se sont succédé avant d'avoir la construction actuelle. Une première église fut édifiée par les croisés (1099 - 1187) qui tomba en ruine suite  leur départ.

La ruine est achetée par les Franciscains en 1679, mais faute d'autorisation ottomane, aucune reconstruction n'intervient avant 1862. Un niveau supérieur est construit ensuite, entre 1938 et 1955. L'architecte en est Antonio Barluzzi, qui  a reconstruit aussi Dominus Flevit et l'église de Toutes les Nations sur le mont des Oliviers. Barluzzi, est d'ailleurs représenté, en short, sur l'une des fresques de l'église.

Le mur de droite est un vestige resté debout de l'église croisée. l'édifice est construit sur le sol d'une grotte et vise à reproduire l'entrée de la maison de Élisabeth et Zacharie. Ainsi le sol représente un tapis de paille et le plafond une vigne.

Quarante deux plaques où le Magnificat est écrit en autant de langues sont visibles dans la cour , à l'image de ce qui a été fait au Pater Noster ( l'Éléona).

L'intérieur de l'église est orné de fresques italiennes déclinant le thème de la visitation. L'une de fresques représente le concile d'Ephèse (431) qui a condamné le nestorianisme comme hérésie.

Le nestorianisme

C'est une doctrine affirmant que deux hypostases (substances), l'une divine, l'autre humaine, coexistent en Jésus-Christ. Cette thèse a été à l'origine défendue par Nestorius (381-451), patriarche de Constantinople (428-431). Son enseignement, reconnu hérétique, est condamné lors du Concile d'Ephèse. Nestorius, y perd son patriarcat et est exilé.

 A l'intérieur de l'église, à gauche sous l'autel secondaire se trouve la grotte, le lieu de naissance de Jean, là ou selon la tradition était la maison de ses parents. En fait le rocher de la grotte était à l'extérieur mais a du être déplacé pour arrêter les prélèvements destructeurs de pèlerins.

Une fresque représente la bataille navale de Lépante (1571) où la Sainte-Ligue réunie à l'initiative du  Pape Pie V, composée d'escadres vénitiennes, espagnoles mais aussi génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, ont battu les Ottomans et coulé près de 200 bateaux, tuant 20000 soldats ottomans. Lépante est située à l'ouest de la Grèce.

La mosaïque sur le fronton représente l'arrivée de Marie  à Ein Kerem. Une sculpture représentant Elisabeth et Zacharie est située devant le mur du Magnificat.

La pierre à côté de l'ancienne citerne, serait le rocher qui s'est ouvert pour les cacher.

le clocher se visite sur demande. La vue d'en haut, sur la vallée du Sorek, de sa source jusqu’à son embouchure, au sud de Tel-Aviv , est splendide. Selon la tradition juive, le Sorek séparait les Hébreux et les Philistins.

 

 L'ÉGLISE SAINT-JEAN BAPTISTE

 C'est là ou serait né Saint-Jean Baptiste. L'église est aussi appelée Saint-Jean des montagnes (Saint-Jean Ba-Harim). Ses parents étaient déjà très âgés et Elisabeth, comme Sarah la femme d'Isaac, aurait été avertie de sa future grossesse par un ange.

Comme souvent, l'église repose sur les ruines d'une église byzantine, à laquelle a succédé une importante église croisée. Les Franciscains acquièrent l'endroit en 1621 et entament la construction dès l'autorisation obtenue du Sultan en 1674. L'église est ensuite agrandie de 1857 à 1900, le financement est du essentiellement à la famille royale d'Espagne.

On peut observer deux mains croisées gravées dans la pierre sur le porche de l'église : celle de Jésus et celle de Saint-François d'Assise, fondateur de l'ordre, sont entrelacées, chacune tenant un rameau. Au-dessus on peut voir le symbole des Franciscains  : une croix et quatre petites croix représentant les clous utilisés pour crucifier Jésus.  L'ordre est chargé de la protection des lieux saints par le Vatican.

"Les fouilles, réalisées jusqu’à maintenant seulement à l’extérieur de l’église, par le Père Saller en 1941-1942, ont fait voir qu’elle a été élevée dans un quartier habité au I° siècle par des juifs (car il y a un “Bain Rituel”) puis fréquenté par des païens (car il y a une statue d’Aphrodite et des pressoirs). À partir du IV°-V° siècle) il s’y établit un vaste espace de cimetière chrétien autour des tombes vénérées de deux “Martyrs de Dieu” inconnus, mentionnés sur une inscription redécouverte en 1885. En face de ces tombes ont été trouvés les restes d’une chapelle dont le sol est une mosaïque; une autre chapelle fut ensuite découverte du côté Sud. Toutes ces données, bien qu’elles ne soient pas liées à la personne de Saint Jean-Baptiste, témoignent d’une longue tradition cultuelle." (site de la custodie Terrae Sanctae)

De part et d'autre de la nef se trouvent les statues de Saint-François d'Assise, fondateur de l'ordre des Franciscains et de Sainte-Claire fondatrice de l'ordre consacré aux femmes.

On peut voir deux peintures. L'une attribuée à l'atelier du peintre le Greco (1541- 1614) figure marie dans l'abside de droite. L'autre est une toile représentant la décollation de Saint-Jean Baptiste est attribuée au peintre espagnol Ribalta ( 1565 - 1628)

Sur le mur de la cour de l'église, on retrouve la chanson de l'action de grâce que Zacharie chanta à la naissance de Jean, le Benedicité (Luc 1:68-79), traduite en 24 langues. C'est une prière qu'à formulé Zacharie à la naissance de son fils, qui est maintenant récitée avant le repas par les chrétiens. Bénédicité signifie "bénissez".

Des fouilles entreprises suite à l'effondrement d'un sol sous le poids d'un canon britannique en 1939, ont mis à jour des mosaïques et une statue de Vénus du 1er siècle dont une copie est toujours présente au sous-sol de l'église. Il y avait, visible encore sous les fondations, les restes d'un temple dédié à Vénus et les reste d'une église byzantine et croisée.

 

LE COUVENT DES SOEURS DE NOTRE-DAME-DE-SION

 Comme l'église des soeurs de Sion dans la vieille ville, le couvent a été créé au XIXe siècle par les frères Ratisbonne, Juifs strasbourgeois convertis au catholicisme. (cf à ce sujet le couvent des soeurs de Sion dans la vieille ville). L'ordre compte environ 400 soeurs dont 13 vivent dans le couvent.

La maison de Alphonse Ratisbonne, l'ainé est encore debout, à gauche du sentier, entourée de cèdres âgés de plus de 130 ans. Lui-même est enterré au cimetière attenant. Sur sa tombe se dresse une statue de la Vierge Marie où est gravée la phrase : “O Marie, souviens-toi de ton enfant, délicieux et adorable triomphe de ton amour.” Les religieuses du couvent sont aussi enterrées dans ce cimetière, qui comporte en outre un sarcophage datant du second Temple

 

LA SOURCE DE MARIE

En sortant du couvent vers la droite et en reprenant la rue principale, on peut bifurquer vers la source, qui est le lieu exact de la rencontre entre Marie et Elisabeth.

La source est surmontée du minaret de la mosquée attenante. Le village, accueillait des musulmans partis d'Espagne suite à la Reconquista de Ferdinand d'Aragon à la fin du XVe siècle. Il dépendait depuis la fin du XIXe siècle d'Abou Gosh.

 

 

LE MONASTÈRE ORTHODOXE  RUSSE

Le monastère est construit sur le terrain  d'olivier acquis en 1871  par l'archimandrite Antonin

Si la construction de cette église a commencé en 1905, elle n'a été consacrée qu'en 2007.