Pièce de monnaie avec la moention Judaea Devicta

L'empereur Hadrien a changé en 130 le nom de Jérusalem en Colonia Aelia Capitolina

« Aelia » vient du nom gentilice1 de la famille d'origine d'Hadrien, Aelius, ce qui perpétue ainsi le nom du fondateur de la ville. « Capitolina » indique que la nouvelle cité est placée sous le patronage de Jupiter Capitolin, dieu suprême de Rome.

En pratique, Aelia tout court est plus employé que le nom officiel « et ceci durant plusieurs siècles, jusqu'à la période islamique. » En 638, après la conquête musulmane, Omar conserve ce nom sous la forme  Iliya , mais remplace la référence à Jupiter Capitolin par Bayt al-Maqdis qui signifie littéralement « la Maison du sanctuaire2 », équivalent du terme hébreu Beit ha-Mikdash qui dans les deux cas désigne le Temple de Jérusalem.

" On admettait que l'édification d'une ville païenne, Aelia Capitolina, en lieu et place de Jérusalem avait commencé après la défaite des insurgés. Or la mise au jour d'un trésor monétaire dans la région du mont Hébron livre des monnaies romaines portant la mention Aelia Capitolina sur lesquelles Bar Kochba grava en surimpression ses propres devises.

Les travaux, sous le gouverneur Tinéius Rufus auraient donc provoqué la guerre.

Cependant, Rome reconnaît une autorité judiciaire et politique juive, le patriarcat, qui remplit les fonctions autrefois dévolues au sanhédrin. Au début du IIe siècle survient une restauration marquée par des rachats de terres et la reconstruction des villes et des bourgades. La soudaine explosion de 132 s'explique mal, alors que l'empereur Hadrien projette de rebâtir Jérusalem et séjourne dans la région de 128 à 132: il frappe des monnaies à la devise Adventui Augusti Judaea et sa statue monumentale en bronze est érigée près de Beth-Shéan.3

Simon Bar Kochba (le fils de l'étoile en araméen), de son vrai nom Ben ou Bar Kosseva, est un jeune exalté qui a choisi de lutter contre l’hellénisation de Colonia Aelia Capitolina. Durant trois ans, de 133 à 135, il harcèle les Romains et réussit à s'emparer de Jérusalem. Mais selon Vincent Lemire, la révolte de Bar Kochba n'affecte pas Jérusalem car il n'a pas réussi à s'emparer de la ville.4

L'empereur Hadrien vient sur place et la légion égyptienne en place doit être assistée de la Xème légion bretonne pour mater la rébellion. Finalement, Bar Kochba, retranché dans la forteresse de Betar près de Jérusalem est pris et exécuté avec tous les défenseurs.

Il semble en fait que la cause principale de la révolte ait été la décision de l'empereur Hadrien en 129-130, de rebâtir Jérusalem en y fondant une colonie romaine, non par hostilité aux Juifs d'ailleurs, mais au contraire au nom de la réputation et du prestige de Jérusalem avant la destruction de 70. Simplement, l'empereur projetait d'y installer une colonie romaine avec les vétérans de la Ve légion dite Macédonica et leurs familles, à coté de la Xe légion. De plus cette fondation comportait une dimension paienne marquée, ne serait-ce que par le rite de la circumductio, consistant à tracer un sillon représentant la limite sacrée de la colonie, à l'aide d'une charrue attelée par de deux bœufs, conduite par le magistrat fondateur accompagné des prêtres." 5

La paix règne finalement au prix de centaines de milliers de morts. Les Juifs sont bannis de la ville (jusqu'à Constantin en 324). Jérusalem est rasée et reconstruite selon un plan romain.

" D'où les vestiges du Cardo Maximus (axe nord-sud) que l'on peut voir dans la vieille ville. La Cardo maximus et le Decumanus (Axe Est-Ouest) étaient les principales voies de toute cité romaine, se croisant au forum. La mosaïque de Madabaa en Jordanie, plus ancienne représentation cartographique de Jérusalem datant sans doute du VIe siècle en contient une représentation. Ils n'ont été découverts qu'en 1969 dans le quartier juif de la vieille ville."

La province de Judée devient la Palestine, ainsi nommé en souvenir des anciens habitants du littoral et ennemis, les Philistins. Hadrien interdit aussi la circoncision.

" S'ils infligent à la Judée une amère défaite, la victoire des Romains n'a cependant pas un goût de triomphe : Hadrien, lorsqu'il s'adressa au Sénat, ne commença pas par le traditionnel « Moi et mon armée nous portons bien », et refusa l'entrée triomphale à Rome, le seul cas rapporté dans l'histoire de Rome. "6

" La Grande Révolte juive est un événement déterminant de l’histoire du judaïsme, qui ouvre une période difficile pour les Juifs Judéens tandis que le judaïsme diasporique prend de plus en plus d’envergure sur les plans culturel et théologique. Elle est commémorée dans la tradition juive par le jeûne du 9 ab. Moment douloureux qui fait disparaître la possibilité de l’indépendance nationale, il inaugure le temps de la domination pharisienne qui a largement contribué à former la théologie juive actuelle, tout en entrant dans la conscience historique du peuple juif.

La Grande Révolte juive a aussi pour conséquence d’amener le judaïsme à se reconfigurer, notamment autour des pharisiens, seul mouvement juif sorti à peu près intact de la guerre civile. La destruction du Temple et la surveillance romaine instituée à Jérusalem les amène à choisir comme nouveau centre religieux et culturel la ville de Jamnia (Yavné), où ils fondent une école rabbinique et un grand conseil, le Beth-Dîn, qui remplace le Sanhédrin, surtout pour ce qui est des fonctions judiciaires et religieuses. C’est cette branche qui donnera naissance au judaïsme rabbinique."7

Bar Kochba n'a pas laissé que des bons souvenirs. Il a en effet fait mettre à mort son oncle Rabbi Eléazar, accusé de trahison. Le grand Rabbi Akiva, sage de l'époque a lui-même cessé de défendre le zélote.

Selon l'historien Don Cassius, le nombre de mort coté juifs s'élève à 580 000, avec la destruction de 50 villes fortifiées et 985 villages. Mais Don Cassius n'est pas connu comme l'historien le plus fiable…


200 : Aelia Capitolina Hadrianus est renommée Aelia Capitalina Commodiana Pia Felix par l'empereur Septime Sévère en visite. L'usage du nom de Jérusalem ne reviendra qu'au IVe siècle

1 Nom du groupe de familles (lat. gens), intercalé, dans le nom d'une personne, entre le prénom et le surnom.

2 Le mont dû Temple , devenu l'esplanade des Mosquées est encore nommé Haram-Al-Sharif, le noble sanctuaire par les Musulmans.

3 Gérard Nahon in Encyclopedia Universalis

4 Jérusalem, histoire d'une ville-monde, p. 92

5 idem

6 Wikipedia

7 Les clés du Moyen-Orient, Tatiana Pignon, 18/06/2012

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