Al-Hakim le Calife fou rase le Saint-Sépulcre en 1009

Le Saint-Sépulcre, construit en 325 par Constantin avait été détruit par les Perses en 614 puis reconstruit. En 1009, il est de nouveau détruit

Après une période de tolérance,

Al-Hakim, le 'Calife fou' (996-1021), sixième Calife Fatimide, fils de Al-Aziz Billah (975-996), persécute à compter de 1004 les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans (il est ismaélien). En 1009, il détruit le Saint-Sépulcre1 construit par Hélène, la mère de l'empereur Constantin. Al-Hakim est pourtant de mère chrétienne melkite2.

L'ordre de destruction par Al-Hakim n'a cependant rien d'une 'folie', mais s'inscrit dans une série d’événements semblables ayant un sens.

" Il y a des vagues de destructions ou de profanations d'églises, de cimetières, de monastères. Le chroniqueur arménien Abû Sâlih (XIIIe siècle) dresse la liste des monastères de la vallée du Nil et note ceux qu'al-Hâkim a transformés, partiellement ou entièrement, en mosquées : le très prestigieux monastère de Saint-Ménas, dans le désert de l'Ouest du Delta, dont les colonnes de marbre sont emportées ; celui de Saint-Jean-Baptiste au Caire ; celui des Nestoriens3 de Damanhûr (dans le Delta) ; celui (melkite) de Qusayr au sud du Caire et son église des Apôtres, grande et admirablement décorée, détruite en 1010, et que la foule pille, s'emparant de tous ses « trésors » ; celui de Nâhiya, près de Gîza, en face du Caire, brûlé et rasé, mais reconstruit peu après ; celui de l'île d'Éléphantine4 à Assouan ; celui de Faw, en Haute-Égypte, dont la forêt de colonnes abattues, toujours visible, témoigne de la richesse de sa communauté..."5

En 1008, le calife confisque globalement les biens des églises et des monastères. Dans l'administration, de nombreux fonctionnaires chrétiens sont démis et remplacés par des Musulmans, certains jetés en prison, leurs biens (parfois considérables) confisqués. On exécute sommairement un secrétaire resté longtemps à la tête des Finances.

Dans l'esprit originel chiite ismaélien, la fin des temps approchait (an 400 de l'Hégire soit l'année 1009). Il fallait pour préparer l'événement final abolir les religions. En Palestine, mais aussi en Égypte, les Juifs, les Chrétiens et parfois les Musulmans sont alors persécutés dans ce but : destructions d'églises et de synagogues, interdiction aux femmes de sortir de chez elles, interdiction du pèlerinage à la Mecque..

" Le calife inaugure une série de mesures afin de distinguer par leur aspect extérieur non-Musulmans et Musulmans : Chrétiens et Juifs sont obligés de porter des ceintures et des turbans d'étoffe noire. La discrimination se faisait dans tous les lieux publics, même au bain, quand les hommes sont dévêtus : al-Hâkim imagine (en 1009) que les Coptes y porteront au cou une croix et les Juifs une clochette. Un peu plus tard (1012), il leur interdit de monter des animaux nobles, chevaux et chameaux. Le calife n'aimait pas non plus ce qui est voyant, public dans la religion chrétienne : il interdit le son des cloches et des crécelles, il fait effacer ou gratter les croix des édifices, il empêche (en 1007) la grande célébration des Rameaux à Jérusalem et s'inquiète en général de tout ce qui est procession, rituel extérieur.

Al-Hakim prend aussi des décisions absurdes comme interdire le travail de jour au Caire. Il fait noyer plusieurs de ces femmes, mutiler et assassiner plusieurs secrétaires sans compter les rôtisseurs qu'il jette dans leur propre four pour avoir osé commencé le travail avant la tombée de la nuit.

Il semble que Al-Hakim se soit adouci en fin de vie, autorisant et même finançant la reconstruction de batiments cultuels détruits. Il commence de son vivant à faire l'objet d'un culte :

" Au cours de l’année 1017, un groupe de missionnaires issus des milieux ismaéliens mena au Caire et à Miṣr6 une action de propagande destinée à faire reconnaître dans le public la nature divine de la personne d’al-Ḥākim.

Celui-ci ne leur donna pas publiquement son aval mais manifesta ouvertement sa sympathie aux responsables du mouvement et entretint avec eux des rapports de familiarité.

Quand la population sunnite de Miṣr s’opposa par la violence à cette tentative d’endoctrinement, al-Ḥākim protégea les meneurs de la faction « unitarienne », al-muwaḥḥidūn, selon le nom qu’ils s’étaient attribué. Il les vengea indirectement en lançant contre Fusṭāṭ7 ses troupes noires.

Les femmes furent violées, les hommes massacrés, les entrepôts pillés et des quartiers entiers incendiés. … Ces incidents se déroulèrent en mars 1020." 8

Hakim meurt assassiné en 1021 sans que son corps ne soit retrouvé (il n'est pas revenu d'une promenade nocturne dans les environs du Caire). Des proches le divinisent, considérant qu'il est la dernière incarnation du prophète, qu'il n'est pas mort mais 'occulté', 'caché'. C'est l'origine de la religion druze, dont le nom provient d'un vizir de Hakim, le Turc ismaélien Mohammed al-Darazi, qui avait du vivant du Calife commencé à organiser un culte.

La reconstruction de l'église du Saint-Sépulcre commence en 1012 pour s'achever en 1048


Destruction de l'église du Saint-Sépulcre selon l'historien arabe Yahia Ibn Sa'id

Ils s'emparèrent de tous les meubles qui se trouvaient dans l'église et les détruisirent complètement; ils ne laissèrent que les parties où la destruction était très difficile. Ils détruisirent aussi le Calvaire et l'église de Saint Constantin et tout ce qui se trouvait à proximité, et ils tentèrent d'éliminer les vestiges sacrés. Cette destruction commença le Mardi cinquième jour avant la fin du mois de Saffar (15 août 1009).

Durant plus de onze années il fut interdit aux Chrétiens de visiter ce site; il ne leur était pas permis de prier dans les ruines. Ce fut seulement plusieurs années après que les Chrétiens eurent la permission de reconstruire le sanctuaire.

Ce fut le résultat d'un Traité de paix entre l'Empereur byzantin Argyropulos et le successeur de al-Hakim. Les travaux commencèrent sous le règne de l'empereur Constantin Monomaque.

Les architectes de l'Empire, dès leur arrivée à Jérusalem, déterminèrent l'impossibilité de restaurer tout ce qui avait été construit par Constantin. Alors ils décidèrent de conserver seulement l'Anastasis, en lui adjoignant une grande abside à l'Est et plusieurs chapelles sur le terrain de la place du jardin et au lieu du Martyrium. Ces travaux furent achevés entre 1042 et 1048 ( Des colonnes de l'ancien Saint-Sépulcre ont été trouvées sous la basilique.)


1027-1048 : Reconstruction du Saint-Sépulcre

Les relations s’améliorèrent entre l'Empire byzantin et les califes après 1027, ce qui aboutit à un accord entre l’empereur Michel IV (1034-1041) et le calife al-Mustansir (1036-1094).

L’église fut alors reconstruite aux frais de l’empereur. Le travail fut achevé en 1048 sous Constantin IX Monomaque (1042-1055). Une équipe de maçons byzantins envoyée par l’empereur reconstruisit le Saint-Sépulcre en collaboration avec une équipe locale.

1 Dont les parties solides restent cependant en place

2 L'église melkite est une église grecque catholique issue en 451 du concile de Chalcédoine. Melkite vient du mot Malka, signifiant Dieu en syriaque.

3 Les Chrétiens Nestoriens ont fait sécession au concile d'Ephèse en 431. Selon eux, le Christ est à la fois humain et divin (doctrine des deux hypostases).

4 L'ïle d'Elephantine possédait un temple juif vers -500 ;– 400. Or, il ne pouvait y avoir qu'un seul temple consacré à Dieu. Pour ne pas aller contre ce principe, le nom de dieu a été écrit sur son fronton avec une lettre en moins soit YHW au lieu de YHWH !

5L'histoire, Christian Decobert, mars 1985

6 Désigne, dans un arabe romanisé, l'Égypte, dont le nom officiel aujourd'hui est Masr. Le nom signifie 'camp fortifié'. Dans la Bible , l'Égypte est nommée « Mitzráyim », mettant le nom Mitz au pluriel, en relation avec les deux royaumes d'Égypte.

7 Actuellement dans le vieux Caire, Fustat est la première capitale arabe de l'Égypte. C'est aussi le lieu où est décédé le médecin et savant juif Maïmonide (1235 – 1204) chassé d'Espagne par les Almohades

8 Damas et la Syrie sous la domination fatimide (359-468/969-1076). Tome premier. Thierry Bianquis in Etudes Arabes, médiévales et modernes.

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