Etats latins d'orient

 

L'utilisation du terme 'croisé' ne débute que deux siècles après la première croisade, au concile de Latran en 1215. Ces expéditions sont initialement appelées "Voyage de Jérusalem" (Iter hierosolymitanum) ou "Voyage vers la Terre Sainte" (Iter in Terram Sanctam).

L'appel à la première croisade a été lancé par le pape Urbain II, le 27 novembre 1095, au lendemain du concile de Clermont qu'il avait présidé. Urbain II, dont le discours exact n'est pas connu aurait évoqué la défense des Chrétiens d'Orient menacés depuis la destruction du Saint-Sépulcre par Al-Hakim (1009), l'arrivée des Seldjoukides à Jérusalem (1071) et la demande de l'empereur byzantin Alexis 1er Comnène qui compte sur les chevaliers européens pour l'aider à restaurer sa puissance en Asie mineure. En mars 1095, au concile de Plaisance1, des plénipotentiaires byzantins étaient intervenus en insistant sur les épreuves subies par les Chrétiens d'Orient et sur la nécessité de s’enrôler sous la bannière impériale afin de chasser les "infidèles". L'appel vise donc à permettre aux pèlerins de pouvoir se rendre à Jérusalem sans risquer leur vie.

 

A partir de 1099 circulent des versions du discours d'Urbain II. Celle de Robert Le Moine, qui a assisté à l'appel de 1095, a été écrite en 1116 :

 

Prenez la route du Saint-Sépulcre, arrachez ce pays des mains de ces peuples abominables, et soumettez-le à votre puissance. Dieu a donné à Israël en propriété cette terre dont l'écriture dit qu'il y coule du lait et du miel. Jérusalem en est le centre. Son territoire, fertile par-dessus tous les autres, offre pour ainsi dire les délices d'un autre paradis : le Rédempteur du genre humain l'a illustré par sa venue, honoré de sa résidence, consacré par sa Passion, racheté par sa mort, signalé par sa sépulture. Cette cité royale, située au milieu du monde, maintenant tenue captive par ses ennemis, est réduite en la servitude de nations ignorantes de la loi de Dieu. Elle vous demande donc et souhaite sa délivrance, et ne cesse de vous implorer pour que vous veniez à son secours.2

 

La première croisade, (la croisade populaire) est composée d'environ 20 000 Lorrains et Allemands du sud. Elle est menée par le prédicateur Pierre l'Ermite et le chevalier Gautier-sans-Avoir. Le groupe progresse à travers l'Europe en saccageant et massacrant, notamment des Juifs.

 

sur leur route pour Jérusalem, les armées régulières des croisés - et non pas des hordes de paysans indisciplinés ' - convergeant de toutes parts de l'Europe occidentale et conduites par des chefs expérimentés, se sont attaquées aux Juifs le long de la vallée du Rhin en leur imposant un choix : le baptême ou la mort. La chronologie et la géographie de ces persécutions sont bien connues des historiens. Dès le mois de décembre 1095, les Juifs d'Allemagne reçoivent des informations de leurs coreligionnaires de la France du Nord concernant des événements qui ont eu lieu à Rouen. Le 3 mai 1096, les croisés conduits par Godefroy de Bouillon engageaient les massacres des Juifs de la ville de Spire3. L'armée réunie par Emich de Leiningen – formée des Souabes et des habitants de Rhénanie - marchait alors vers le nord et continuait les massacres à Worms et à Mayence, les 18 et 25 mai 1096. Ce fut dans cette région que les rejoignirent des croisés anglais, français, flamands et certains venus de Lorraine. Puis, les croisés se dirigèrent vers Cologne.4

 

Ils pillent en passant la ville de Belgrade en mai 1096. L'Empire byzantin se méfie de cette armée qui n'en est pas une, de ce groupe aussi ingérable que dangereux et les fait encadrer par ses troupes. Une partie des croisés est aussi massacrée, devant Nish5 par le gouverneur Alexis.

Arrivée à Constantinople, le pillage recommence (dans les faubourgs) et l'empereur qui souhaite s'en débarrasser au plus vite ravitaille les croisés puis les transporte vers l'Asie début août. Les Turcs les massacrent à Civitot près de Nicée6. Seule la croisade des chevaliers arrive à Jérusalem.

Pierre, déjà mentionné, vint le premier à Constantinople,

… les Chrétiens se conduisaient bien mal, car ils détruisaient et incendiaient les palais de la ville, enlevaient le plomb dont les églises étaient couvertes et le vendaient aux Grecs, si bien que l’empereur irrité donna l’ordre de leur faire traverser le bras. Après qu’ils eurent passé, ils ne cessaient de commettre toutes espèces de méfaits, brûlant et dévastant les maisons et les églises. Enfin ils parvinrent à Nicomédie7.

...Les Turcs, apprenant ensuite que Pierre l’Ermite et Gautier sans Avoir se trouvaient à Civitot, située au delà de Nicée, s’y dirigèrent, pleins d’allégresse, afin de les massacrer ainsi que leurs compagnons. Pendant leur marche ils se heurtèrent à Gautier avec les siens, qu’ils eurent bientôt massacrés.

Quant à Pierre l’Ermite, il venait de retourner à Constantinople, incapable de discipliner cette troupe disparate, qui ne voulait entendre ni lui ni ses paroles. Les Turcs, se précipitant sur eux, en tuèrent un grand nombre. Ils trouvèrent les uns en train de dormir, les autres tout nus et les massacrèrent tous. Un prêtre qui célébrait la messe reçut d’eux le martyre sur l’autel. Ceux qui purent s’échapper s’enfuirent à Civitot. Quelques-uns se précipitaient dans la mer, d’autres se cachaient dans les forêts et dans les montagnes. ...

À la fin les Turcs les prirent vivants, les partagèrent, comme ils avaient fait des premiers, et les dispersèrent dans toutes les régions, les uns en Khorassan, les autres en Perse. ...À la nouvelle que les Turcs avaient ainsi dispersé les nôtres, l’empereur témoigna une grande joie 8

 

Pierre L'Ermite à Constantinople, Gautier sans avoir et les croisés 'populaires' morts, il ne reste plus que la croisade des seigneurs.

On distinguait les Lorrains et les Français du Nord derrière Godefroy de Bouillon, qui cheminaient à pied par la vallée du Danube; les Occitans du comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles, choisirent d'aller par voie de terre à travers la Dalmatie. Les Normands et les Français de la Loire, sous la conduite d’Étienne de Blois, du frère du roi de France, Hugues de Vermandois et du duc de Normandie, Robert Courteheuse, opérèrent leur jonction avec les Normands de Sicile de Bohémond de Tarente et de son neveu Tancrère à Bari.

 

Les quatre armées se rassemblèrent à Constantinople en mai 1097. Les chefs croisés durent promettre à l'empereur Byzantin de mener la guerre pour son compte, en reconquérant les terres jadis sous domination byzantine.

Enfin, un an après leur départ, les armées croisées arrivèrent sous les murs de Jérusalem le 7 juillet 1099, dont elle entreprirent immédiatement le siège. Le 15 juillet 1099, le Dôme du Rocher était pris.9

 

Une fois les croisés entrés dans la ville, tous les Musulmans qui n'avaient pas fui furent passés au fil de l'épée. Les Juifs furent brûlés dans leurs synagogues. Les tueries durèrent jusqu'au matin suivant. Le comte de Toulouse Raymond assura la population de sa protection.

Le bilan varie selon les sources : pour les Chrétiens, 10 000 morts, pour les Musulmans, de 3000 à 70 000. Tancrède avait demandé le quart du Temple pour lui et accorda sa protection aux habitants et soldats, mais ne put empêcher le massacre de ces derniers par les autres croisés. Le gouverneur de Jérusalem s'était barricadé dans la Tour de David, qu'il donna à Raymond en échange de la vie sauve pour lui et ses hommes, ils purent se rendre à Ascalon avec la population civile femmes et enfants selon le récit de l'émir d'Ascalon.

Le royaume de Jérusalem qui formait politiquement un tout, se composait de deux régions bien distinctes : La Palestine comprenant Judée, Galilée, Samarie et côte Philistine; et plus au Nord, la Syrie méridionale, d'Acre à Beyrouth, avec l'antique Phénicie de Tyr et de Sidon. Ses frontières ont pu parfois dépasser Gaza au Sud et le Jourdain à l'Est.

 

Les États latins d'Orient


- le comté d’Édesse, de 1098 à 1146  ;

- la principauté d’Antioche, de 1098 à 1268

- Le comté de Tripoli, de 1102 à 1288 ;

- le royaume latin de Jérusalem10, de 1099 à 1291.

 

1 Plaisance est située en Italie, dans la province d'Emilie-Romagne.

2 Robert Le Moine, Historia Hierosolymitana in Vincent Lemire – Jérusalem, histoire d'une ville-monde, champs histoire flamarion 2016, p205.

3 Au sud de Francfort.

4 Fierté, désespoir et mémoire : les récits juifs de la première croisade , Henriette Benveniste, In Médiévales, n°35, 1998.

5 Près de Belgrade

6 Actuelle Iznik, à 90 km d'Istanbul.

7Actuelle Izmit en Turquie. Hannibal y mourut et elle a été la capitale des empereurs Dioclétien et Constantin.

8 Anonyme, éd. et trad. par Louis Bréhier, Histoire anonyme de la première croisade, Paris, Éditions « Les Belles Lettres « , 1964 (1924), pp. 7-13

9 La grande Syrie p 177.

Comments powered by CComment