Le parti nationaliste des Jeunes-Turcs est un parti nationaliste révolutionnaire né le jour anniversaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1899 dans l'empire ottoman. Son nom officiel est Comité Union et Progrès (CUP).

Il réclame notamment le rétablissement de la constitution ottomane accordée le 23 décembre 1876 par le sultan Abdülhamid II . Mais l'empire libéral a duré seulement deux ans et l'abrogation de 1878, suite à la guerre Russo-Turque (1877-1878) a donné un cours autoritaire au pouvoir ottoman jusqu'en 1908.

Le 24 juillet 1908, le CUP1, dirigé par le triumvirat Taalat Pacha, Djamal Pacha et Enver Pacha renverse Abdülhamid II (qui est exilé en 1909) au profit de son frère Abdülmecit 1er et rétablit dès août 1908 la constitution de 1876.

Pour les habitants de Jérusalem comme ailleurs c'est une bonne nouvelle.

Jérusalem est en liesse. Cette constitution […] permet aux minorités nationales d'envisager une véritable démocratisation de l'empire dans une cadre fédéral rénové. Alors que le gouverneur Ali Ekrem Bey a prévu de proclamer publiquement la nouvelle constitution le samedi 8 août, […] d'immenses manifestation spontanées rassemblent dès la veille plusieurs dizaines de milliers de personnes : on crie, on chante […] les soldats font bien la haie mais ils sont débordés, et dans le chemin qu'ils tracent de la porte à la tribune officielle, la foule s'écrase comme aux environs […] Turcs, Grecs, Juifs, Latins, Arméniens se donnent rendez-vous en différents quartiers, puis on parcourt les rues en chantant, en tirant des coups de fusil. On fait de nombreux discours, on s'appelle 'frères', on s'embrasse, on jure fidélité à la devise des Jeunes-Turcs, 'Liberté, égalité, justice, fraternité'.

Ce qui frappe le plus les témoins, c'est la présence simultanée dans les rues de toutes les composantes de la société citadine : 'toutes les races s'y coudoient, toutes les religions y fraternisent

[… ] « le bruit court que désormais on peut circuler librement partout, même à la mosquée d'Omar, où jadis on n'entrait qu'escorté d'un cavas2 ou d'un soldat Turc […]. Le groupe juif, bannière en tête s'en va directement à la mosquée d'Omar, vers ce coin de terre qui durant onze siècles, depuis Salomon jusqu'à la destruction de Jérusalem par Titus, fut le théâtre unique de la vie religieuse du peuple de Dieu. L'entrée, depuis quinze cents ans, en était interdite aux fils d'Israël ; aujourd'hui les imams les accueillent avec enthousiasme, les embrassent, leur servent des rafraîchissements : tous sont frères, tous sont ottomans ! Pourvu que ça dure ! » 3De fait, ça ne durera pas. En 1922, Mustapha Kemal, proclame la république sur les ruines de l'empire ottoman désintégré. Les Jeunes-Turcs sont assassinés, exilés ou condamnés. Un mouvement nationaliste en chasse un autre. La Turquie moderne et laïque est née. L'islam politique est écarté du pouvoir jusqu'à l'ère Erdogan, Premier ministre en 2003 et président à partir de 2014.4

1 Le CUP a laissé une trace sanglante dans l'histoire en planifiant et executant le génocide arménien de 1915. Il est renversé suite à la défaite turque en 1918. Dès 1920, le sultan Mehmed VI signe le traité de Sèvres qui consacre le démembrement puis le partage et la fin de l'Empire ottoman après six siècles d'existence.

2Huissier

3Vincent Lemire – Jérusalem ville monde , p348.

4 En 2017, toute référence à l'évolutionnisme est bannie des programmes scolaires, qui introduisent la notion de Jihad.

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