L'entrée du général Allenby dans Jérusalem conquise par les Britanniques marque la fin d'une domination de quatre siècles (1517 – 1917) de l'empire Ottoman dans la région.

Le Général, dont les armées sont positionnées en Égypte,

passe à l'offensive et lance la campagne de Palestine. Le 17 novembre 1917, la ville de Jaffa est prise, suivie de Jérusalem le 9 décembre de la même année. Son armée comporte trois bataillons juifs.

Depuis la défaite de Hattin en 1187, c'est la première fois qu'une armée chrétienne (Le roi est à la tête de l'église anglicane) entre à Jérusalem. Une plaque sur l'église écossaise de Jérusalem commémore la « libération » de la ville le 9 décembre 1917 par Allenby, faisant un étrange écho aux motivations des croisés huit-cent ans auparavant.

Une photo célèbre montre Edmund Allenby, à la tête de l'Egyption expéditionnary force entrant à pied, par la porte de Jaffa pour recevoir la reddition de Jérusalem. Allenby est auparavant descendu ostensiblement de voiture avant de franchir la porte.

Il s'agit d'une mise en scène demandée expressément par Londres pour faire pendant à l'entrée du Kaiser Guillaume II en 1898, à cheval, revêtu des attributs des croisés par cette même porte (il avait d'ailleurs fait abattre pour entrer un pan de muraille qui n'a pas été reconstruit). Entrer dans Jérusalem, c'est donc un peu défaire les Allemands. Allenby est à la tête de son corps expéditionnaire mais aussi de régiments français et italiens qu'il remet ainsi à leur place.

" Le cortège est strictement paritaire entre représentants français et britanniques : Allenby marche en tête, suivi [notamment] de Georges-Picot et du colonel Lawrence, futur Lawrence d'Arabie, dont la présence rappelle les promesses faites par le gouvernement britannique aux nationalistes arabes.1

Allenby ne souhaite pas l'internationalisation de la ville qui serait selon lui favorable aux intérêts français. En conséquence il ne transmet pas la gestion de la ville à un pouvoir civil internationale. Il s’adresse aux populations et confessions de la Ville sainte en six langues

" Aux habitants de la Sainte ville de Jérusalem et à la population des environs. La défaite infligée aux Turcs par les troupes que je commande a abouti à l'occupation de votre cité par mon armée. En conséquence, je la proclame d'ores et déjà sous le régime de la loi martiale, auxquel elle demeurera soumise pour autant que les considérations militaires le rendront nécessaire.

Je proclame que tout édifice sacré, monument, lieu saint, sanctuaire, site traditionnel, dotation, legs pieux ou endroit habituel de prière, relevant de n'importe laquelle des trois religions précitées, sera maintenu et protégé conformément aux coutumes existantes et aux croyances des personnes au regard de qui ces lieux sont sacrés.

Ce discours, qui réaffirme le respect du statu quo est clairement destiné au monde entier, annonçant respecter les diverses religions et leurs lieux saints. Alors que Londres vient de faire des promesses contradictoires à ces mêmes populations. Dans cette guerre au Proche-Orient,

" Jérusalem n’est qu’une étape, dans une campagne appelée à durer encore neuf mois. Début solennel de l’ère britannique en Palestine ; Londres en ressort, trente ans plus tard, dans le déshonneur.2

Les trois années d’implication de la Palestine dans les combats, avec affrontement ouvert ou non, renforcent l’une de ses caractéristiques principales : sa vocation à être le théâtre de rivalités internationales disproportionnées, découlant directement de sa valeur symbolique. Le conflit semble même donner une place centrale à cette région qui avait été jusque-là cantonnée au rang de province oubliée de l’Empire, zone tampon, simple lieu de passage et jonction entre des ensembles géographiques plus vastes, Égypte et Méditerranée d’une part, nord de la Turquie et Mésopotamie ou péninsule arabique de l’autre. Par ailleurs, la guerre provoque une redistribution des cartes et la montée de certaines revendications auparavant passées sous silence ou mésestimées.

La constatation est valable pour la situation politique comme pour la dimension mentale : le conflit débouche sur une véritable révolution des esprits, avec nécessité pour les parties prenantes de s’adapter, bon gré, mal gré. 3

Les Britanniques sont aussi à l'origine de l'aspect actuel de Jérusalem.

Ils ont, dès leur arrivée, démonté la tour de l'horloge près de la porte de Jaffa. Ils ont ensuite, en 1918, rédigé l'ordonnance militaire qui impose l'utilisation de la 'pierre de Jérusalem' pour toute nouvelle construction. Cette norme d'urbanisation est succinte mais efficace, unifiant jusqu'à aujourd'hui la ville sous ce parement commun.

1 Vincent Lemire – Jérusalem ville monde p. 367.

2 Dominique Trimbur, Le Monde, L'art d'entrer dans Jérusalem selon Sir Allenby, 09/09/2014

3 Actes du colloque "Jérusalem et la Palestine pendant la première guerre mondiale" Centre de recherche français de Jérusalem, Bulletin du CFRJ , numéro 5 automne p33.

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