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L’« isolement » des 100 000 juifs de Jérusalem et alentours (comme le Gush Etzion, à mi-chemin sur la route stratégique entre Jérusalem et Hébron), constitue un point faible stratégique pour le Yichouv.

Le cas de Jérusalem est encore plus critique du fait de l'importance de sa population juive (1/6e du total du Yichouv) et de la grande difficulté d'accès de la ville. La route de Tel-Aviv à Jérusalem est longue et escarpée. Elle quitte la zone juive à Houlda puis suit les contreforts de Latroun . Ensuite, le parcours des 28 kilomètres entre Bab El-Oued et Jérusalem ne prend pas moins de 3 heures et la route traverse ou approche des villages arabes tels Saris, Qastel, Deir Yassin, ou Qaluniya.

Abd al-Kader al-Husseini2 arrive à Jérusalem en décembre 1947 avec l’objectif d’« étouffer » la communauté juive de la ville.

Il s'installe à Tzurif, un village au sud-ouest de Jérusalem, avec ses hommes, une centaine de combattants qui se sont entraînés en Syrie avant la guerre et qui servent de cadres à son armée, la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas. Il est rejoint par une centaine de jeunes villageois et de vétérans de l'armée britannique. La bande armée passe rapidement à plusieurs milliers d'hommes et transfère son quartier général et son centre d'entraînement à Bir Zeit, près de Ramallah. Sa zone d'influence s'étend jusqu'à Lydda et Ramleh où Hassan Salameh, un vétéran de la grande Révolte de 1936-39 à la tête de 1 000 hommes, coordonne ses actions avec Abdel Kader al-Husseini dans le harcèlement du trafic routier.

Le 10 décembre, la première attaque organisée se produit sur un convoi entre Bethléem et Gush Etzion. Dix passagers et membres de l'escorte sont tués.

Le 14 janvier, Abdel Kader mène personnellement une attaque contre Kfar Etzion dans laquelle 1 000 hommes sont impliqués. L'attaque est un échec et il laisse 200 morts derrière lui. Toutefois, une section de 35 hommes du Palmach cherchant à renforcer l'implantation se fait surprendre, puis encercler et massacrer.

Le 25 janvier, une attaque d'envergure a lieu près du village arabe de Qastel. À la suite d'un appel d'Abdel Kader al-Husseini, plusieurs villages du nord-est de Jérusalem se joignent à l'attaque. D'autres préfèrent éviter de peur des représailles ou s'excusent auprès de leurs voisins juifs arguant que l'appel ne concernait pas l'attaque du convoi mais la défense du village voisin de Bet Suriq.

La campagne pour le contrôle des routes prend un caractère militaire croissant et focalise l'effort de guerre arabe.

À partir du 22 mars, les convois de ravitaillement vers Jérusalem ne passent plus. Ce jour-là, un convoi d'une trentaine de véhicules est anéanti aux gorges de Bab El-Oued.

 


Abdel Kader al Husseini mène son dernier combat avec l'offensive du Qastel, qui ouvre la route vers Jérusalem.

Le 27 mars, un important convoi de ravitaillement de retour de Kfar Etzion est pris dans une embuscade au sud de Jérusalem. Encerclés par plusieurs milliers d'arabes et à court de munitions, ses membres demandent l'assistance des Britanniques après 24 heures de combats. Ils doivent néanmoins abandonner armes et munitions, mais surtout tous les véhicules aux Arabes.

Selon un rapport britannique, la situation de Jérusalem, où un rationnement en nourriture est déjà en application, risque de devenir désespérée après le 15 mai.

À la même période, la situation est tout aussi critique pour les Juifs à d'autres endroits du pays. Le 26 mars, les colonies du Néguev sont isolées de par l'impossibilité d'utiliser la route côtière du sud qui passe par des zones denses de population arabe.

Le 27 mars, un convoi de ravitaillement destiné aux kibboutzim isolés au nord-ouest de la Galilée est attaqué dans la région de Haïfa. Entre 42 et 47 combattants de la Haganah et une centaine de l'Armée de libération arabe sont tués. Tous les véhicules sont détruits.

 


Soldats d'une brigade blindée pendant la guerre d'indépendance

 

Bilan

Le bilan des pertes subies la dernière semaine de mars est lourd pour la Haganah : trois grands convois ont été pris en embuscade, plus de 100 soldats ont été tués et l'essentiel de la flotte de véhicules blindés est détruite.

Globalement, Jérusalem-Ouest « étouffe » petit à petit, les implantations de Galilée ne peuvent plus être atteintes que via la vallée du Jourdain à l'Est et la route de Nahariya, toutes deux dominées par les villages arabes. Haïfa elle-même ne peut pas être rejointe via Tel-Aviv par la route côtière principale, car une « chaîne » de villages arabes en domine la partie nord. Au sud, près d'Hébron, les quatre colonies du Bloc d'Etzion sont assiégées. La vingtaine d'implantations du Néguev sont isolées et l'aqueduc qui les ravitaille en eau régulièrement saboté.

Cette situation, la nécessité de préparation du Yichouv à l'attaque prévue des États arabes en mai et l'imminence du départ des Britanniques poussent la Haganah à passer à l'offensive et à appliquer le plan Daleth dès avril.

1 Wikipedia

2 Il est le fils de Moussa Qazem al-Husseini, maire de Jérusalem qui a déclenché le progrom de Nabi Moussa en 1920.

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