La guerre a poussé 750 000 à 800 000 Arabes hors de leurs foyers sur une population estimée à 900 000 personnes habitant le territoire du nouvel État d'Israël.

65 % n'ont pas quitté les limites de la Palestine puisque 39 % d'entre eux se sont installés en Cisjordanie et 26 % à Gaza. 14 % se sont installés au Liban, 10 % en Syrie, 10 % en Transjordanie et 1 % seulement en Égypte.1

1 Nadine Picaudou, Les Palestinens..p.114.

 


La résolution n° 194 de l'Assemblée générale des Nations unies traite des réfugiés dans son point n° 11 et,

 

décide qu'il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins,

et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou de dommage doit être réparé par les Gouvernements ou autorités responsables;

 

donne pour instruction à la Commission de conciliation de faciliter le rapatriement, la réinstallation et le relèvement économique et social des réfugiés, ainsi que le paiement des indemnités.

 

Voir le texte complet de la résolution n°194 (français et anglais)

 


 

Cette résolution de 1 200 mots, qui concerne Jérusalem et le statut de réfugiés ne cite jamais Israël.

Tous les  pays arabes ont voté contre (l'Égypte, l'Irak, le Liban, l'Arabie Saoudite, la Syrie et le Yémen ).

La formulation a été interprétée d'un côté comme une obligation imposée à Israël qui a détruit les biens , de l'autre comme incombant à ceux qui ont démarré la guerre de 1948, les pays arabes. Mais il est écrit dans la résolution les gouvernements ou autorités responsables.

Le sort des 670 000 Juifs expulsés des pays arabes (sans compter les 140 000 Juifs d'Algérie qui étaient français sans être des colons) ne fera jamais l'objet d'une résolution spécifique, ni d'indemnisation.

La résolution n° 194 met le doigt sur un problème qui sera résumé en 1972 comme ceci par un diplomate algérien :

Les dirigeants israéliens, qui ont toujours revendiqué le droit pour les Juifs du monde de s'installer en Palestine après 2 000 ans "d'exil", ont toujours refusé aux Arabes celui de regagner leurs foyers quittés quelques années plus tôt.1 Il est vrai que cette terre à vu passer du monde depuis l'époque biblique.

L'ONU précise des années plus tard que ce droit au retour est un droit individuel. Ainsi le 22 novembre 1974, dans sa résolution 3236, et le 10 novembre 1975 dans sa résolution 3376, elle réaffirme :

a) l’exercice par le peuple palestinien de ses droits inaliénables en Palestine, y compris le droit à l’autodétermination sans ingérence extérieure et le droit à l’indépendance et à la souveraineté nationales ;

b) l’exercice par les Palestiniens de leur droit inaliénable de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d’où ils ont été déplacés et déracinés.

 

Réfugiés palestiniens en 1948


Ces deux résolutions marquent la distinction que fait l’ONU entre, d’une part, les droits inaliénables du peuple palestinien, droits collectifs qui ne peuvent être exercés par aucune autre entité collective, en particulier le droit à l’autodétermination et à l’indépendance et, d’autre part, le droit inaliénable des Palestiniens au retour, droit individuel qui concerne les personnes elles-mêmes et ne peut pas être transmis à d’autres ou exercé par d’autres personnes.2

Actuellement la question peut être celle-ci : des réfugiés arabes, dont plus 97 % sont nés sur une autre terre et qui n'ont jamais connu la Palestine, souhaitent-ils vraiment venir s'installer dans un pays devenu l’État juif ? Veulent-ils réellement vivre dans une société qui n'a rien à voir avec celle de leurs grand-parents ? Inlassablement les mêmes questions se posent, et la "marche du retour" initiée en 2017 en est l'une des branches.

Le problème des réfugiés est devenu un enjeu politique, financier peut-être, c'est aussi le ciment des politiques étrangères de plusieurs États arabes dont les Palestiniens font sans doute les frais.

 

Lire aussi 

Juin 1948 : Exode et destruction des villages arabes

 9 mars 1959 la Ligue arabe souhaite perenniser la condition de refugies des palestiniens

 

1 Lettre de Mohammed Bedjaoui, diplomate Algérien, du 18 février 1972 au président de la commission de droit international des Nations unies.

2 Palestine 60 ans après, Le droit au retour des réfugiés, Syviane de Wengen, confluence méditérrannée, 2088/2 n°65

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