En 1967, les Syriens pilonnent régulièrement les kibboutz israéliens depuis le plateau du Golan.

Le 7 avril 1967 des chasseurs israéliens abattent six Mig syriens. La Syrie pensant être sur le point d'être envahie, malgré les dénégations diplomatiques israéliennes en appelle à son alliée égyptienne.

Le 14 mai 1967, l’Égypte mobilise ses forces dans le canal de Suez et dans le Sinaï.

Le 19 mai 1967, le président Nasser, exige le retrait des Casques bleus (la FINU) stationnés dans le Sinaï et la bande de Gaza.

Je tiens à vous informer que j'ai donné l'ordre à toutes les forces armées de la République arabe unie1 de se tenir prêtes à intervenir contre Israël au moment même où Israël déclencherait une agression contre un pays arabe quel qu'il soit. Du fait de cet ordre, nos troupes sont d'ores et déjà concentrées dans le Sinaï sur nos frontières orientales. Dans l'intérêt de l'entière sécurité de toutes les troupes de l'ONU qui occupent des postes d'observation le long de nos frontières, je vous prie d'ordonner le retrait immédiat de toutes les troupes en question.2

Devant le refus du secrétaire général de l'ONU, Nasser expulse les forces de l'ONU de la bande de Gaza et du Sinaï. Tsahal met toutes ses forces en état d’alerte maximale. 48 heures plus tard, 80 000 soldats égyptiens avec 800 chars se trouvent dans la péninsule du Sinaï, alors égyptienne. Plusieurs unités se rapprochent de la frontière.

Le 22 mai 1967, Nasser interdit le passage du détroit de Tiran (seul accès à la mer Rouge et l'océan indien de l’État juif) aux navires israéliens. Toutes les tentatives de trouver une solution pacifique à la crise échouent.

L’Égypte et la Syrie s’unissent dans un commandement militaire commun et signent un traité d’assistance mutuelle avec la Jordanie. Deux bataillons égyptiens arrivent à Amman, un corps expéditionnaire irakien traverse la frontière et débarque en Jordanie.

Le président Nasser. Il bloque le détroit de Tiran et exige le retrait des casques bleus qui séparent l'Égypte d'Israël.

Ces mouvements de troupes renforcent les inquiétudes d’Israël, d’autant plus que le général de Gaulle décide de décréter un embargo sur les armes. L’état d’urgence est décrété et un gouvernement d’union nationale est formé pour la première fois dans l’histoire du jeune État.

Le 30 mai, la Jordanie signe un traité de défense mutuelle avec l’Égypte et choisit de déléguer le commandement de son armée à l’Égypte.

Les échecs diplomatiques, la détermination de Nasser à reprendre sa revanche sur la campagne de Suez, le soutien soviétique au Raïs égyptien, le blocage de ses ports et l'asphyxie économique due à l'impossibilité de démobiliser ses réservistes poussent Israël, après de longues tractations et nombreux dilemmes, à lancer une guerre préventive.

Connues sous le nom de «période d’attente », les semaines qui ont précédé le déclenchement des hostilités ont été particulièrement tendues en Israël. Alors que les réservistes étaient mobilisés à plusieurs reprises, l’opinion, qui regardait surtout la télévision égyptienne puisque les chaînes israéliennes n’existaient pas, se préparait au pire. L’idée d’un nouvel Holocauste était dans les esprits. Les Israéliens de la rue s’attendaient à ce que les hostilités, devenues inévitables, se terminent en bain de sang dans les rues de Tel-Aviv. Pourtant, le gouvernement de Levi Eshkol hésitait à déclencher une offensive même si l’Etat-major de Tsahal (l’armée israélienne) les y poussait. Car il ne s’agissait pas seulement d’attaquer l’Égypte, l’ennemi principal de l’époque : il fallait aussi ouvrir un front face à la Syrie et à la Jordanie. Deux pays unis à l’Égypte par des traités de défense mutuelle et dont les armées bénéficiaient de l’aide des autres pays de la Ligue arabe. 3

«  Pendant les quinze jours qui ont précédé l'attaque, toutes les radios du monde arabe ont lancé de véritables appels au génocide, en détaillant, heure après heure, les traitements qui seraient réservés aux hommes, aux enfants et au femmes juives après la reconquête de la Palestine. »4 

 

Le 5 juin 1967, 120 avions israéliens bombardent par vagues successives des aérodromes et objectifs militaires égyptiens. Les Israéliens n'ont gardé que 12 avions pour défendre leur territoire. 220 avions Egyptiens sont détruits au sol au cours des trois heures que dure l'opération. Les Israéliens perdent 19 avions. La Syrie, et l’Irak ripostent par des raids aériens.

Tanks israéliens sur le plateau du Golan

En Égypte, la victoire est annoncée à la radio par le pouvoir. Ibrahim Farhi5, juif égyptien, ami de Neguib6, proche du pouvoir sous Nasser raconte :

Jusqu'au troisième jour, il y avait une grande banderole rue Qasr-al-Nil annonçant: «Bientôt, ouverture de notre succursale à Tel-Aviv.» Des haut-parleurs diffusaient les communiqués annonçant le nombre d'avions israéliens abattus. Ça a été un désastre. On a vu des soldats revenir pieds nus, dépouillés par des Bédouins. Les Israéliens ont pris 1 100 tanks, comme emballés dans leur papier-cadeau.

Le 4 juin, Levy Eshkol, Premier ministre, a informé Hussein de Jordanie qu'il n'entend pas démarrer des hostilités à son encontre.

Mais la Jordanie, croyant aux communiqués de victoires se succédant à la radio égyptienne, attaque à son tour Israël. Le 5 juin à 8h30, la légion arabe bombarde Jérusalem-Ouest. Il s'agit notamment pour la Jordanie de ne pas être tenue à l'écart des négociations et prises de guerre qui suivront la victoire arabe prévue. Peut-être Hussein veut-il aussi se venger de l'attaque israélienne de Novembre 1966 à Samu en Cisjordanie annexée ?

La troisième guerre d'Israël ne dure que six jours.

A l’issue de cette guerre éclair, Israël contrôle des territoires trois fois plus vastes que sa propre superficie d’avant juin 1967, avec une population arabe d’un million d’habitants qui s’ajoute aux 300 000 citoyens arabes israéliens.

Ibrahim Farhi est alors emprisonné en Égypte, parce que Juif, tandis que le gouvernement se vante d'avoir fait des prisonniers israéliens.

J'ai été arrêté trois semaines après le conflit. Les autres, les Juifs, les fils de pacha, étaient emprisonnés depuis plus longtemps et ne savaient rien du tout. Quand je suis arrivé à la prison d'Abou Zaabal, un ami juif m'a glissé: «Tu as vu, Israël a été battu.» «Imbécile, je lui ai fait, ils nous ont écrabouillés.» Il m'a tapé sur la jambe tellement il était content. C'était ça, les prisonniers israéliens de Nasser: de vieux juifs d'Alexandrie, des vieillards qui ne pouvaient pas descendre des camions.

...avant d'être expulsé d'Égypte, un officier m'a obligé à signer un papier renonçant à ma nationalité. C'était ça ou retourner en prison. Les autres sont restés en prison pendant deux ans et demi. J'ai quitté l'Égypte à 50 ans.

Dans tous les pays arabes, les Juifs qui n'étaient pas partis en 1948 doivent quitter leurs pays. Au Maroc, le journal Casablanca7 écrit le 1er juillet 1967 :

la plupart des commerçants et tenanciers des cafés sionistes à Meknes, Fez, Casablanca, Rabat sont sur le point de faire faillite. […] Un grand bravo au peuple marocain.

La Vieille ville de Jérusalem est reprise par les Israéliens. La photo des premiers soldats arrivant au mur reste emblématique de cette victoire. Tandis que le général Motta Gur annonce : « Le mont dû Temple est entre nos mains. ». Moshe Dayan, proclame à la radio :

 Ce matin, Tsahal a libéré Jérusalem, la capitale divisée d’Israël. Nous sommes revenus au plus saint de nos lieux saints et nous ne nous en séparerons jamais. 8

Il prend cependant soin de faire enlever le drapeau israélien que Schlomo Goren, l'aumonier des armées a fait hisser sur l'esplanade des Mosquées. Selon Marius Schattner,9

jusqu’en 1967, la direction de l’Etat et, auparavant, celle du mouvement sioniste n’avaient jamais sérieusement œuvré pour annexer Jérusalem-Est. Plus : la question d’une souveraineté juive sur le mont dû Temple ne s’était jamais posée en termes temporels.

A l’époque, [où] des Juifs pieux « montaient » en Terre sainte, poussés par les persécutions, animés par l’espoir de la venue imminente du messie ou encore, pour les plus pauvres, désireux de bénéficier de l’aide de la Halouka10... aucun ne venait ni ériger un Etat, ni établir une capitale à Jérusalem.

Trois parachutistes accèdent pour la première fois au mur : Zion Karasenti, Yitzhak Yifat et Haim Oshri. Célèbre photo de David Rubinger

...Theodor Herzl, qui cherche avant tout à obtenir la protection des puissances pour son projet d’Etat juif, prendra bien garde de s’aliéner des sympathies par des revendications exagérées ou prématurées sur Jérusalem. Déjà, dans L’Etat des Juifs (1896), le fondateur du sionisme politique promet à la chrétienté « une forme d’exterritorialité » des Lieux saints. Lors d’une rencontre, le 18 mai 1896, avec le nonce apostolique à Vienne, Mgr Agliardi, il envisage même l’exterritorialité pour tout Jérusalem, la capitale du futur Etat juif devant s’installer au nord de la ville sainte. Il va jusqu’à donner les mêmes assurances à ses interlocuteurs turcs 11. Il est vrai que de telles promesses, tactiques, ne coûtaient rien…

Haïm Weizmann, qui prit la direction du mouvement à la fin de la première guerre mondiale, ne supportait guère Jérusalem. Celle-ci « incarnait à ses yeux le contraire du rêve sioniste et symbolisait le judaïsme obsolète », note l’historien israélien Tom Segev12.

David Ben Gourion fut particulièrement conscient des pièges de la sainteté. S’il souhaitait faire un jour de Jérusalem tout entière la capitale d’un Etat juif, il entendait d’abord créer cet Etat, objectif infiniment plus crucial que les revendications historico-religieuses sur la ville sainte.

...Ben Gourion plaide pour la politique du possible. ...

Certains sionistes s’opposent alors à une division municipale de Jérusalem. Résultat : la mairie reste aux mains des Palestiniens. « Notre situation serait bien meilleure aujourd’hui à Jérusalem (…), écrit Ben Gourion, si nous avions compris qu’il fallait diviser Jérusalem et créer une municipalité juive autonome. Par malheur, un soi-disant patriotisme, stérile, idiot et prétentieux en a fait décider autrement (…). Le résultat c’est que la ville est bien unifiée, mais sous l’autorité des Nashashibi et des Khaladi [deux grandes familles palestiniennes], et tout cela parce que tel ou tel politicard de Jérusalem voulait que nous régnions sur le mont dû Temple et la mosquée d’Omar. »

Comme Herzl avant lui, il s’intéresse avant tout à la Jérusalem nouvelle, située dans la partie ouest. Celle-ci doit, selon lui, être une « ville juive », mais coupée de la vieille ville, destinée à devenir un « musée spirituel et religieux pour toutes les religions13 ». Conformément à ces conceptions, l’Agence juive, branche exécutive du mouvement sioniste dirigée par Ben Gourion, présente, en 1938, un plan fort détaillé proposant que la partie orientale, y compris toute la vieille ville, demeure sous contrôle britannique, alors que la partie occidentale deviendrait la capitale de l’Etat juif.

Engagement de volontaires algérens (après le cessez le feu) pour aller combattre contre Israël

..Faisant fi des résolutions de l’ONU sur l’internationalisation de Jérusalem, Ben Gourion annonce solennellement, le 13 décembre 1949, au Parlement qu’« Israël a et aura une seule capitale, Jérusalem l’éternelle ». Sous-entendu Jérusalem-Ouest, mais le Premier ministre ne le dit pas explicitement. Peu avant, le chef de la droite nationaliste, Menahem Begin, propose d’écrire noir sur blanc que la capitale d’Israël comprend la vieille ville et ses Lieux saints. Sarcastique, le chef du gouvernement lui demande s’il envisage une conquête militaire de la vieille ville et, comme ce n’est pas le cas, conclut qu’une telle proclamation n’a aucun sens14.

Jusqu’en juin 1967, les dirigeants israéliens ne poseront pas la question d’une réunification, c’est-à-dire de la conquête de sa partie orientale. Seule la droite, qui reste dans l’opposition jusqu’à la formation d’un gouvernement d’union nationale à la veille de la guerre, évoque rituellement une « libération de Jérusalem ». La partie orientale de Jérusalem semble oubliée par les Israéliens.

Le 5 juin 1967, au soir, le Premier ministre Lévy Eshkol s’inquiète. « Il faut soigneusement peser les conséquences politiques qu’aurait une occupation de la vieille ville », déclare-t-il au cabinet. Le lendemain matin, le général Moshe Dayan, ministre de la défense, hésite encore, lui aussi, à ordonner la prise de la vieille ville : « Qu’allons-nous faire de ce Vatican ? », confie-t-il au général en charge de l’opération 15. Irrésistible, la tentation l’emporte. ..

Entre-temps, on s’est aperçu que Jérusalem est bel et bien négociable, et même négociée, conformément aux accords d’Oslo de 1993. [Mais ] en quelques semaines de l’été 2000, l’idée d’un consensus sur la question a volé en éclats. Pas assez ni assez vite, hélas, pour empêcher que des dizaines de Palestiniens perdent, à leur tour, la vie, pour Al-Aqsa…16

***

Du côté israélien d'abord, on découvre l'ampleur des destructions et des profanations que les lieux saints ont subi pendant la période jordanienne. Le consul de France en témoigne lui-même dès le 13 juillet 1967 .. »les fondations, le dallage, les enceintes, les routes et les chemins intérieurs jusqu'aux lieux d'aisance […] ont été construits dans une très grande mesure avec des pierres tombales juives provenant du mont des Olivers et portant, bien visibles, les inscriptions funéraires ». Dans la vieille ville de Jérusalem, plus de 30 synagogues ont été incendiées et détruites par les Jordaniens lors de la guerre de 1948.17

Durant les 19 années où Jérusalem a été sous le contrôle des jordaniens, le mur des lamentations n'est plus accessible aux Juifs. La ville ne se développe pas , le pouvoir jordanien ne voulant pas créer un centre économique ou politique propre à déstabiliser le fragile régime hachémite. Après la réunification, ce déséquilibre n'est pas rétabli, d'autant plus que par la force des choses, tous les centres du pouvoir israélien à Jérusalem (Knesset, Mairie), de culture ou de mémoire (Musée d'Israël, Yad Vashem), sont installées à l'Ouest.

Lorsque les Israéliens s'en emparent, Jérusalem-Est est une ville peu developpée qui ne s'étend que sur 6 km² dont moins de 3 km² sont effectivement construits ; la population plafonne à 70 000 habitants, à peine plus qu'en 1949.

Le fossé qui sépare encore aujourd'hui Jérusalem-Est et Jérusalem-Ouest vient en grande partie de ce « décrochage » des années 1949-1967.

Moshé Dayan avec Golda Meïr

La vieille ville est dans un tel état que les Israéliens n'ont pas beaucoup à faire pour s'y installer. Le budget par habitant de la municipalité israélienne pour la partie ouest s'élevait à 500 $, tandis que la partie jordanienne devait fonctionner avec seulement 100 $. Meron Benvenisti, maire-adjoint en 1971 de Jérusalem peut dire des anciens quartiers jordaniens :

C'est parce qu'ils étaient devenus des terrains vagues, que les Israéliens n'ont eu aucun mal à les confisquer après la guerre des six jours et à y implanter des nouveaux quartiers juifs.18

Le Sinaï est occupé. Le Canal de Suez est fermé. Les pays du bloc communiste rompent leurs relations diplomatiques avec Israël.

L'accès aux lieux saints musulmans est affirmé par les autorités Israëliennes, dont le Premier ministre assure que les dispositions concernant les lieux saints des Musulmans seront prises par un conseil de notables religieux musulmans. De fait c'est la Waqf qui va gérer l'esplanade des Mosquées.

Le jour de la Naksa

Le 5 juin de chaque année, les Arabes palestiniens commémorent l'exode de 300 000 palestiniens qui fit suite à la victoire israélienne de 1967. C'est le jour de la Naksa, « la rechute », en référence à la première « catastrophe » en 1948, la Nakba


Reçu doctor honoris causa par l'université hébraïque de Jérusalem, Ytzhak Rabin prononce un discours dans lequel il présente les conditions qu'ont affrontées les soldats israéliens.