Kafr Qassem est l'un des villages de Galilée de la zone dite du triangle. Il s’agit d'un territoire concédé à Israël par la Jordanie à l'issue de la guerre de 1948. Les villages de cette zone sont à majorité arabe. Les 15 villages du triangle ave leurs 12 0000 habitants sont placés sous administration militaire.

La zone est soumise à de fortes tensions. Des incidents se multiplient depuis 1949 entre les israéliens nouvellement installés et les Palestiniens infiltrés de Jordanie. Il y environ 200 morts israéliens sur la période.

Israël à cette date s'apprête à participer avec la France et la Grande-Bretagne à l'expédition de Suez (ou guerre du sinaï).

Dans la journée, du 29, persuadé que la Jordanie proche réagira militairement à la guerre, les autorités ont déclaré un couvre feu dans huit villages. Ordre est donné de tirer sur les personnes qui ne le respecteraient pas, peu importe leur sexe ou leur âge.

 

Les portraits des victimes du 29 octobre au musée de Kafr Qassem

 

Les habitants de Kar Qassem sont essentiellement des travailleurs de champs. Ils n’ont pas été informés du couvre-feu. Le Magav, la police des frontières, est au courant de cet état de fait. Le Magav est dirigé par le colonel Issachar Shadmi,

Néanmoins, à partir de 17h, sous les ordres du commande de bataillon Shmuel Malinki elle va tirer sur toutes les personnes qui revenant des champs violent un cessez-le-feu dont elle n'ont pas été informées.

Un débat avait pourtant eu lieu avant l'application de ces ordres meurtriers. La réponse de la hiérarchie avait été claire : « pas de sentiments ». L'idée défendue étant qu'un nombre important de morts le premier jour évitera au total des morts en plus grand nombre les jours suivants.

Pour Gabriel Dahan, responsable de l'application « il était évident qu'il ne s'agissait pas de forces combattantes ou hostiles, mais de gens de retour à leur village qui ne cherchaient pas à se cacher, ils étaient en tenue de travail et portaient des corbeilles dans leurs mains ». Il donnera cependant l'ordre d'abattre les villageois.

Ainsi des personnes a bicyclette, et des paysans revenant en camion des champs dans lesquels lls ont travaillé sont abattus. Un camion de femme est ainsi exécuté après les avoir fait descendre du véhicule.

Ismail al-Badr, un homme de 74 ans qui a survécu au massacre malgré les coups de feu, a déclaré que les soldats israéliens "avaient essayé de se débarrasser de nous tous".

À 17 ans, Al-Badr est rentré au village peu après 17 heures. Il avait passé la journée à vendre des légumes à Petach Tikva, une ville d’Israël. «Je suis revenu avec mon chariot et mon âne et il y avait beaucoup de monde à l'entrée du village. Un soldat avec un Uzi m'a arrêté et m'a demandé d'où je venais », a-t-il déclaré.

«Je lui ai dit Kafr Qassem, mais il s'est levé et a regardé derrière moi. J'ai entendu des coups de feu. Un autre soldat tirait sur des gens derrière nous. Je l’ai entendu dire «se débarrasser de tous» en hébreu.
«L'air était plein de balles. J'avais très peur et je ne savais pas si je devais courir ou me cacher. J'ai commencé à aller et venir pour éviter les balles. Tout le monde se faisait tirer dessus, puis tout à coup j'ai senti que ma jambe avait été touchée et je suis tombé. "

Al-Badr a ensuite prétendu qu'il était mort jusqu'à ce que tous les soldats soient montés dans leurs véhicules et soient partis. Après leur départ, il rampa vers un bâtiment voisin pour se cacher. Il se souvint que des soldats lointains lui avaient encore tiré dessus, mais avaient raté la route et heurté une voiture.

«Il y avait des soldats partout, alors j'ai rampé dans le verger d'oliviers et je me suis caché. Dieu doit m'aimer parce qu'il m'a montré où me cacher », a déclaré al-Badr, ajoutant qu'il avait passé toute la nuit sur le terrain. "Il y avait encore un couvre-feu jusqu'au lendemain matin, alors personne ne m'a trouvé ce soir-là."

Des soldats israéliens ont forcé des Palestiniens du village voisin de Jaljuliya à se rendre à Kafr Qassem et à creuser une fosse commune pour les victimes. «Mon père a été appelé pour identifier les corps. En traversant le champ, il m'a trouvé allongé. J'ai attiré son attention parce que je portais une chemise jaune », a déclaré al-Badr.

«Ma jambe saignait encore et il y avait des vers», a-t-il ajouté. Quelques jours plus tard, après avoir tenté sans succès de traiter l'infection de sa jambe, les médecins ont décidé de l'amputer.

Plusieurs de ses cousins ​​et sa belle-mère avaient été tués. «Les personnes tuées ce jour-là n'étaient que des civils», a souligné Rami Amr, guide bénévole au musée du massacre de Kafr Qassem. "Ils n'étaient pas des combattants, ils n'avaient pas d'armes, ils venaient juste de rentrer du travail."1

Au total ce sont 11 enfants, 15 femmes et 23 hommes qui sont abattus.

Le massacre n'est connu du public qu'un an et demi plus tard. Le gouvernement organise alors à la mode bédouine une cérémonie de réconciliation, une sulha.

Il lui est évidemment reproché de tenter d'amadouer les parents de victimes tout en évitant les conséquences judiciaires. Il verse aussi entre 3000 et 4000 dollars d'indemnité par famille.

En 1958, des peines de prison sont finalement prononcées à l'encontre des policiers du Magav. Les peines sont légères sauf pour Malinki condamné à 17 ans de prison et Dahan à 15 ans. Ils ne restent finalement que 5 ans en prison.

Le massacre de Kafr Qassem a eu de fortes répercussions sur le pays. Une réflexion a été engagée sur la nécessité de désobéir des ordres illégaux. On retrouvera cette nécessité dans l'affaire du bus 300 en 19842.

Dans son rendu, le juge Benjamin Halevy a ainsi déclaré que :

« La marque de distinction d'un ordre manifestement illégal est qu'au-dessus d'un tel ordre devrait flotter, comme un drapeau noir, un avertissement : 'Interdit !'.
Pas une illégalité formelle, dissimulée ou partielle dissimulée, pas une illégalité qui n'est apparente qu'aux juristes; mais : une violation évidente et claire de la loi, une illégalité certaine et impossible à manquer qui est immédiatement apparente dans un ordre, la nature criminelle claire d'un ordre ou d'actions que les ordres commandent de faire, une illégalité qui bouleverse et outrage le cœur, quand l'œil n'est pas aveugle et le cœur n'est pas imperméable et corrompu.
C'est le niveau d'illégalité requis pour nier le devoir du soldat d'obéir et lui faire porter la responsabilité criminelle de ses actions. »3
En octobre 2006, Yuli Tamir , ministre de l'éducation demande à toutes les écoles de commémorer le massacre et de réfléchir à la nécessité de désobéir à des ordres illégaux.
En décembre 2007, Shimon Peres, président d’Israël, présente les excuses au nom d’Israël.

En 2014, le président Rivlin condamne le ‘terrible crime’ commis à Kafr Qassem. Il est le premier président à assister à la cérémonie commémorative annuelle du village. Il y déclare :

« La population arabe en Israël n’est pas un groupe marginal. Nous sommes destinés à vivre côte à côte et nous partageons le même sort.(…) Le meurtre criminel qui a eu lieu dans votre village est un chapitre sombre dans l’histoire de la relation entre les Arabes et les Juifs vivant ici, (…) Un crime terrible a été commis ici. Nous devons regarder directement ce qui est arrivé. Il est de notre devoir d’enseigner cet événement et d’en tirer les leçons  ».

 


 

1 Site Electronic Intifada, Patrick O. Strickland, Nous n'oublierons jamais le massacre d'octobre 1956, disent les Palestiniens en Israël

2 Où des terroristes attrapés vivants sont lynchés et achevés sur ordre d'Avraham Chalom, chef du SinBeth.

3 Haaretz 4 aout 2011, cité par wikipedia

 

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