“ Né en 1924, dans une famille juive pauvre d’Alexandrie et d’un père, Saul, d’origine syrienne, Eli va traverser la même période turbulente et faire l’objet du même sort qu’une grande partie des juifs orientaux. Tour à tour indifférents, engagés pour la création d’Israël, effrayés par les dangers et les menaces d’un avenir incertain, les juifs des pays arabes émigrent par vagues successives avant d’être définitivement chassés au début des années 1960.

L’Égypte, où vit Eli, est un des exemples les plus frappants. Fort d’une communauté de 70 000 âmes avant 1948, cette dernière émigre progressivement avant d’être expulsée sous l’impulsion de Nasser dans les années 1960.

Eli Cohen, très sioniste, s’engage dans des activités pro-israélienne tout au long des années 1950. Il quitte définitivement l’Égypte pour Israël en 1957, après la crise de Suez de 1956 comme la majorité des membres de la communauté juive égyptienne.

En Israël, Eli doit effectuer son service militaire dans l’armée israélienne et il sert comme analyste pour les renseignements. Il pose sa candidature pour intégrer les services secrets israéliens peu de temps avant d’être démobilisé de l’armée. Sa candidature est finalement rejetée.

De retour à la vie civile, il devient employé de bureau dans un cabinet d’assurance à Tel-Aviv et se marie avec Nadia, une nouvelle immigrante d’origine irakienne.1

L'ancien comptable, est finalement recruté en 1960 par le Mossad. Il est rebaptisé Kamel Amine Tabet et s'installe à Damas après un long séjour en Argentine où il approche les milieux Syriens du pays.

Son entraînement dure plus de deux ans. On lui apprend à parler arabe avec un accent syrien prononcé, il étudie le Coran à fond, ainsi que le difficile métier d'agent secret. Il s'imprègne du personnage qu'il devra incarner. Muni de faux papiers au nom de Kamel Amine Tabet, il se rend au printemps de 1961 en Argentine, où il ne tarde pas à s'intégrer dans la communauté syro-libanaise de Buenos-Aires.

Voici donc Cohen, alias Kamel Amine Tabet, installé dans l'une des plus luxueuses villas du quartier résidentiel d'Abou-Remanné. De son balcon, il peut observer à loisir les entrées et les sorties du " palais des Hôtes où 1e gouvernement syrien reçoit ses invités de marque. Les ambassadeurs étrangers, les ministres et les dignitaires du régime baasiste sont ses voisins. Il reçoit somptueusement : cocktails, dîners fins, réceptions nocturnes ou se déroulent, pour les amateurs de la dolce vita, des " ballets " divertissants.

Il ne refuse rien à ses bons amis : ni alcools, ni drogues, ni femmes de mœurs légères. Il contribue à enrichir tel homme politique en l'associant à des " affaires commerciales ", d'autant plus fructueuses qu'elles sont imaginaires ; il offre à l'épouse de tel autre dirigeant un manteau de vison, qu'il fait acheter en France.

Mais il ne s'agit là que du côté " public relations " d'un personnage qui se veut avant tout un militant. Cohen s'est, en effet, subitement découvert des aspirations " socialistes ". Il passe pour être un baasiste tout à la fois fanatique et habile. Il finance certaines activités du parti. Il donne volontiers des conseils. Le potentiel militaire, dit-il à ses influents amis, doit être renforcé face à la menace sioniste. La propagande anti-israélienne devait être plus subtile, plus accessible à l'opinion internationale. Des membres de la junte au pouvoir l'entraînent dans des zones militaires interdites aux civils pour lui démontrer, preuves à l'appui, que les défenses syriennes sont solides. On lui confie la direction du programme espagnol de Radio-Damas...

Les commentaires que diffuse Cohen sont doublement appréciés : par ses supérieurs baasistes qui admirent son intelligence et son zèle, mais aussi par les services d'espionnage israéliens, qui, au moyen d'un code, reçoivent régulièrement des messages par le truchement des ondes de Radio-Damas.

Cependant, Cohen dispose d'autres voies de communications. Il transmet des microfilms, enfouis dans des cavités creusées dans des coffrets de jeux de jacquet, qu'il envoie à des amis argentins. Il maintient un contact permanent avec Tel-Aviv grâce à un poste-émetteur camouflé dans sa chambre à coucher. Trois ans, presque jour pour jour, après son arrivée à Damas, Cohen est démasqué. Le contre - espionnage syrien serait parvenu à localiser l'origine des émissions clandestines. Le 24 janvier 1965, Radio-Damas annonçait l'arrestation d'un dangereux espion israélien.Cf l'article d'Eric Rouleau, Le monde, du 22 mai 1965

Eli Cohen est pendu en place public à Damas.

Le souvenir glaçant de sa dépouille mortelle suspendue au bout d'une corde, place des Martyrs, en plein centre de Damas, vaut à Eli Cohen un statut à part dans le panthéon israélien. Le 18 mai 1965, l'espion qui était parvenu à s'infiltrer au cœur du pouvoir syrien fut exécuté devant une foule avide de vengeance. Les démarches engagées au dernier moment par le pape Paul VI ainsi que par plusieurs dirigeants occidentaux en vue de lui obtenir la vie sauve s'étaient révélées vaines. La télévision d'État diffusa l'exécution en direct, et son corps inerte resta exposé à tous les regards durant plusieurs heures, enveloppé par ses bourreaux d'un drap recouvert d'inscriptions vouant l'État hébreu à la destruction.

La mise en scène, destinée à laver le camouflet subi par la Syrie, pétrifia le public israélien. Plus que tout autre, le nom d'Eli Cohen est depuis lors synonyme d'audace, d'efficacité et d'abnégation.2

Eli Cohen qui s'était lié avec le Président Hafez el-Assad avait été pressenti en Syrie pour devenir l'adjoint du ministre de la défense.

“Au cours de sa mission en Syrie, Eli Cohen obtient des renseignements cruciaux qu’il transmet immédiatement à Israël quelques temps avant la Guerre des Six Jours en 1967. Ses contributions ont donné un avantage précieux à Israël qui parvient à venir à bout des ennemis arabes.

Cohen obtient rapidement la confiance de plusieurs hauts officiers syriens ainsi que des membres du gouvernement. Son plus grand tour de force fut d’avoir transmis à Israël les localisations précises des fortifications syriennes sur le plateau du Golan (3 ans seulement avant la guerre des Six Jours). Il rapporte aux services israéliens la disposition des bunkers et des bases de tir syriens organisés en trois lignes.

Certains ajoutent qu’il aurait ainsi suggéré aux officiers syriens que des arbres à eucalyptus soient plantés autour des bunkers syriens pouvant viser le territoire israélien, prétendant officiellement que ces arbres pourraient servir d’abris naturels aux postes avancés. La plantation de ces arbres fut décidée par les autorités syriennes, suivant ses conseils. Cela permit surtout aux soldats de Tsahal de pouvoir facilement localiser les bunkers syriens lors de leur bombardement pendant la Guerre des Six Jours.3

En mai 1975, sa veuve demande à Hafez El-Assad de rendre la dépouille de son mari, mais le pouvoir Syrien refuse. Le corps d'Eli Cohen n'a jamais été rendu à Israël. En Juin 2018, le Mossad a pu récupérer sa montre, qu'il a récupéré dans un opération en Syrie :

“le directeur du Mossad Yossi Cohen a remis à la famille du défunt la montre bracelet qu'Eli Cohen utilisait en Syrie.

"Je félicite les agents du Mossad pour cette opération effectuée avec détermination et courage, dont l'unique objectif était de rendre à Israël un souvenir d'un grand combattant qui a grandement contribué à la sécurité de l'Etat", a déclaré le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.

Dans le communiqué, le chef du Mossad Yossi Cohen a indiqué que l'opération spéciale avait eu lieu cette année et que la montre qu'il portait lors de sa capture faisait partie de sa "fausse identité arabe".4

Eli Cohen est le sujet du livre 'L'espion qui venait d'Israël' de Ben Dan


 

 

 

 

 

 
 
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