L'équipe olympique israélienne est prise en otage par un commando palestinien de l'organisation « Septembre noir » à 4h30 le matin.

Ce même groupe a assassiné au Caire le Premier ministre jordanien Wasfi al-Tall le 28 novembre 1971 et a commandité près de quarante attentats dans le monde.

Derrière le groupe Septembre noir se cache en réalité des membres du Fatah, obéissant aux ordres d'Abou Iyad1 et de Ali Hasan Salameh2. Divers témoignages l'attestent, parmi lesquels celui de Mohamed Daoud Awda qui déclarait en 1973 : « Septembre noir n'existe pas, Fatah a annoncé ses propres opérations sous ce nom afin de ne pas en apparaître comme l'exécutant direct.3

 

Membre du commando qui a tué 16 athlètes israéliens aux JO de Munich en 1972

Les terroristes réclament la libération de 236 militants palestiniens détenus en Israël.

Ils exigent aussi la libération de Ulrike Meinhof et Andreas Baader, chefs du mouvement terroriste allemand Fraction Armée Rouge détenus en Allemagne. La RAF est responsable de plus de 30 morts en Allemagne.

Devant le refus de Golda Meïr, Premier ministre d'Israël, les terroristes jettent le corps abattu de l'entraineur de lutte Moshé Weinberg par dessus le balcon. Des personnes autorisées à venir parlementer ont constaté des sévices sur les athlètes retenus en otage. Les athlètes ont été battus, on les retrouvera avec les os cassés et l'un deux a été castré.

L'assaut est finalement donné par l'armée allemande, mais il est chaotique, par manque d'organisation et de coordination. Onze membres de l'équipe olympique israélienne et un policier allemand sont tués lors du 'massacre de Munich'. Le plus jeune avait 18 ans4. Cinq des huit terroristes sont tués, les trois autres capturés.

Le 6 septembre , le lendemain du massacre, le président du comité olympique Avery Bundage fait un court discours où il proclame 'the games must go on' devant 80 000 personnes. Il annonce le report des épreuves d'un jour.

Toute personne civilisée plonge dans l'horreur après l'intrusion criminelle barbare de terroristes dans l'environnement olympique pacifique. Nous pleurons nos amis israéliens, victimes de cet assaut brutal. Le drapeau olympique et les drapeaux du monde entier sont en berne. Malheureusement, dans ce monde imparfait, plus grands et plus importants les Jeux olympiques deviennent, plus ils sont ouverts aux pressions commerciales, politiques et maintenant criminelles. ... Nous n'avons que la force d'un grand idéal. Je suis sûr que le public approuvera que nous ne pouvons laisser une poignée de terroristes détruire ce noyau de coopération internationale et la bienveillance que nous avons envers le mouvement olympique. Les Jeux doivent continuer et nous devons continuer nos efforts pour les garder clairs, purs et honnêtes et essayer d'étendre l'esprit du sport à d'autres domaines. Nous déclarons qu'aujourd'hui est un jour de deuil et que nous reporterons toutes les épreuves d'un jour.

C'est le même Avery Bundage (Athlète américain puis dirigeant sportif né en 1887) qui en 1936 s'était élevé contre le boycott des JO de Berlin.

Les Jeux reprennent donc le lendemain malgré les demandes d'Israël de les interrompre. Les personnes qui brandissent une banderole où est inscrit : "17 morts, déjà oubliés ?" sont expulsées.

Hussein de Jordanie condamne et qualifie la prise d'otages et ses suites de crime sauvage, crime contre la civilisation...perpétré par des esprits pervers

mais Yasser Arafat déclare

Une action politique violente qui s'inscrit dans un large mouvement populaire ne peut être qualifiée de terroriste.

Le 29 octobre un avion allemand de la Lufthansa est détourné par des ravisseurs exigeant la libération des survivants du commando de Munich retenus prisonniers en attente d'être jugés. Safady et les Al-Gasheys sont libérés par l'Allemagne. L'Allemagne n'étalera pas sa mauvaise gestion de crise et ses conséquences humaines dramatiques lors d'un procès.

Selon le chef du Mossad d'alors, Zvi Zamir, les Allemands n'ont pas fait le minimum pour sauver des vies : ils n'ont pas pris le moindre risque pour sauver les gens, ni les nôtres, ni les leurs.

Le principal responsable de la prise d'otages, Abou Daoud est arrêté en France par les services de renseignement en 1977. Alors qu'Israël et la RFA demandent son extradition, il est expulsé vers la Syrie. Il part donc à Damas où il finira tranquillement ses jours en 2010. Pour lui, ses actions ne relèvent pas du terrorisme car

un athlète ou un pianiste, n'importe quel israélien, est un soldat.

En 2010, Mahmoud Abbas, soupçonné d'avoir financé l'opération dit à propos d'Abou Daoud :

Il était l'une des figures leaders du Fatah et a consacré sa vie à la résistance, à un travail sincère, et au sacrifice physique pour les justes causes de son peuple.

Lors des Jeux olympiques de Londres en 2012, il a été proposé, notamment par les États-Unis, Israël et l'Allemagne, 40 ans après le massacre, de faire une minute de silence en hommage aux victimes de 1972. Jacques Rogge, président du CIO a refusé estimant que

nous pouvons rendre hommage aux athlètes dans un autre contexte. Les cérémonies d'ouverture n'ont pas une atmosphère qui se prète à une commémoration de ce genre.

Ajoutant que le CIO se rendra à la commémoration organisée par le comité israélien.5

Jacques Rogge a observé à titre personnel, , une minute de silence alors qu'il achevait la visite du village olympique à Londres. Selon la Ankie Rechless, veuve d'un des atlhètes assassinés,

Il a su que nous étions à Londres. Il a alors observé une minute de silence devant une trentaine de personnes venues visiter le Village. Cela fut fait comme un voleur dans la nuit.

Le prédécesseur de Jacques Rogge, Antonio Samaranches avait accepté la minute de silence demandée pour les Musulmans bosniaques aux JO de 1996. De même en 2002 après les attentats du 11 septembre, ou en 2010 à la mémoire de l'athlète géorgienne qui s'est tuée à l'entrainement.

L'Autorité palestinienne, par une lettre de Jibril Rajoub, président du CIO palestinien, exprimera sa satisfaction, écrivant

le sport constitue un pont 'pour l'amour, les échanges et la paix entre les peuples", et ne doit pas servir de vecteur au 'racisme'. 6

Sur sa page Facebook, en septembre 2016, le Fatah montre une video (reprise d'images TV) de l'attaque et présente l'action comme une opération héroique.

Le 9 février janvier 2018, dans une double page consacrée par le journal Le Monde aux évènements politiques ayant marqué l'olympisme7, l'année 1972 n'a pas été oubliée. Pour l'auteur , l'évènement politique marquant de ces jeux est la victoire remportée au Basket-Ball par l'Union Soviétique sur les États-Unis. Le massacre de la totalité des onze athlètes formant l'équipe israélienne par un mouvement de libération nationale qui exécute des civils dans une arène sportive dans le pays même où la Shoah a eu lieu, dans cette ville située à 17 km de Dachau où le nazisme a pris son essor, n'est pas mentionné.

En 1972, un jeune journaliste de 20 ans, très ancré à gauche en France, et dont le nom de presse est alors Joseph Krasny commente ainsi le carnage.

L'action de Septembre noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangement à l'amiable que les réactionnaires arabes s'apprêtaient à conclure avec Israël. […] Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation. […] A Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l'assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d'aller au carnage.

L'article est publié dans la revue « rouge » n° 171 et l'auteur Josef Krasny (Josef le rouge) est Edwy Plenel futur directeur du journal Le Monde puis de Mediapart.

1 Abou Iyad est le nom de guerre au Fatah de Salah Khalaf , né en 1933 à Jaffa et mort assassiné le 14 janvier 1991. Il est l'un des fondateurs du Fatah, et il fut le numéro deux de l'OLP.

2 Fils du Sheikh hassan salameh, pro-nazi et proche de Amin Al-Husseini, Ali hassan Salameh a été l'organisateur de détournements d'avion de la Sabena à Lod le 8 mai 1972.

3 Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d'histoire : le drame inachevé p.171

4Mark Salin, lutteur.

5 Une cérémonie commémorative a été organisée par l’ambassade israélienne à Londres et par le Comité National Olympique d’Israël avec la communauté juive de Londres.

6 Huffington post, Edith Ochs, 01/08/2012. JO, quand l'AP remercie le CIO

7 Jeux olympiques : la politique entre en piste, Le Monde 9/02/2018 par François Thomazeau

 

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