Le 3 octobre 1980, à 18h40, alors que le grand rabbin Williams lit la prière des morts, une forte explosion retentit dans la synagogue de la rue Copernic à Paris. Dix kilos d'explosif pentrite, dissimulés dans la sacoche d'une moto garée devant l'édifice, viennent d'exploser, tuant quatre personnes et faisant quarante-six blessés. Il s'agit du premier attentat mortel contre la communauté juive de France depuis la Libération.



Attentat de la rue Copernic en 1980. Les coupables courent toujours . (Photos Paris-Match)

 

Commentant l'attentat, le Premier ministre français Raymond Barre avait parlé de « cet attentat odieux qui a frappé des français innocents ». Il en a confirmé le sens peu avant sa mort, sans l'excuse de l'émotion, de la spontanéïté ou du lapsus. Barre considère les victimes juives comme des coupables   :

ce qui était la caractéristique de ceux qui faisaient l'attentat, c'était de châtier des Juifs coupables.

Barre avait déjà exonéré le préfet Papon, condamné pour sa responsabilité dans la déportation des Juifs de France : « Les Juifs n'étaient pas pour lui d'un intérêt national majeur..son problème c'était de faire fonctionner la France. »

L'enquête, l'une des plus anciennes instructions encore en cours en 2017 à Paris, attribue l'attentat, non revendiqué, au Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS), un groupe né d'une scission du FPLP, et les renseignements français identifient, en 1999, Hassan Diab comme celui qui a confectionné l'engin explosif. Ce dernier assure qu'il se trouvait à Beyrouth (Liban) au moment des faits.

Le 13 décembre 2014, le parquet de Paris a requis le renvoi devant une cour d'assises spéciale d'Hassan Diab1, unique suspect de l'attentat. Il est poursuivi pour assassinat "en relation avec une entreprise terroriste, tentative d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, et destruction volontaire de bien par l'effet d'une substance explosive ou incendiaire en relation avec une entreprise terroriste", précise le parquet.

Le parquet estime "les charges suffisantes" à l'encontre d'Hassan Diab, tout en relevant qu'il existe des "doutes" sur sa présence à Paris au moment des faits qui devront être débattus devant la cour, selon une des sources. Extradé en novembre 2014 du Canada et placé depuis en détention provisoire, le Libano-Canadien a toujours clamé son innocence dans l'attaque, qui a fait quatre morts et une quarantaine de blessés.2

 

Plaque commémorative de l'attentat de la rue Copernic, Paris

 

Mais le 12 janvier 2018,

Contre l'avis du parquet ..., les juges estiment que les charges à son encontre «ne sont pas suffisamment probantes» et «se heurtent à trop d'éléments à décharge»... Ils ordonnent la «mise en liberté immédiate» du Libano-Canadien qui a passé plus de trois ans en détention provisoire.

Pour Hassan Diab, le coupable ne peut-être qu'un homonyme, argument qu'il présentait déjà avant son extradition du Canada

Je n'étais au courant de rien. Je suis victime d'une nouvelle homonymie sans fondement. Mon nom de famille est très courant au Liban et dans les pays arabes. Quand je travaillais à l'Université américaine de Beyrouth, nous n'étions pas moins de quatre Diab, et il est arrivé que l'un de mes collègues reçoive un chèque qui m'était destiné !

Je n'ai jamais appartenu à aucune organisation palestinienne, ni milité politiquement. Je suis né à Beyrouth en 1953, j'ai étudié la sociologie là-bas et je n'ai fait qu'étudier. J'ai ensuite quitté le Liban pour les États-Unis dans les années 1980, parce que j'en avais assez de la guerre et de la violence.3

1 Hassan Diab a refait sa vie en 1987 au Canada où il est devenu enseignant en sociologie à l'université d'Ottawa. En 2014 il est extradé et incarcéré en France.

2Site Tvinfo 13/12/2017

3 Affaire Copernic, les secrêts d'un attentat antisémite, Jean Chichizola et Hervé Deguine

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