C'est la première fois qu'une installation nucléaire est bombardée. L'Irak est toujours en état de guerre [ ou de belligérance, le degré juste inférieur ] avec Israël car elle a refusé de signer des accords d'armistice en 1949.

La centrale Osiris avait été construite par la France à Bagdad. L'opération menée par les Israéliens est nommée opération Opéra ou opération Babylone.

Le but affiché de ce réacteur est une utilisation exclusivement civile de la fission de l'atome d'uranium. Mais l’État hébreu se méfie des bonnes intentions de Sadam Hussein. C'est lui qui a déclenché en 1980 la guerre contre l'Iran. Il utilisera des armes chimiques (Ypérite) sur les populations civiles dès 1983, faisant alors entre 70 000 et 100 000 victimes.1

Les Israéliens avaient déjà tenté d'endommager la cuve en construction en France, à la Seyne-sur-Mer2. Ils estiment que le bombardement est la dernière possibilité de stopper le programme nucléaire irakien, la cuve n'étant pas encore chargée en matériaux radioactifs.

Dix Irakiens et un ingénieur français du CEA, Damien Chaussepied3 décèdent lors de l'attaque effectuée à 1 600 km de Tel-Aviv.

Le conseil de sécurité condamne l'attaque par sa résolution 487 le 19 juin 1981, sans cependant la qualifier d'agression.

 Les États-Unis en réaction bloquent la livraison de 4 avions de combat F16 à Israël.

Le roi Hussein de Jordanie déclare qu'Israël a bombardé des installations vitales en Irak. Pour l'URSS c'est un acte de piraterie internationale.


La centrale après le bombardement

La France n'est pas très à l'aise dans ce concert, ayant elle même rendu possible l'option nucléaire irakienne. Le Premier ministre, Pierre Mauroy condamne Israël. Mais, le ministre des Affaires étrangères, Claude Cheysson, affirme aux ambassadeurs arabes en poste à Paris qu’ « Israël est un ami de la France : il a droit à la sécurité (…) ; la politique française à son encontre ne subira pas de modifications suite à cette grave opération ». Quelques années plus tard, la Une du Canard Enchainé du 5 aout 1987 portera sur les promesses que le Premier ministre (1986-1988) Jacques Chirac aurait faites à Sadam Hussein pour reconstruire le réacteur détruit. A l'appui, le canard montrera des fac-similés d'échanges pouvant porter sur la reconstruction. Le gouvernement français démentira ces allégations grotesques et ridicules, Juppé y voyant même une œuvre d'imagination estivale. La mini crise qui s'ensuit, en pleine guerre Iran-Irak (1980-1988) a pour décor un autre conflit, celui des otages français au Liban et de la relation France-Iran.

Lorsque l'Irak bombardera Israël avec des Scud en 1991, sans possibilité de répondre comme l'ont exigé les États-Unis, la classe politique Israélienne se félicitera d'avoir éliminé l'option nucléaire irakienne dix ans auparavant.

Quatre mois plus tard (6 octobre 1981), le président Sadate est assassiné par les islamistes en plein défilé militaire commémorant la guerre de Kippour. 10 jours plus tard, Moshé Dayan, l’architecte des accords de paix avec l’Égypte, meurt suite à un cancer.

1 Pour revenir à notre sujet central, c'est plus pour la seule année 1983 que la totalité des victimes du conflit israélo-palestiniens depuis l'indépendance d'Israël.

2 Leur responsabilité n'a pas été prouvée, mais elle est est jugée probable.

3 Israël versera des indemnités à la famille de l'ingénieur français.

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Evolution du nucléaire en Irak et en Israël

Au début de novembre 1976, Israël refuse d'autoriser une délégation de 13 sénateurs américains à visiter l'installation nucléaire de Dimona qui avait été construite avec l'aide de la France. En janvier 1978, la C.I.A. révèle qu'elle a acquis la conviction, dès 1974, qu'Israël possède des bombes nucléaires fabriquées à l'aide d'uranium obtenu par des voies clandestines. En 1977, le Président Carter décrète un embargo sur les fournitures d'uranium enrichi à destination d'Israël tant que ce pays n'adhérera pas au traité sur la non-prolifération ou tant qu'il ne soumettra pas aux garanties de l'A.I.E.A. toutes ses installations nucléaires.

L'Irak adhère au traité sur la non-prolifération depuis le 29 octobre 1969 et a conclu le 29 février 1972 l'accord de garantie avec l'Agence. Il a acquis, en 1968, de l'U.R.S.S. son premier réacteur de recherche d'une puissance de 2 MW. Ce réacteur a été destiné aux besoins de l'Institut de recherches nucléaires, établi la même année. En décembre 1974, le Premier ministre français se rend à Bagdad.

Le gouvernement irakien parle d'une commande portant sur un réacteur de puissance de 500 MW de la filière graphite -gaz, abandonnée par la France, et qui présentait des risques de détournements à des fins militaires. Finalement l'accord cadre franco-irakien est signé le 18 novembre 1975. Il n'est publié au J.O. à Paris que le 18 juin 1976.1

1 Le bombardement par Israël d'un réacteur irakien - Georges FISCHER in annuaire français de droit international volume 27, 1981. pp. 147-167

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