L'évacuation du Liban faisait partie des promesses du candidat Ehud Barak lors des élections législatives de mai 1999 (il a battu nettement Netanyahu avec 56% contre 44%). Israël était installé au Sud-Liban en 1978 (opération Litani) , puis en 1982.

Barak souhaite aussi mettre fin aux pertes de Tsahal comme de l’ALS (Armée du Liban Sud), son alliée chrétienne dont les désertions devenaient problématiques.

En même temps le retrait pouvait affaiblir le Hezbollah, qui tire sa légitimité de son opposition armée à Israël. Sans adversaire, soutenue par l’Iran, elle risquait d’être décrédibilisée. ( On sait depuis que ça n’a pas été le cas, d’autant que le Hezbollah a su ne pas se livrer à une répression trop poussée sur les anciens soldats de l’ALS.)

Le 22 avril 1999 le candidat Barak déclare  à la radio israélienne en pleine campagne électorale:

 

«il n’est pas nécessaire de trouver un accord avec la Syrie, pour un retrait du Liban. L’accord devra se faire avec le gouvernement libanais»

 

Son prédécesseur Netanyahu avait lui été tenté par l'évacuation, mais exigeait des garanties sécuritaires qu'il n'a jamais obtenu.

Lorsque Barak présente ses lignes directrices, le 6 juillet 1999, il annonce la future évacuation :

 

"Le gouvernement agira en vue du retrait des Forces de Défense d’Israël du Liban tout en assurant la quiétude et la sécurité des habitants du Nord et en aspirant à un accord de paix avec le Liban."

 

et le 5 mars 2000, la décision est prise comme l'annonce le secrétariat du conseil des ministres :

 

"En vertu de l'engagement pris par le gouvernement conformément à ses lignes directrices et au vu de l'annonce du Premier ministre et ministre de la Défense, le gouvernement a décidé comme ci-suit :

a -Tsahal se redéploiera le long de la frontière israélo-libanaise d'ici juillet 2000 d'où il assurera la sécurité des localités du nord du pays.

b- Le gouvernement fera en sorte que le redéploiement en question soit effectué dans le cadre d'un accord.

c- Dans l'éventualité où les conditions ne se prêteraient pas à un redéploiement dans le cadre d'un accord comme indiqué précédemment, le gouvernement se réunirait en temps voulu afin de définir les modalités de mise en œuvre de la décision détaillée ci-dessus.

d- Le gouvernement décide comme il se doit de respecter l'engagement d'Israël à l'égard de l'ASL et des tenants de l'assistance civile du sud Liban.

e- Le gouvernement a décidé d'agir en vue du renforcement des localités de la ligne de confrontation dans le domaine des arrangements de sécurité tout comme dans le domaine socio-économique."

 L'évacuation est conforme à la résolution 425 du Conseil de Nations-Unies adoptée le 19 mars 1978 :

"Le Conseil de Sécurité,

Prenant acte des lettres du représentant permanent du Liban et du représentant permanent d'Israël,

Ayant entendu les déclarations des représentants permanents du Liban et d'Israël,

Gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Moyen-Orient et ses conséquences pour le maintien de la paix internationale,

Convaincu que la présente situation entrave l'instauration d'une juste paix au Moyen-Orient,

1. Demande que soient strictement respectées l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance politique du Liban à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues;

2. Demande à Israël de cesser immédiatement son action militaire contre l'intégrité territoriale du Liban et de retirer sans délai ses forces de tout le territoire libanais;

3. Décide, compte tenu de la demande du Gouvernement libanais, d'établir immédiatement sous son autorité une force intérimaire des Nations Unies pour le Sud du Liban aux fins de confirmer le retrait des forces israéliennes, de rétablir la paix et la sécurité internationales et d'aider le Gouvernement libanais à assurer la restauration de son autorité effective dans la région, cette force étant composée de personnels fournis par des Etats Membres;

4. Prie le Secrétaire général de lui faire rapport dans les vingt-quatre heures sur l'application de la présente résolution."

Israël garde cependant le petit territoire des fermes de Chebah, qui ne faisait par partie de la zone d'occupation créé en 1978

Ce territoire  (43 km² syriens revendiqués par le Liban) situé contre le Mont-Hermon est  toujours à Israël, permettant tant d’avoir une vue stratégique sur le Liban que de contrôler une partie des sources du Jourdain qui s’écoule vers Israël.

"Ce territoire comme son nom l’indique, fait partie à l’origine des terres appartenant au village libanais de Chébaa, contigu au territoire syrien. Il fut occupé par l’armée israélienne peu de temps après l’occupation du Golan syrien au cours de la guerre de 1967, sans qu’aucun des deux États libanais et syrien ne s’en préoccupe outre mesure. ...Cependant que l’organisation des Nations unies, saisie par le gouvernement libanais, cartes et documents à l’appui, se refusa à se prononcer sur la nationalité du territoire.1

La sortie non négociée est vécue comme une victoire par le Hezbollah qui peut se redéployer au sud du Liban. Hassan Nasrallah exulte :

"L’ère des défaites des Arabes est terminée et commence pour eux l'ère des victoires, alors que pour les sionistes, l'ère des victoires factices est finie et commence celle des défaites».«Tant que se trouveront dans nos rangs des amoureux du martyre et des mères prêtes à offrir ce sacrifice (...), il ne restera plus jamais aucune terre occupée, il ne demeurera pas un seul détenu en prison, et l'humiliation subie par les Israéliens les poursuivra jusqu'à la fin des temps."

 1 Le liban contemporain, histoire et société, George Corm, ed la découverte p.298.

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