Taba est une ville située en Égypte, au bord de la mer Rouge à quelques kilomètre d’Eilat. Le sommet, convoqué par Bill Clinton fait suite à l’échec de Camp David II. Le déclenchement de la seconde intifada rend urgente la nécessité d’arriver à un règlement du conflit. Au 25 janvier 2001, 385 personnes ont succombé depuis le 28 septembre, dont 324 palestiniens, 13 arabes israéliens et 47 juifs israéliens.1

 


 

Taba est située à la frontière israélo-Egyptienne

 

 

Pour Clinton, c’est la dernière chance de laisser sa marque, seuls les préparatifs étant effectués sous son mandat, l’éventuel signature et accord final sous celui de son successeur George Bush Jr. qui entre en fonction le 20 janvier. Mais il n’y aura pas d’accord.

La proposition israélienne (Ehud Barak est toujours Premier ministre) de Camp David en 2000 de laisser d’annexer 8 % de la Cisjordanie, part correspondant à 80 % de la population israélienne implantée, puis réduite à 6 %, contre une rétrocession de 3 % de territoire israélien en échange aux Palestiniens. Les Palestiniens demandent 3 % du territoire israélien en échange d’une réduction de 3 % du leurs.

 

Le statut de Jérusalem serait celui d’une ville ouverte ou chacun aurait sa souveraineté sur ses lieux saints et ’ses’ quartiers dans la vieille ville. Jérusalem-Ouest serait Israélienne et Jérusalem-Est palestinienne. Concernant les réfugiés,

" La partie palestinienne a souligné que les options ci-dessus devraient faire l’objet du libre choix des réfugiés, et ne pas obérer leur droit à retrouver leur foyer, conformément à l’interprétation qu’elle fait de la résolution  194. La partie israélienne, de manière informelle, a suggéré un programme d’absorption en quinze ans, comportant les trois pistes, programme qui a été discuté, mais non validé.

La première piste fait référence à l’absorption en Israël. Il n’y a pas eu d’accord sur un contingent déterminé, mais un document non-papier faisait référence à 25 000 personnes au cours des trois premières années de ce programme (le nombre de 40 000 réfugiés, sur les cinq premières années, non consigné sur le papier, a été évoqué verbalement).

La seconde piste fait référence à l’absorption de réfugiés palestiniens sur le territoire israélien destiné à être transféré à la souveraineté palestinienne,

et la troisième fait référence à l’absorption de réfugiés dans le cadre d’un plan de rapprochement familial.

La partie palestinienne n’a avancé aucun chiffrage, mais a déclaré que les négociations ne sauraient débuter sans que les Israéliens ne fassent une offre de départ. Elle a maintenu que l’acceptation par Israël du retour des réfugiés ne devrait en aucun cas se faire au détriment de programmes existant à l’intérieur d’Israël, tel celui du rapprochement familial."2

Les Israéliens demandèrent que la question des compensations aux réfugiés juifs des pays arabes soit reconnue (les pays arabes se sont vidés de la totalité des Juifs qui y vivaient soit entre 800 000 et 900 000 juifs entre 1948 et 1970), bien que ne relevant pas d’une responsabilité palestinienne ni de cet aspect bilatéral du conflit. Les Palestiniens demandèrent la restitution de leurs anciennes propriétés aux réfugiés palestiniens, ce qui ne fut pas accepté par Israël. Gaza serait encore occupée pour au moins 6 mois, délai demandé par les Palestiniens mais jugé trop court par les Israéliens. Enfin un corridor sécurisé relierait Gaza au district de Hébron (25 km), déjà intégrée aux accords d’Oslo.

 


 

Shlomo Ben Ami ministre des affaires étrangères d’Israël et Ahmed Qorei négociateur palestinien

 

Le sujet de cette liaison sécurisée est récurrent. Selon le journal israélien Haaretz,

" Israël et l’Autorité palestinienne sont parvenus à un accord sur la création d’une liaison terrestre entre la bande de Gaza et la Cisjordanie après le désengagement.

Selon cet accord, dans un premier temps, les forces de sécurité israéliennes escorteront les convois de véhicules Palestiniens qui circuleront entre les deux zones. Pour l’avenir, Israël a proposé une liaison ferroviaire. Le problème de la liaison terrestre a constitué un contentieux depuis le début des pourparlers israélo-palestiniens sur le désengagement. Pendant plusieurs mois, les Palestiniens ont refusé de discuter du retrait, préférant se concentrer sur la « liaison sécurisée » entre Gaza et la Cisjordanie, promise dans le cadre des accords d’Oslo, mais jamais mise en œuvre.

...La liaison ferroviaire relierait la zone industrielle d’Erez (à la frontière Gaza-Israël) au checkpoint de Tarqumiyeh près de Hébron. La Banque mondiale estime que cela coûterait 175 millions de $ et que la construction durerait trois ans.

Elle a donc proposé qu’à la place soit construite une autoroute à quatre voies « en dépression », dans une tranchée de 5 mètres de profondeur, qui couperait Israël en deux. Cette tranchée serait entourée d’une double clôture pour empêcher que des gens quittent l’autoroute pour pénétrer en territoire israélien, et que la circulation israélienne la traverse par des ponts autoroutiers. La Banque mondiale estime que ce projet ne coûterait que 130 millions de $ et qu’il serait moins cher à opérer. 3

Le projet qui n’a toujours pas vu le jour pose des problèmes (hors même la volonté politique parfois défaillante) difficiles à résoudre. Au delà de la sécurité et du coût, une telle route couperait en deux le territoire israélien. Se pose alors la question des liaisons infra-israéliennes mais aussi celui de la souveraineté d’une telle route palestinienne en territoire israélien. Enfin, quoique cela paraisse secondaire, les écologistes ont soulevé le problème de l’impact sur l’environnement. Lors de la construction d’une autoroute ou d’une voie ferrée , des tunnels sont aménagés (ou des passerelles) pour permettre à la faune de continuer ses déplacements et migrations. Mais dans ce contexte, ça devient vite très compliqué à mettre en œuvre.

Finalement, l’accord n’est pas véritablement trouvé mais le sommet semble avoir rétabli la confiance entre les parties.

 

Une semaine après le sommet, Arafat souffle le chaud et le froid traitant les Israéliens de fascistes qui mènent une guerre sauvage et barbare tout en assurant vouloir continuer à travailler pour la paix au Moyen-Orient. l’opposant Ariel Sharon considère lui que Taba n’est qu’un stratagème de campagne mené par un Premier ministre désespéré. 4

 

Revenant sur le sujet en juin 2001, le négociateur palestinien, M. Chaath dit que

" à Camp David, c’est nous qui avons dit non. A Taba, c’est Israël. Nous voulions poursuivre, Barak a dit à ses négociateurs d’arrêter. Il jugeait ne plus avoir de légitimité, ni à la Knesset, ni dans l’opinion, pour signer ne serait-ce qu’un bilan écrit des négociations. Et les militaires ont fait pression sur lui, expliquant qu’un accord à Taba faisant plus de concessions qu’à Camp David aurait, de fait, politiquement légitimé l’Intifada. Yossi Beilin et Amnon Shahak voulaient poursuivre, mais Gilad Sher et Shlomo Ben Ami, sur ordre d’Ehoud Barak, ont mis fin aux pourparlers."

 

Selon Elie Barnavi, de nouvelles négociations israélo-palestiniennes ne pourraient pas "reprendre à partir de Taba" ajoutant

" On peut préférer pas de fin du tout (du conflit israélo-palestinien) à cette fin-là. Mais si nous (les Israéliens) voulons conclure une paix avec les Palestiniens...il faudra "aboutir à quelque chose qui ressemblera à Taba ". 5

 


 

1l’obs temps réel du 25 01 2001.
2 Compte rendu migrations sur les négociations de Taba in confluence méditerranéennes 2002/2 n°41 p163 à 177 et Haaretz du 14 fevrier 2002.
3 Haaretz 5 juillet 2005, cité in site La paix maintenant, trad Gérard Eizenberg.

4 CNN, Arafat blasts Israel at Davos January 28, 2001

5 Sylvain Cypel le Monde 19 01 2001.
 
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