Le 12 juillet, peu après neuf heures du matin, les hommes du Hezbollah libanais attaquent un blindé israélien, sur le territoire de l’État hébreu, et capturent deux soldats. Ils se replient avec leurs prisonniers sur le village libanais le plus proche, Aïta Ech-Chaab, avant de disparaître dans l’arrière-pays. Une heure plus tard, un autre blindé israélien franchit la frontière pour tenter de récupérer les deux captifs. A son tour il est détruit par les tirs du Hezbollah. l’opération a fait neuf morts : un combattant du Hezbollah et huit soldats israéliens.

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, l’aviation israélienne passe à l’attaque contre le Liban. Dans le même temps, la marine organise le blocus des côtes. La radio militaire de Tel-Aviv parle de 150 cibles touchées. Dont l’aéroport de Beyrouth dont les pistes ont été rendues inutilisables par des lâchers de bombes. Centrales électriques, ponts et nœuds routiers sont ciblés. Le Hezbollah réplique par des tirs de roquettes " katiouchas. "

Côté libanais on compte 53 civils décédés à la suite des tirs israéliens. Côté israélien, on déplore trois morts. La guerre israélo-libanaise dure du 13 juillet au 14 août.

Bilan de ces « trente-trois jours » interminables : un État exsangue, 1 183 morts, 4 059 blessés, plus d’un million de personnes déplacées, 15 000 unités résidentielles détruites, des pertes directes estimées à 3,612 milliards de dollars dont un milliard pour le secteur du tourisme. Côté israéliens il y a 157 soldats tués.

En jouant, à partir du Sud-Liban, du bras nucléaire de l’Iran contre Israël, à la veille de la tenue d’un G8 qui devait prendre des sanctions dans ce sens et de la remise du rapport Brammertz gênant pour son allié syrien, en volant au secours du Hamas, en compromettant une saison touristique et en offrant à Israël la chance de détruire ce pays kaléidoscope, le Hezbollah (lui-même menacé par la résolution 1559 qui préconisait son désarmement) a plongé le Liban dans la tourmente.

 

 

Zone de combat au Liban en 2006

 

La campagne aérienne s’inscrit dans l’espace beyrouthin en trois temps.

Du 12 au 17 juillet 2006, les obus s’abattent essentiellement autour du « périmètre de sécurité » du Hezbollah. Sont touchés les carrefours, les axes de communications et les ponts reliant la banlieue sud à la plaine de la Bekaa et au Liban-Sud viseront l’aéroport international Rafic Hariri (pistes, tunnels, routes et stocks de carburant), le blocus maritime touche le port de Beyrouth, ses silos mais aussi les petits ports d’Ouzaï et de Jounié.

 

La deuxième phase débute le 18 juillet. L’aviation israélienne va concentrer ses frappes sur Haret Hreik et le quartier général du Hezbollah mais aussi traquer et bombarder les camions susceptibles de transporter les missiles de moyenne et de longue portée ainsi que les citernes de fuel. Le 19 juillet, poursuite du matraquage intensif du « périmètre de sécurité », extension des frappes aériennes dans les régions chrétiennes où des antennes de télécommunications, des radars et des routes internationales seront pris pour cibles.

Outre l’intérêt stratégique qu’ils représentent dans une politique d’isolement et de blocage de l’acheminement éventuel de renforts au Hezbollah, il ne faut pas sous-estimer l’impact psychologique recherché par l’adversaire, qui cherche à briser l’élan de solidarité qui anime la population libanaise et lui rappeler qu’aucune région du pays n’est à l’abri de représailles israéliennes.

 

À partir du 21 juillet et ce, jusqu’à la cessation des hostilités le 14 août, nous entrons dans la troisième phase de l’opération. Haret Hreik et la banlieue sud seront quotidiennement pilonnés. La nuit qui a précédé l’arrêt des combats, ils seront bombardés à raison de 18 obus à la minute.

Du côté israélien, la campagne aérienne a atteint ses objectifs puisqu’elle a détruit une partie des bases de missiles de moyenne et de longue portée de l’ennemi, qui menaçaient la sécurité d’Israël. Elle a également gravement endommagé la majeure partie des infrastructures routières et a réussi à couper les lignes de renforts et de logistique qui relient le Hezbollah à la frontière syrienne et à son hinterland.

 

Côté Hezbollah, pour la première fois depuis la création de l’État d’Israël, une milice a résisté et bombardé Haïfa à plusieurs reprises. À Téhéran comme à Damas, la singulière victoire du Hezbollah a été célébrée avec force de discours et de manifestations populaires. Son chef revendique « une victoire stratégique et historique pour tout le Liban et la résistance et pour la oumma » (Nasrallah, 14 août 2006). Cette « divine victoire » annoncée à cor et à cri par ses propagandistes garde un goût bien amer puisqu’elle se solde par la destruction de l’économie du pays, de ses principales infrastructures, de son image touristique à l’étranger... sans oublier les villages rasés, la perte d’un millier de civils et celle tenue secrète du nombre de miliciens tombés sur les champs de bataille.1

 

Le 12 août 2006, Uri Grossmann, fils de l’écrivain engagé à gauche David Grossmann est tué au combat. Lors de ses obsèques, son père prononce un discours : « Notre famille a perdu la guerre”

En ces moments, je ne dirai rien de la guerre dans laquelle tu as été tué. Nous, notre famille, nous l’avons déjà perdue. Israël, à présent, va faire son examen de conscience, et nous nous renfermerons dans notre douleur, entourés de nos bons amis, abrités par l’amour immense de tant de gens que pour la plupart nous ne connaissons pas, et que je remercie pour leur soutien illimité.

Je voudrais tant que nous sachions nous donner les uns aux autres cet amour et cette solidarité à d’autres moments aussi. Telle est peut-être notre ressource nationale la plus particulière. C’est là notre grande richesse naturelle. Je voudrais tant que nous puissions nous montrer plus sensibles les uns envers les autres. Que nous puissions nous délivrer de la violence et de l’inimitié qui se sont infiltrées si profondément dans tous les aspects de nos vies. Que nous sachions nous raviser et nous sauver maintenant, juste au dernier moment, car des temps très durs nous attendent.

 


1 Il était une fois un 12 juillet 2006 à Beyrouth... Lillane Buccianti-Barakat, revue-herodote, 2007/1 n°24 p 39 à 50

 

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