l’administration américaine a condamné à plusieurs reprises la colonisation en Cisjordanie. Le rapport Mitchell, en 2001, en dressait déjà une liste1 :

- Le 21 mars 1980, le secrétaire d’État Cyrus Vance, s’exprimant au nom de l’administration Carter, déclarait: "La politique des États-Unis en faveur de l’établissement de colonies de peuplement israéliennes dans les territoires occupés est sans équivoque et a été publiquement affirmée depuis longtemps. Nous la considérons contraire au droit international. Elle constitue un obstacle à l’aboutissement du processus de paix au Moyen-Orient. "

- Le 1er septembre 1982, le président Ronald Reagan a annoncé ce qui allait devenir le plan Reagan pour le Moyen-Orient, déclarant que: «l’adoption immédiate d’un gel des colonies par Israël, plus que toute autre action, pourrait créer le la confiance nécessaire pour une plus large participation à ces pourparlers. Aucune activité de peuplement supplémentaire n’est nullement nécessaire pour la sécurité d’Israël et ne fait que diminuer la confiance des Arabes qu’un résultat final peut être librement et équitablement négocié. "

- Le 16 décembre 1996, lors d’une conférence de presse, le président Bill Clinton a déclaré: "Il est logique de penser que tout ce qui préempte l’issue [des négociations] ... ne peut pas aider à faire la paix. Je ne pense pas que quoi que ce soit doive être fait qui puisse être considéré comme préemptant le résultat. " Lorsqu’on lui a demandé s’il considérait les colonies comme un obstacle à la paix, le président Clinton a répondu: «Absolument.

- Le 5 avril 2001, un porte-parole du département d’État américain, s’exprimant au nom de l’administration actuelle, a déclaré: «La poursuite des activités de colonisation risque d’enflammer une situation déjà instable dans la région»; il a décrit cette activité comme «provocatrice». »

 

Le 23 décembre 2016, pour la première fois depuis 2003, les États-Unis n’usent pas de leur droit de veto pour s’opposer au vote d’une résolution condamnant la colonisation dans les territoires occupés.

La résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU , initiée par l’Égypte, est donc votée.

Les dernières résolutions du Conseil de Sécurité condamnant la colonisation datent de 1980 (résolution 465 du 1er mars 1980 et 452 du 20 juillet 1979) suite à l’annexion de Jérusalem par Israël. Elle condamnent l’annexion et les mesures qui ont modifié le caractère démographique de Jérusalem.

 

Cette fois,

le conseil condamne notamment la construction et l’expansion de colonies de peuplement, le transfert de colons israéliens, la confiscation de terres, la destruction de maisons et le déplacement de civils palestiniens, en violation du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes,

Constatant avec une vive préoccupation que la poursuite des activités de peuplement israéliennes met gravement en péril la viabilité de la solution des deux États fondée sur les frontières de 1967,

Rappelant l’obligation faite à Israël dans la Feuille de route du Quatuor et approuvée par sa résolution 1515 (2003) de geler toutes ses activités de peuplement, y compris par « croissance naturelle », et de démanteler tous les avant-postes de colonie établis depuis mars 2001,

...demande à tous les États, compte tenu du paragraphe 1 de la présente résolution, de faire une distinction, dans leurs échanges en la matière, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967;

Il y avait 260 000 colons (y compris Jérusalem Est) en 1993. Cette population s’élève à 440 000 personnes en 2003 et près de 600 000 en 2016.

 

Suite au vote, le Premier ministre israélien réagit en convoquant 12 ambassadeurs. Le secrétaire d’État américain se justifie par un long discours 5 jours plus tard où après avoir réaffirmé les liens indéfectibles..il explique que selon lui ,

"en dépit de nos meilleurs efforts au fil des ans, la solution à deux États est maintenant gravement menacée.", il ajoute "Soyons clairs: l’expansion des colonies n’a rien à voir avec la sécurité d’Israël. ». Il rappelle que l’administration américaine a informé Israël de sa condamnation d’une politique d’implantation depuis 1978.

...les politiques de ce gouvernement, que le Premier ministre [Netanyahu] lui-même a qualifiées de «plus engagées dans les colonies que n’importe qui dans l’histoire d’Israël», conduisent dans la direction opposée. Elles mènent vers l’établissement d’un seul État. En fait, Israël a de plus en plus consolidé le contrôle d’une grande partie de la Cisjordanie à ses propres fins.

 

Réunion du conseil de sécurité de l’ONU

 

Kerry, pose 6 principes (les paramètres Kerry) pour la résolution du conflit, quant aux frontières internationales, la réalisation de la vision de la résolution 181 (partage de 1947), les réfugiés, Jérusalem, le besoin de sécurité d’Israël et l’occupation avant d’enfin régler toutes les questions en suspens...

 

Lors de sa dernière conférence de presse le 18 janvier, le Président Obama en rajoute une couche :

Je m’inquiète parce que je pense que le statu-quo est insoutenable, dangereux pour Israël, mauvais pour les Palestiniens, mauvais pour la région et mauvais pour la sécurité nationale américaine. Je ne vois pas comment cette question peut-être résolue d’une manière qui maintienne Israël comme juif et comme démocratie...Le but de la résolution était donc de dire simplement que les colonies, la croissance des colonies créent une réalité sur le terrain, ce qui rendra de plus en plus impossible une solution à deux États.

Pas vraiment apprécié des Israéliens en général et de Netanyahu en particulier, Obama est cependant parti en laissant un cadeau plutôt somptueux aux Israéliens. Il octroie une aide 38 milliards de dollars, étalés sur 10 ans, soit deux fois le budget militaire annuel du pays dont les dépenses en la matière sont pourtant les 17ème au monde et représentent 5,2 % de son PIB2

 

Côté français, on se justifie aussi. Le représentant permanent auprès de l’ONU, François Delattre écrit3 :

 la colonisation israélienne remet en cause, petit à petit, les chances de voir bâtir un État palestinien viable et indépendant, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec l’État d’Israël. Il était donc nécessaire que le Conseil de sécurité rappelle l’attachement collectif et unanime de la communauté internationale à la solution des deux États, et qu’il s’exprime clairement sur les menaces à cette solution….

La colonisation, qui est illégale au regard du droit international, procède d’une politique délibérée. Cette politique vise à mettre les populations comme la communauté internationale devant un fait accompli, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est

Cette politique (...) met aussi en péril la perspective de la création d’un État palestinien viable et indépendant, qui est le meilleur gage de la sécurité d’Israël et d’une solution durable à ce conflit. C’est le message que la France, en votant en faveur de cette résolution, a souhaité adresser aujourd’hui.

(…) la Résolution 2334 réitère avec force sa condamnation de tout acte de terrorisme, de l’incitation à la violence et de toute attaque délibérée des populations civiles. Elle en appelle à l’Autorité palestinienne pour continuer à mettre tout en œuvre pour décourager les entreprises terroristes.


 

1Note 25 du rapport

2Chiffres 2014

3 Site France-Diplomatie / processus de paix / évènement du 23 décembre 2017

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