Oeuvres de Flavius Josèphe :

 

- Antiquités juives - Livre 1 à Livre 8

- Antiquités juives - Livre 9 à Livre 20

 Les Antiquités judaïques, ou Antiquités juives (Antiquitates Judaicae en latin), ont été écrites à la fin du Ier siècle.

L'oeuvre comprend vingt livres écrits en grec. Elle était destinée à un lectorat gréco-romain afin de lui faire connaître l'histoire du peuple juif.

L'œuvre est surtout intéressante par ce qu'elle rapporte des événements proches du temps de sa composition et notamment des circonstances et révoltes qui vont mener à la grande révolte juive de 66-70.

Les Antiquités juives sont aussi connues pour un passage dont l'authenticité est contestée. Il s'agit du "Testimonium flavianum" , qui évoque Jésus de Nazareth.

- Sur le Testimonium Flavianum voir l'article sur la vie de Jésus

 

- La guerre de Juifs

La Guerre des Juifs  est un récit en sept livres 

La période couverte va de l'intervention d'Antiochos IV Épiphane en Judée, en 175 av. J.-C., jusqu'à la chute de Massada en 74 ap. J.-C.

L'essentiel du récit porte sur la Première Guerre judéo-romaine.

 

- Contre Apion

Flavius Josèphe a écrit Contre Apion vers 93 apr. J.-C.  afin de défendre les Juifs et le judaïsme contre les accusations d'Apion, un grammairien qui vivait dans la première moitié du même siècle. L'ouvrage s'adresse directement aux Romains et aux Grecs.

Le Contre Apion, dont le titre exact est Sur l'antiquité du peuple juif, est sans doute la dernière œuvre écrite par Josèphe.

Dans ce pamphlet, où se mêlent histoire et polémique, Flavius Josèphe entreprend de répondre aux critiques qu’avaient soulevées ses Antiquités judaïques, et défend notamment l’ancienneté du peuple d’Israël, fortement mise en doute par les milieux antisémites d’Alexandrie. L’auteur y déploie sa vaste culture en citant tous les auteurs grecs qui, selon lui, ont parlé des juifs. À ce titre il constitue pour nous un document primordial. Plus généralement et de façon indirecte c'est un témoignage sur l'antisémitisme du Ier siècle de l'empire.

Par ailleurs Josèphe ne se contente pas de répondre à ces arguments et allégations, dont l'une des premières accusations de meurtre rituel contre les Juifs, mais présente également le judaïsme comme une religion et philosophie classique, soulignant son antiquité par rapport aux traditions relativement plus récentes des Grecs. Il définit aussi les livres qu'il considérait faire partie des Écritures juives.

 

- Les livres des Maccabés 1 et 2  (le  livre 1 est utilisé par Flavius Josèphe dans les antiquités juives (Livre 12) et la Guerre des Juifs (Livre 1)

Les livres de Maccabées sont des écrits juifs en langue grecque dont le thème est lié à la révolte des Maccabées qui eut lieu dans la Judée de l'époque hellénistique. Les Maccabées doivent leur nom à Judas Maccabée dont le frère Simon fonda la dynastie hasmonéenne qui régna sur la Judée de 140 à 37 av. J.-C.. Malgré le nom qui leur est traditionnellement appliqué, ces livres sont indépendants. Leurs dates de composition et leurs styles sont différents.

Le livre I couvre une période s'étendant du déclenchement de la révolte des Maccabées à l'accession au pouvoir de Jean Hyrcan. Ce récit constitue une épopée dynastique à la gloire des Hasmonéens. Il s'agit d'une traduction grecque d'un livre en hébreu.

le livre II se veut un abrégé d'une chronique de Jason de Cyrène. Il s'étend de la grande prêtrise d'Onias III à la victoire de Judas Maccabée contre Nicanor. Il donne une large part au miraculeux et aux considérations théologiques.

 

 Brève biographie de Flavius Josèphe

 

« Né en l'an 37 dans une famille de l'aristocratie sacerdotale judéenne, il finit ses jours à Rome vers l'an 100 après être devenu citoyen romain et protégé des empereurs. Élevé dans la pure tradition juive et, très jeune, passé maître dans l'exégèse des textes sacrés, Yoseph ben Mattitiahu ha Cohen (fils de Mathias le prêtre) devient, dans son âge mûr, un historien de langue grecque. Accusé de trahison de son vivant par ses compatriotes en révolte contre l'occupant romain, il connaît une gloire posthume dans l'Église pour avoir, croit-on, mentionné le Christ dans un bref passage.

Exceptionnel destin que celui de Flavius Josèphe. D'abord attiré par l'étude sacrée et la spiritualité, il séjourne trois ans au désert auprès d'un ermite, mais à vingt-six ans, on le retrouve chargé d'une mission diplomatique à Rome d'où il réussit à faire libérer quelques prêtres juifs emprisonnés. En l'an 66, quand la Judée se soulève contre Rome, il se voit confier, à vingt-neuf ans à peine, le commandement d'une région clé, la Galilée.

Au terme du siège de Jotapata, il a échappé, grâce à une ruse, au suicide collectif décidé par les derniers survivants (67) . Fait prisonnier par les Romains, il risquait le sort cruel des généraux vaincus, mais il prédit alors à son vainqueur, Vespasien, qu'il deviendrait empereur ; celui-ci lui laissa donc un délai de grâce.

En 69, la prédiction se trouva réalisée : Vespasien monta sur le trône et le citoyen romain de fraîche date Titus Flavius Josephus, libéré de ses fers, fit partie de l'escorte qui accompagnait le nouvel empereur jusqu'à Alexandrie, d'où celui-ci devait s'embarquer pour Rome.

Il revint ensuite vers sa ville natale, Jérusalem, aux côtés du fils de Vespasien, le césar Titus, chargé d'en mener le siège. Sans prendre lui-même les armes contre ses compatriotes, il les implora, à la demande de Titus, de se rendre pour épargner de plus grands malheurs et ne s'attira que leur mépris.

Il fut donc témoin de ce siège cruel où la famine vint en aide aux assiégeants ; il vit éventrer, crucifier des milliers de prisonniers affamés avant d'assister à l'aboutissement épouvantable de cette tragédie : la chute de Jérusalem et l'incendie du Temple. Il vit encore les milliers de jeunes gens livrés aux bêtes dans les amphithéâtres où l'on célébrait des jeux en l'honneur de la famille impériale. 

De retour à Rome, il assista au triomphe de la dynastie des Flaviens ; ... Il bénéficiait alors de toutes les faveurs impériales : Vespasien lui offrit pour résidence la maison même où il avait vécu avant d'être empereur, il lui octroya une pension confortable et lui ouvrit toutes ses archives pour qu'il pût écrire l'histoire des événements de Judée.

C'est ainsi que, par décision de l'empereur, Flavius Josèphe s'improvisa historien. Une fois achevé, vers l'an 75, le récit de la La Guerre des Juifs1 contre les Romains (rédigé en araméen puis traduit en grec), il prit goût à l'écriture et se lança dans une vaste évocation de l'histoire de son peuple en vingt livres, depuis les origines bibliques jusqu'à la veille de la révolte contre Rome : Les Antiquités juives (v. 93). Il est aussi l'auteur d'une apologie du judaïsme, le Contre Apion (v. 95), et d'une esquisse d'autobiographie. »

1Le titre en est De Bello Judaico, qui se traduit plutôt par la guerre de Judée comme le souligne Mireille Hadas-Lebel.

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La « trahison » de Flavius Josèphe1

La carrière de Flavius Josèphe, homme éminent et chargé par ses compatriotes d'importantes responsabilités dans la guerre qui les opposait alors aux Romains, passé du côté de l'ennemi après la défaite de Jotapata, en 67, a suscité nombre de commentaires. Le plus frappant demeure celui de l'historien Pierre Vidal-Naquet, qui, dans sa préface à La Guerre des Juifs (traduction de Pierre Savinel, Paris, éditions de Minuit, 1977) intitulée Du bon usage de la trahison, trace le portrait d'un homme dont la personnalité serait marquée par « la vanité, le féroce esprit de classe, voire le cynisme ».

A Jotapata, après un siège de quarante jours, Josèphe, voyant la défaite assurée, avait essayé de fuir, mais la population du lieu l'en avait empêché. Il était prêt à accepter une reddition honorable, mais ses compagnons refusèrent toute capitulation. Ils étaient décidés à se suicider tous ensemble : « Tu mourras en général des Juifs, si c 'est volontairement, en traître si c'est de force », lui dirent-ils. Josèphe les persuada qu'ils devaient plutôt se donner la mort les uns aux autres, selon l'ordre que fixerait un tirage au sort.

Or c'est lui qui, selon son propre récit (qui le dépeint à la troisième personne), « faut-il dire par l'effet du hasard ou de la providence divine, [il] resta le dernier avec un autre. Désirant éviter d'être condamné par le sort et aussi, s'il restait le dernier, d'avoir à souiller sa main du meurtre d'un compatriote, il réussit à convaincre également cet homme de se garder en vie »... Se trouvant ensuite face à face avec Vespasien, il lui prédit l'empire et eut ainsi la vie sauve, avant d'être comblé de faveurs.

Trois ans plus tard, c'est, de son propre aveu, dans des circonstances difficiles qu'il dut tenter de négocier la reddition de Jérusalem assiégée par les troupes de Titus : « Josèphe, donc, tournant autour du rempart et s'efforçant de se tenir hors de portée des traits et quand même à portée de voix, suppliait les révolutionnaires, à maintes reprises, d'épargner leurs propres vies, et le peuple, d'épargner la patrie et le Temple. [...] Beaucoup l'insultaient, certains même lui tiraient dessus. »

Josèphe cependant a récusé dans son ouvrage toute référence à la trahison. Lorsqu'il accepte de suivre Vespasien, il s'adresse au dieu des Juifs : « Je te prends à témoin que je quitte ce lieu non pas comme un traître mais comme ton serviteur », et ajoute : « Puissé-je en effet ne jamais vivre comme un prisonnier de guerre qui renie sa race et oublie ses pères ! »

Comme le remarque Pierre Vidal-Naquet, le plus étonnant, dans le destin de cet homme qui vouait à sa patrie un véritable culte et s'enorgueillissait d'être Juif, reste précisément ce témoignage ; le plus étonnant, c'est que ce soit Josèphe lui-même qui nous ait laissé - et avec quel détachement ! - le récit de ces événements. Et Pierre Vidal-Naquet rappelle cet autre surprenant passage du livre, évoquant la prise de Jérusalem, où l'auteur semble se livrer davantage - mais comme pour se dissimuler aussitôt derrière l'objectivité obligée de l'historien : «Je vis quantité de prisonniers suspendus à des croix et je reconnus parmi eux trois de mes relations. Le cœur brisé, je m'approchai de Titus et le lui dis avec des larmes. Immédiatement, il donna ordre de les descendre de leur croix et de les soigner le mieux possible. Deux moururent pendant qu'on les soignait, mais le troisième survécut. »

1 Mireille Hadas-Lebel dans mensuel 172 daté décembre 1993, l'Histoire – Flavius josèphe le juif de Rome

 

 

Introduction à La guerre des Juifs

1- La guerre que les Juifs engagèrent contre les Romains est la plus considérable, non seulement de ce siècle, mais, peu s'en faut, de toutes celles qui, au rapport de la tradition, ont surgi soit entre cités. soit entre nations. Cependant parmi ceux qui en ont écrit l'histoire, les uns, n'ayant pas assisté aux événements, ont rassemblé par oui dire des renseignements fortuits et contradictoires, qu'ils ont mis en œuvre a la façon des sophistes; les autres, témoins des faits, les ont altérés par flatterie envers les Romains ou par haine envers les Juifs, et leurs ouvrages contiennent ici un réquisitoire, là un panégyrique, jamais un récit historique exact. C'est pour cela que je me suis proposé de raconter en grec cette histoire, à l'usage de ceux qui vivent sous la domination romaine. traduisant l'ouvrage que j'ai composé auparavant dans ma langue maternelle à l'usage des Barbares de l'intérieur. Mon nom est Josèphe, fils de Matthias, Hébreu de nation, originaire de Jérusalem, prêtre : aux débuts j'ai moi-même pris part à la guerre contre les Romains ; les événements ultérieurs, j'y ai assisté par contrainte.

2. Quand se produisit le grand mouvement dont je viens de parler, les affaires des Romains étaient malades : chez les Juifs, le parti révolutionnaire profita de ces temps troublés pour se soulever, jouissant alors de la plénitude de ses forces et de ses ressources ; tel était l'excès des désordres, que les uns conçurent l'espoir de conquérir l'Orient, les autres la crainte d’en être dépouillés. En effet, les Juifs espérèrent que tous ceux de leur race, habitant au delà de l'Euphrate, se révolteraient avec eux : d'autre part, les Romains étaient inquiets de l'attitude des Gaulois, leurs voisins ; la Germanie demeurait point en repos. Après la mort de Néron, la confusion régnait partout, beaucoup, alléchés par les circonstances, aspiraient au principat ; la soldatesque, séduite par l'espoir du butin, ne rêvait que de changements. - J'ai donc pensé que, s'agissant d'événements si considérables, il était absurde de laisser la vérité s'égarer. Alors que les Parthes, les Babyloniens, les Arabes les plus éloignés, nos compatriotes habitant au delà de l'Euphrate, les Adiabéniens savent exactement, grâce à mes recherches, l'origine de la guerre, les péripéties les douloureuses qui en marquèrent le cours, enfin le dénouement, il ne faut pas que, en revanche, les Grecs et ceux des Romains qui n'ont pas pris part à la campagne continuent à ignorer tout cela parce qu'ils n'ont rencontré que flatteries ou fictions.

3. [7] Et cependant on ose donner le titre d'histoires à ces écrits qui, à mon avis, non seulement ne racontent rien de sensé. mais ne répondent pas même à l'objet de leurs auteurs. Voilà, en effet, des écrivains, qui. voulant exalter la grandeur des Romains, ne cessent de calomnier et de rabaisser les Juifs : or, je ne vois pas en vérité comment paraîtraient grands ceux qui n’ont vaincu que des petits. Enfin, ils n’ont égard ni à la longue durée de la guerre, ni aux effectifs considérables de cette armée romaine, qui peina durement, ni à la gloire des chefs, dont les efforts et les sueurs devant Jérusalem, Si l'on rabaisse l'importance de leur succès, tombent eux-mêmes dans le mépris .

4. [9] Cependant je ne me suis pas proposé de rivaliser avec ceux qui exaltent la gloire des Romains en exagérant moi-même celle de mes compatriotes :  je rajoute exactement les faits accomplis par les uns et par les autres :  quant à l'appréciation des événements, je ne pourrai m'abstraire de mes propres sentiments ], ni refuser libre cours à ma douleur pour gémir sur les malheurs de ma patrie. Que ce sont, en effet, les factions domestiques qui l'ont détruite, que ce sont les tyrans des Juifs qui ont attiré sur le Temple saint le bras des Romains, contraints et forcés, et les ravages de l'incendie, c’est ce dont Titus César, auteur de cette dévastation, portera lui-même témoignage, lui qui, pendant toute la guerre, eut pitié de ce peuple garrotté par les factieux, lui qui souvent différa volontairement la ruine de la ville, et, en prolongeant le siège, voulut fournir aux coupables l'occasion de se repentir. On pourra critiquer les accusations que je dirige contre les tyrans et leur séquelle de brigands, les gémissements que je pousse sur les malheurs de ma patrie ; on voudra bien pourtant pardonner à ma douleur, fût-elle contraire à la loi du genre historique. Car de toutes les cités soumises aux Romains, c'est la nôtre qui s'est élevée au plus haut degré de prospérité pour retomber dans le plus profond abîme de malheur. En effet, toutes les catastrophes enregistrées depuis le commencement des siècles me paraissent, par comparaison, inférieures aux nôtres, et comme ce n'est pas l'étranger qui est responsable de ces misères, il m'a été impossible de retenir mes plaintes. Ai-je affaire à un critique inflexible envers l'attendrissement? Qu'il veuille bien alors faire deux parts de mon ouvrage mettre sur le compte de l'histoire les faits, et sur celui de l'historien les larmes.

5. [13] Maintenant, comment ne pas blâmer ces Grecs diserts qui, trouvant dans l’histoire contemporaine une série d'événements dont l'importance éclipse complètement celle des guerres de l'antiquité, ne s'érigent pas moins en juges malveillants des auteurs appliqués à l'étude de ces faits, - auteurs aussi inférieurs a leurs critiques par l'éloquence que supérieurs par le jugement - tandis qu'eux-mêmes s'appliquent à récrire l'histoire des Assyriens et des Mèdes sous prétexte que les anciens écrivains l'ont médiocrement racontée? Et pourtant ils le cèdent à ces derniers aussi bien sous le rapport du talent que sous celui de la méthode: car les anciens, sans exception, se sont attachés à écrire l'histoire de leur propre temps, alors que la connaissance directe qu'ils avaient des événements donnait à leur récit la clarté de la vie, alors qu'ils savaient qu'ils se déshonoreraient en altérant la vérité devant un public bien informé. En réalité, livrer à la mémoire des hommes des faits qui n'ont pas encore été racontés rassembler pour la postérité les événements contemporains, est une entreprise qui mérite a coup sûr la louange et l'estime; le vrai travailleur, ce n'est pas celui qui se contente de remanier l'économie et le plan de l'ouvrage d'un autre, mais celui qui raconte des choses inédites et compose avec une entière originalité tout un corps d'histoire. Pour moi, quoique étranger je n'ai épargné ni dépenses ni peines pour cet ouvrage, où j'offre aux Grecs et aux Romains le souvenir de faits mémorables ; tandis que les Grecs de naissance, si prompts à ouvrir leur bouche et à délier leur langue quand il s'agit de gains et de procès, s'agit-il, au contraire, d'histoire, où il faut dire ta vérité et réunir les faits au prix de grands efforts, les voilà muselés et abandonnant à des esprits médiocres, mal informés, le soin de consigner les actions des grands capitaines. Apportons donc cet hommage à la vérité historique, puisque les Grecs la négligent.

6. [17] L'histoire ancienne des Juifs, qui ils étaient et comment ils émigrèrent d'Égypte, les pays qu'ils parcoururent dans leur marche errante, les lieux qu'ils occupèrent ensuite, et comment ils en furent déportés, tout ce récit je l'ai jugé inopportun à cette place, et d'ailleurs superflu, car, avant moi, beaucoup de Juifs ont raconté exactement l'histoire de nos pères, et quelques Grecs ont fait passer dans leur langue ces récits, sans altérer sensiblement la vérité. C'est donc à l'endroit où cesse le témoignage de ces historiens et de nos prophètes que je fixerai le début de mon ouvrage. Parmi les événements qui suivent je traiterai avec le plus de détail et de soin possibles ceux de la guerre dont je fus témoin; quant a ceux qui précèdent mon temps, je me contenterai d'une esquisse sommaire.

7. [19] C'est ainsi que je raconterai brièvement comment Antiochus, surnommé Épiphane, après s’être emparé de Jérusalem par la force, occupa la ville trois ans et six mois jusqu'a ce qu'il fut chassé du pays par les fils d'Asmonée : ensuite, comment les descendants des Asmonéens, se disputant le trône, entraînèrent dans leur querelle les Romains et Pompée : comment Hérode, fils d’Antipater, mit fin à leur dynastie avec le concours de Sossius :  comment le peuple, après la mort d’Hérode, fut livré à la sédition sous le principat d'Auguste à Rome. Quintilius Varus étant gouverneur du pays ; comment la guerre éclata la douzième année du principat de Néron, les événements qui se succédèrent sous le gouvernement Cestius, les lieux que dans leur premier élan les Juifs occupèrent de vive force.

8. [21] Je dirai ensuite comment ils fortifièrent les villes voisines : comment  Néron,   ému des  revers de Ceslius et craignant  une  ruine complète de l’empire, chargea Vespasien de la conduite de la guerre ; comment celui-ci, accompagné de l’aîné de ses fils, envahit le territoire des Juifs ; avec quels effectifs, romains ou alliés, il se répandit dans toute la Galilée ; comment il occupa les villes de cette province, les unes par force, les autres par composition. En  cet endroit de mon livre viendront des renseignements sur la belle discipline des Romains à la guerre, sur l’entraînement de leurs légions, puis sur l’étendue et la nature des deux Galilées, les limites de la Judée et les particularités de ce pays, les lacs, les sources qu’on y trouve ; enfin, pour chaque ville, je raconterai les misères de ceux qui y furent pris, le tout avec exactitude, selon ce que j’ai vu ou souffert moi-même. Car je ne cacherai rien de mes propres infortunes, puisqu’aussi bien je m’adresse à des gens qui les connaissent.

9. [23] Je raconte ensuite comment, au moment où déjà la situation des Juifs périclitait, Néron mourut, et Vespasien, qui avançait vers Jérusalem, en fut détourné pour aller occuper la dignité impériale ; j’énumère les présages qu’il obtint à ce sujet , les révolutions de Rome, les soldats le saluant malgré lui du titre d’empereur, puis, quand il s’est rendu en Égypte pour mettre ordre dans l'empire, la Judée en proie aux factions, des tyrans surgissant et luttant les uns contre les autres,

10. [25] Je montre alors Titus quittant l'Égypte et envahissant une seconde fois notre contrée ;  j'explique comment il rassembla ses troupes, en quels lieux, en quel nombre ; dans quel état à son arrivée, la discorde avait mis la ville ; toutes les attaques de Titus, tous ses travaux d'approche, et, d'autre part, la triple enceinte de nos murailles, leurs dimensions, la force de notre ville, la disposition de l’enceinte sacrée et du Temple, leurs mesures et celles de l'autel, le tout avec exactitude ; je décris quelques rites usités dans nos fêtes, les sept degrés de la pureté, les fonctions des prêtres, leurs vêtements et cieux du grand pontife, enfin le sanctuaire du Temple, le tout sans rien omettre, sans rien ajouter aux détails pris sur le fait.

11. [27] Je dépeins ensuite la cruauté des tyrans contre des compatriotes, contrastant avec les ménagements des Romains a l'égard d'étrangers ; je raconte combien de fois Titus, désirant sauver la ville et le Temple, invita les factions à traiter. Je classerai les souffrances et les misères du peuple, provenant soit de la guerre, soit des séditions, soit de la famine, et qui finirent par les réduire à la captivité. Je n’omettrai ni les mésaventures des déserteurs, ni les supplices infligés aux prisonniers ; je raconterai le Temple incendié malgré César, quels objets sacrés furent arrachés des flammes, la prise de la ville entière, les signes et les prodiges qui précédèrent cet événement ; la capture des tyrans, le grand nombre des captifs vendus à l'encan, les destinées si variées qu’ils rencontrèrent ; puis la manière dont les Romains étouffèrent les dernières convulsions de cette guerre et démolirent les remparts des forteresses, Titus parcourant toute la contrée pour l’organiser, enfin son départ pour l’Italie et son triomphe.

12. [30] Tel est l’ensemble des événement que je compte raconter et embrasser dans sept livres. Je ne laisserai à ceux qui connaissent les faits et qui ont assisté à, la guerre aucun prétexte de blâme ou d'accusation, - je parle de ceux qui cherchent dans l'histoire la vérité, et non le plaisir. Et je commencerai mon récit par où j'ai commencé le sommaire qu'on vient de lire.