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France - sources

2013 - 23 avril : Christine Taubira - après le vote de la loi sur le mariage pour tous - texte

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  • Chrisine Taubira
  • Mariage pour tous

le mariage pour tous ou la quête d’une égalité des droits

 

23 avril 2013, Assemblée nationale

Je dois avouer que je suis submergée par l’émotion.

J’espère être néanmoins capable de vous dire combien je suis reconnaissante au premier ministre et au président de la République de nous avoir offert la chance de conduire cette très belle réforme, de la conduire avec force, de la conduire avec la confiance constante du gouvernement, de la conduire avec votre participation active, mesdames et messieurs les députés.

Vous avez amélioré le texte. Vous l’avez enrichi. Vous avez été fortement présents, durant de longues nuits, stoïques, à entendre des propos parfois absolument insupportables qui heurtaient nos valeurs profondes et notre éthique.

Mais nous avons eu aussi de très grands et de très beaux moments de démocratie. Nous avons vu dans l’opposition des parlementaires qui se battaient, qui faisaient valoir leurs positions fortes et fermes avec des arguments de fond. Nous leur en savons gré : ces interventions-là resteront aussi dans l’histoire.

Nous savons désormais que nous savons bâtir ensemble. Nous savons que nous n’avons rien pris à personne. Nous nous sommes interrogés lorsque les premiers questionnements se sont exprimés dans la société ; nous nous sommes demandé si nos convictions suffisaient. Nous avons écouté attentivement les inquiétudes et les protestations, et nous nous sommes efforcés d’y répondre lucidement, franchement, clairement, en prenant appui sur le texte.

Nous nous sommes demandé ce qui était le plus précieux pour les couples hétérosexuels et les familles hétéroparentales. Nous savons que c’est d’abord le lien biologique, et nous n’y avons pas touché. Nous savons qu’ils sont très attachés à la présomption de paternité, et nous n’y avons pas touché.

En revanche, nous avons amélioré l’exercice de l’autorité parentale et facilité son partage.

Nous avons protégé des milliers d’enfants.

Nous avons fait en sorte qu’ils puissent maintenir le lien avec un parent en cas de séparation conflictuelle, y compris hors mariage.

Nous avons élargi, pour les futurs époux, la possibilité de choisir eux seuls, non les maires, le lieu de la célébration du mariage.

Nous savons donc que nous n’avons rien ôté à personne, qu’au contraire nous avons reconnu, par ce texte, les droits de nos concitoyens dont la citoyenneté était sournoisement contestée, et aussi ouvert des droits à tous les autres couples.

C’est donc incontestablement un texte généreux que vous avez voté aujourd’hui, et nous vous en savons définitivement gré.

Nous savons aussi qu’il faut parler à celles et ceux qui ont été blessés ces jours derniers par des mots, des gestes, des actes ;

leur dire qu’ils sont pleinement dans la société et que la responsabilité de la puissance publique est de lutter contre les discriminations, que c’est une exigence du pacte républicain. Lutter contre les discriminations, c’est évidemment ouvrir à tous les citoyens les dispositifs de droit commun ainsi que les plus belles institutions de la République.

Nous voulons dire en particulier aux adolescents de ce pays qui ont été blessés, désemparés ces derniers jours, plongés dans un désarroi immense, qui ont découvert une société où une sublimation des égoïsmes permettait à certains de protester bruyamment contre les droits des autres, nous voulons leur dire simplement qu’ils ont toute leur place dans la société ;

que nous les reconnaissons à leur place dans la société, avec leurs mystères, avec leurs talents, leurs défauts, leurs qualités, leurs fragilités ;

que c’est cela, la singularité de chacun d’entre nous, indépendamment de toute question sexuelle. Chacun d’entre nous est singulier.

C’est la force de la société, c’est même la condition de la société, la condition de la relation dans la société.

Alors nous leur disons : si vous êtes pris de désespérance, balayez ces paroles qui vont s’envoler !

Restez avec nous, gardez la tête haute, vous n’avez rien à vous reprocher !

Nous le disons haut et clair, à voix puissante parce que, comme le disait Nietzsche, les vérités tues deviennent vénéneuses.

Merci à vous tous.

2014 - Robert O.Paxton répond à Zemmour sur Vichy et les Juifs - texte

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« Vichy, une collaboration active et lamentable »

Tribune de Robert O.Paxton

 

Selon l’historien Robert O. Paxton, tout ce qui est abordé dans le livre du polémiste français l’est « au travers des verres déformants ».

Publié le 17 octobre 2014 à 13h40 - Mis à jour le 19 août 2019 à 14h33

 

Texte

 

Dans sa longue complainte sur le déclin de la France, Eric Zemmour laisse percer un mince rayon de lumière : au moins la France de Vichy parvint-elle à sauver 75 % des juifs de France du monstre nazi…

Il est difficile de croire qu’il a véritablement lu les statuts de Vichy concernant les juifs. Aucune « préférence nationale » n’y apparaît. Toutes les mesures de Vichy concernant les juifs visaient autant les citoyens français que les immigrés, mise à part celle du 4 octobre 1940 ordonnant l’internement des « ressortissants étrangers de race juive ». Certaines dispositions, il est vrai, furent prises afin d’exempter les vétérans de guerre et les juifs qui avaient rendu à la France des services particuliers (qui n’étaient pas nécessairement citoyens français), ainsi que des familles installées dans l’Hexagone depuis cinq générations. Dans les faits, toutefois, peu de personnes bénéficièrent de ces exemptions, et il arriva que certaines d’entre elles finissent par être déportées.

Le régime de Vichy appliqua ses mesures de restriction aux juifs avec zèle. Des chercheurs français établirent le chiffre précis de ceux qui furent exclus de la fonction publique et interdits d’exercer leur profession. La commission Mattéoli a déterminé très exactement combien d’entre eux furent victimes de spoliations. Les juifs français, davantage intégrés que les immigrés, ont particulièrement souffert de ces mesures. Lorsque les déportations débutèrent, ils étaient déjà extrêmement fragilisés par la perte de leurs professions et de leurs biens.

 

Antisémitisme culturel français

 

Les juifs assimilés comme Léon Blum furent les cibles d’un opprobre tout particulier. Xavier Vallat, le premier commissaire général aux questions juives, brouillait la différence existant prétendument entre l’antisémitisme culturel français et l’antisémitisme racial allemand. Vallat était convaincu que des juifs comme Blum, bien que nés français, étaient fondamentalement incapables de devenir d’authentiques Français.

Tous les historiens ayant travaillé sérieusement sur la France de Vichy détectent un changement à l’été 1942. Lorsque la « solution finale » commença à être mise en œuvre en France, avec les arrestations de masse, et la séparation des mères de leurs enfants. Même ceux qui s’étaient récemment plaints du nombre trop élevé à leurs yeux d’immigrés montrèrent de la répulsion. Cinq évêques dénoncèrent ces arrestations. Pierre Laval, le chef du gouvernement, n’obtint qu’un report de l’arrestation des juifs français. Les Allemands acceptèrent de déporter en priorité les juifs étrangers, pourvu que la police française assure un nombre suffisant pour remplir les trains. Ils dirent toujours très clairement à Laval qu’ils finiraient par s’occuper des juifs français aussi. Il n’y eut jamais aucun accord, ni écrit ni oral, sur cette question.

En fin de compte, les Allemands s’emparèrent de tous ceux qu’ils purent, français ou non. Un tiers des 76 000 juifs déportés était des citoyens français, dont, il est vrai, des enfants nés en France de parents immigrés. L’extermination de 25 % des juifs de France ne fut pas une issue positive. La France avait bien plus de possibilités de dissimuler les juifs que la Belgique et les Pays-Bas, où la présence allemande était plus forte. L’exemple de l’Italie permet d’établir une meilleure comparaison. L’occupation allemande y débuta plus tard, mais se termina plus tard aussi, en mai 1945. Ne pouvant compter ni sur l’aide de l’Etat italien ni sur celui de sa police, les nazis ne furent en mesure de mettre la main que sur 16 % des juifs d’Italie. Si en France la police de Vichy participa activement aux arrestations, elle le fit avec de moins en moins de zèle à partir du début de l’année 1943.

Plus stupéfiant encore, le régime de Vichy envoya spontanément 10 000 juifs étrangers de la zone libre de l’autre côté de la ligne de démarcation pour les livrer à une mort certaine. Une telle mesure n’eut pas d’équivalent en Europe de l’Ouest, et n’en eut que peu en Europe de l’Est. On peut tenter d’expliquer ce zèle en l’interprétant comme une réaction à l’avalanche de réfugiés dans les années 1930. La France en accueillit proportionnellement plus que les Etats-Unis, mais pas davantage en nombre absolu, comme le prétend M. Zemmour. Après 1940, Vichy tenta de convaincre l’Allemagne de « reprendre » ses réfugiés. Au printemps 1942, Berlin obtempéra et put compter sur le plein concours de Vichy.

 

Des gens de bien

 

Bien comprendre la situation allemande permet de saisir l’importance pour eux de la collaboration policière française. Une constante pénurie de main-d’œuvre sévissait en Allemagne. Engagée dans des combats de grande ampleur sur le front de l’Est, elle comptait en France sur Vichy et sa police pour combler ce manque. Ce fait n’est pas de mon invention, contrairement à ce qu’insinue M. Zemmour ; il ressort avec évidence des archives allemandes. « Etant donné que Berlin ne peut pas détacher du personnel », écrivit le 7 juillet 1943 Heinz Röthke, l’officiel chargé de diriger les actions allemandes contre les juifs, « l’action [d’arrestation de juifs] devra être exécutée presque exclusivement avec des forces de la police française ».

Il existe, dans cette lamentable histoire, quelque chose dont il est permis de se féliciter. Je pense ici aux efforts que menèrent de nombreux Français pour venir en aide aux juifs, particulièrement aux enfants. Michael R. Marrus et moi-même leur avons dédié notre ouvrage paru en 1981, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy), car nous ne concevions pas que la critique de Vichy puisse équivaloir à une critique de la France et des Français (comme le pense Zemmour). L’aide humanitaire apportée aux juifs ne fut pas une spécificité française, mais elle joua un rôle important reconnu par Vichy qui traqua et arrêta parfois ces gens de bien.

Le livre d’Eric Zemmour rencontre le succès parce qu’il exploite avec habileté la peur du déclin. Le lecteur est porté par sa verve, son talent pour l’invective, son don de conteur et son goût de la provocation. Mais tout ce qui est abordé dans ce livre l’est au travers des verres déformants. Sa nostalgie de l’autorité masculine ne fait guère de proposition constructive pour surmonter les problèmes du moment. Je ne crois pas qu’ils seront nombreux à vouloir sérieusement revenir à l’époque d’avant 1965 alors que les femmes ne pouvaient ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leurs maris, un changement que Zemmour semble regretter. Une fois que l’énergie criarde de ce livre aura fait son petit effet, l’engouement du moment disparaîtra.

Vues de l’étranger, les idées noires exploitées par Zemmour ne semblent pas si exceptionnelles. Jadis puissance militaire et culturelle, la France en est venue à occuper une position certes honorable mais moyenne. Aucun Etat n’échappe au relâchement des liens nationaux et sociaux, au commerce mondialisé et à l’individualisme débridé. Aux Etats-Unis aussi, on redoute la déchéance. Le Tea Party est parvenu à bloquer le gouvernement fédéral. Le système électoral américain est archaïque. Le président n’est pas apprécié par la population. Un mouvement « néoconfédéré » vigoureux s’enorgueillit de la cause sudiste telle qu’elle fut défendue au cours de la guerre civile des années 1861-1865. Ce mouvement accuse les historiens qui critiquent la société esclavagiste d’être quelque peu antiaméricains. Eric Zemmour se sentirait chez lui en leur compagnie.

(Traduit de l’anglais par Frédéric Joly)

Robert O. Paxton, professeur émérite d’histoire Columbia University (New York)

 

 

« La France de Pétain est totalement associée à la solution finale contre les juifs »

Tribune

Pour Serge et Arno Klarsfeld, ce n’est pas Vichy qui a sauvé des juifs, ce sont les Eglises et les Français. Même Pierre Laval le reconnaît…

Publié le 17 octobre 2014 à 13h15 - Mis à jour le 19 août 2019 à 14h34

 

En 1940, il y avait en France près de 190 000 juifs français et 130 000 juifs étrangers. En octobre, leur statut aggravé de la main même de Pétain ainsi que la loi sur l’internement administratif des juifs étrangers ont été une manifestation spontanée d’un antisémitisme profond de la part de Vichy entrant en concurrence avec les Allemands.

Ciblés comme boucs émissaires de la défaite, dépossédés de leurs biens, transformés en parias alors que le gouvernement de Vichy n’ignorait pas que les juifs internés mourraient de faim, de froid et de misère physiologique dans ses camps de la zone libre et ceux de la zone occupée.

Le 11 juin 1942, après la mort de Reinhard Heydrich, les Allemands lancent la « solution finale » en Europe de l’Ouest : déporter des familles juives de France dans des centres d’extermination – 40 000 juifs – à partir de la mi-juillet. Le 16 juin, René Bousquet, secrétaire général à la police, face aux chefs SS, accepte une première livraison en provenance de la zone libre – où il n’y a pas de soldats allemands – de 10 000 juifs étrangers considérés comme apatrides. Le 25 juin, Theodor Dannecker, chef du service des affaires juives de la Gestapo, entame avec Jean Leguay, délégué de Réné Bousquet en zone occupée, la procédure d’arrestation en zone occupée du contingent souhaité par des rafles d’une ampleur inégalée, qui doivent être conduites par la police française. Dannecker attend de Leguay une proposition concrète pour l’arrestation à Paris et sa banlieue de 22 000 juifs de 16 ans à 40 ans, dont 40 % de nationalité française.

 

La police conduit les rafles

 

Le 2 juillet, lors de sa rencontre avec les chefs SS, Bousquet déclare : « A la suite d’une intervention du Maréchal, Laval a proposé que ce ne soit pas la police française qui procède aux arrestations en zone occupée. C’est au contraire aux forces d’occupation qu’il voudrait laisser ce soin. Pour le territoire non occupé, Laval a proposé, en raison de l’intervention du maréchal, d’arrêter et de transférer pour le moment seulement les juifs de nationalité étrangère. » Ce serait là sceller le sort de la rafle ; rafle impossible à mener par les forces de police allemandes. Bousquet accepte pourtant que la police française conduise les rafles sur tout le territoire et qu’elle livre le nombre de juifs voulu par les Allemands. Selon le compte rendu de la réunion : « Bousquet a déclaré que du côté français on n’avait rien contre les arrestations de juifs, c’est leur exécution par la police française qui est gênant à Paris. »

Il n’y a pas eu de marchandage : la police de Bousquet est la seule alors à pouvoir se saisir des juifs. S’il avait refusé d’engager sa police, ni les juifs étrangers ni les juifs français n’auraient été arrêtés. Refuser de faire arrêter des juifs étrangers par la police française aurait été la meilleure protection des juifs français. On aurait pu parler de marchandage, si l’exclusion des juifs français avait été définitive et scellée par un accord écrit ou si le marchandage avait porté sur un nombre de juifs bien réduit.

La conclusion du 2 juillet a été entérinée par Pétain et Laval le 3 juillet au conseil des ministres. Le 4 juillet, « le président Laval a proposé que, lors de l’évacuation des familles juives de zone non occupée, les enfants de moins de 16 ans soient emmenés eux aussi. Quant aux enfants juifs qui resteraient en zone occupée, la question ne l’intéresse pas ».

C’est sans doute là la plus mauvaise action commise dans l’histoire de France : la livraison à l’ogre nazi de 3 000 enfants français, en majorité déportés vers Auschwitz dans des conditions matérielles et une détresse morale effroyables – sans leurs parents, déportés peu avant. Entre le 17 juillet et le 30 septembre, 3 300 juifs arrêtés par des policiers français seront déportés. Fin 1942, plus de 42 000 juifs auront été déportés, dont 6 500 juifs Français.

Ce freinage de la coopération policière n’est pas dû à Vichy, mais à la pression exercée sur Vichy par les Eglises et les Français à la suite des rafles et des livraisons en zone occupée de familles juives en provenance de la zone libre. Les documents le prouvent : le 2 septembre 1942, Laval a exprimé à Oberg que « les exigences que nous lui avions formulées concernant la question juive s’étaient heurtées à une résistance sans pareille de la part de l’Eglise… Eu égard à cette opposition du clergé, le président Laval demande que, si possible, on ne lui signifie pas de nouvelles exigences sur la question juive. Il faudrait en particulier ne pas lui imposer a priori des nombres de juifs à déporter. On avait exigé par exemple que soient livrés 50 000 juifs pour 50 trains qui sont à notre disposition. Il nous prie de croire à son entière honnêteté quand il nous promet de régler la question juive, mais, dit-il, il n’en va pas de la livraison des juifs comme de la marchandise dans un Prisunic… »

 

Fatal engrenage

 

Sur les 80 000 juifs victimes de la Shoah en France, 25 000 étaient français. Ils ont été arrêtés soit par les Allemands, soit par la police française avec l’accord de Vichy. La meilleure défense des juifs français aurait été de ne pas instituer le scabreux statut des juifs. Il aurait été de ne pas mettre la main dans un fatal engrenage en livrant les juifs étrangers d’une zone où il n’y avait pas un seul soldat allemand. Il aurait été de ne pas proposer par un mélange de méchanceté, de lâcheté et de cynisme de se débarrasser d’enfants français pour les envoyer à la mort. La meilleure défense des juifs français aurait été de dire : « Cet abominable travail, faites-le vous-même, ce n’est pas dans nos traditions. Nous ne sommes pas des monstres. Nous sommes la France ! » Et, au lieu de cela, Vichy a fait arrêter des familles juives en zone libre, a fait séparer les mères des enfants à coups de crosse. Que pouvaient penser les Allemands ? Que Vichy protégeait ses juifs ?

Pour répondre « Non ! » quand la partie s’est jouée en 1942, pour préserver la vie des juifs et l’honneur français défendu par les Eglises et les braves gens qui ont aidé les persécutés : Vichy avait l’empire, l’économie française qui tournait pour l’effort de guerre allemand. Vichy avait ses forces de police, les seules à pouvoir opérer des rafles assurant la sécurité de l’armée allemande. Le crime commis par l’Etat français a été de s’associer dans le déroulement de la « solution finale ». Cette responsabilité de Vichy a été reconnue et condamnée par les présidents Jacques Chirac et François Hollande dans leurs discours du Vel d’Hiv.

 

Serge Klarsfeld, président des Fils et filles des déportés juifs de France, et Arno Klarsfeld ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France

 

 

Polémique Zemmour : « Une inacceptable falsification idéologique »

 

Propos recueillis par Nicolas Truong  17 octobre 2014  - Mis à jour le 19 août 2019

Entretien avec Jacques Sémelin, auteur de « Persécutions et entraides dans la France occupée », Seuil-Les Arènes, 2013

 

Eric Zemmour a-t-il raison d’affirmer que Pétain et Laval ont sacrifié les juifs étrangers pour sauver les juifs français ?

 

Jacques Sémelin : Non, c’est un non-sens historique. Dans son livre, Eric Zemmour met en avant que 75 % des juifs, toutes nationalités confondues, ont survécu en France, et que 90 % des juifs français ont été épargnés. C’est un fait historique. Mais son interprétation est honteuse et il instrumentalise les chiffres à des fins idéologiques. Il plaque une grille de lecture monocausale sur une période de l’Histoire extrêmement complexe. « L’événement ayant une multiplicité de causes, il est impossible de connaître la cause de l’événement », expliquait l’historien Léon Poliakov. Une phrase qu’il est bon de garder en mémoire si l’on souhaite éviter l’écueil de la simplicité partiale. Penser le paradoxe français, c’est accepter de penser cette multiplicité de facteurs.

 

Comment expliquer ce paradoxe français ?

Par la géographie de la France, tout d’abord : le territoire français est plus étendu que celui de la Belgique ou des Pays-Bas, il possède des frontières communes avec des pays vers lesquels il était possible de fuir ainsi qu’une zone libre. Loin d’être passifs, nombre de juifs français ont essayé de s’échapper. N’oublions pas qu’ils étaient intégrés à la société française depuis plus d’un siècle. La France a été le premier pays d’Europe à émanciper les juifs, en 1791, pendant la Révolution française. Donc nécessairement, au fil du temps, ils se sont intégrés à la nation, ont tissé des liens, et quand la seconde guerre mondiale a éclaté, certains avaient de la famille en zone libre, d’autres ont bénéficié du soutien de collègues, d’amis… C’est une différence fondamentale avec les juifs qui n’étaient arrivés en France que depuis quelques années et qui ne maîtrisaient pas toujours parfaitement la langue française et étaient relativement isolés. En effet, ces derniers se sont très rapidement fait arrêter.

 

C’est donc la population française qui a joué un rôle important dans la protection des juifs ?

Je ne nie pas l’existence de courants et préjugés antisémites, je rappelle simplement qu’il y a eu beaucoup d’actes de microrésistance. Les rapports de Vichy le montrent, la population a eu des gestes d’entraide, et bien souvent la compassion l’a emporté sur la stigmatisation. François Mauriac écrivait dans un magnifique texte clandestin : « A quelle autre époque les enfants furent-ils arrachés à leurs mères et entassés dans des wagons à bestiaux comme je les ai vus, par un sombre matin à la gare d’Austerlitz ? » Or ces mots traduisent une sensibilité de l’époque, que la réaction de certains prélats catholiques pendant l’été 1942 confirme. A ce moment, Vichy avait ordonné à la police française et à la gendarmerie non seulement d’arrêter les hommes mais aussi les femmes et les enfants. Monseigneur Saliège, dans un discours qui a eu beaucoup d’impact, rappelle alors à la France : « Les juifs sont des hommes, les juives sont des femmes. (…) Tout n’est pas permis contre eux. » Texte qui sera d’ailleurs repris par la presse clandestine, lu à la BBC à Londres et retranscrit dans le New York Times.

 

Est-ce une entreprise révisionniste ?

En affirmant que c’est la politique de Vichy qui a sauvé les juifs, Eric Zemmour ne prend pas en compte la réaction de la population française, l’intégration républicaine, les particularités du territoire français et oublie également que le processus d’extermination des nazis prévoyait de commencer par les juifs étrangers avant de se rabattre sur les nationaux. Cette falsification idéologique est inacceptable !

 

2015 - 14 janiver : Elsa Wolinsky ' Papa, t'es là ? ' , texte

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14 janvier 2015

Lettre d'Elsa Wolinsky à son père mort tué dans l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo

 

« Papa, t’es là ? Tu m’entends ?
Si t’es là, fais-moi signe... Envoie-moi un dessin.
Bon, ben, tu m’entends pas, je m’en doutais un peu.


Depuis que t’es mort, je me dis que tu dois enfin savoir si Dieu existe.

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2015 - 17 janvier : Virginie Despentes sur les tueurs de Charlie : Je les ai aimés dans leur maladresse - texte

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Virginie Despentes : “Les hommes nous rappellent qui commande, et comment”*

 

 

17/01/15 12h28

 

Après les attentats, l’écrivaine réagit.

C’est comme un avant-goût. Cette guerre que tous – toutes tendances politiques toutes religions toutes communautés – semblent appeler depuis quelque temps de toutes leurs forces, cette guerre a ce goût-là. Celui des morts avec qui on prenait un café il y a trois jours. Ou des blessés qu’on se préparait à haïr pour un mauvais papier. Et dans un premier temps, ce que l’événement déclenche, c’est l’amour.

Ça joue en plusieurs temps, un trauma, on le sait. Il y a un premier temps, c’est comme une focale qui s’agrandirait jusqu’à la lumière totale – ça dissout l’ego. Il y a eu deux jours comme ça – de plane intense. D’amour total. Au-delà de soi et de ses convictions. J’ai aimé mon prochain pendant quarante-huit heures. Je l’ai aimé en comprenant dans mes cellules mêmes que mon petit point de vue n’était qu’un leurre, une imbécillité morbide. J’ai aimé tout le monde. Même les crétins qui commençaient à radoter que les Arabes ceci ou cela – j’ai aimé les débiles qui se disaient qu’il fallait en finir avec la politique Bisounours (comme si la politique de répression, dans quelque pays que ce soit, amenait à autre chose qu’à une escalade de la violence), j’ai aimé tous les journalistes tous les dessinateurs tout le monde, j’ai aimé les crétins qui n’étaient pas Charlie.

 

Du mauvais gangsta-rap

 

J’ai passé deux jours à me souvenir d’aimer les gens juste parce qu’ils étaient là et qu’on pouvait encore le leur dire.

J’ai été Charlie, le balayeur et le flic à l’entrée.

Et j’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. Leur façon de dire – vous ne voulez pas de moi, vous ne voulez pas me voir, vous pensez que je vais vivre ma vie accroupi dans un ghetto en supportant votre hostilité sans venir gêner votre semaine de shopping soldes ou votre partie de golf – je vais faire irruption dans vos putains de réalités que je hais parce que non seulement elles m’excluent mais en plus elles me mettent en taule et condamnent tous les miens au déshonneur d’une précarité de plomb. Je les ai aimés dans le mouvement de la focale écartée en grand, leur geste devenait aussi une déclaration d’amour – regarde-moi, prends-moi en compte. On ne tire pas sur ce qu’on ne voit pas.

Je les ai aimés dans leur maladresse – quand je les ai vus armes à la main semer la terreur en hurlant “on a vengé le Prophète” et ne pas trouver le ton juste pour le dire. Du mauvais film d’action, du mauvais gangsta-rap. Jusque dans leur acte héroïque, quelque chose qui ne réussissait pas. Il y a eu deux jours comme ça de choc tellement intense que j’ai plané dans un amour de tous – dans un rayon puissant. Beaucoup de choses revenaient. Pas seulement le 11 Septembre. Le témoignage de l’urgentiste faisait écho à celui de cet étudiant survivant du bus dans lequel furent raflés ses camarades, à Iguala. Le blond Breivik, et son massacre sur une île. Les enfants de la maternelle décimés par Merah. Ou les innombrables mass shootings perpétrés aux Etats-Unis.

C’est un dialogue qu’ils ont entre eux. Ce sont les hommes qui veulent la guerre. Je comprends qu’on me réponde “ne mélange pas tout”. Mais il faut comprendre qu’en moi tout se mélange. Je ne parviens pas à faire de différence entre ces différentes façons de mourir. Cette imposition de la volonté de tuer dans des quotidiens qui n’avaient rien à voir avec la guerre. Je crois que ce dialogue cacophonique est international, c’est celui des gens convaincus que les civils non armés doivent vivre dans la terreur. Que c’est comme ça qu’on les gouverne le mieux. Il faut apprendre au peuple à sursauter au moindre bruit, se demander pourquoi on entend une sirène d’ambulance, surveiller l’heure avec inquiétude quand quelqu’un qu’on attend est en retard, et observer nos propres pensées avec méfiance.

La censure est interne, c’est un carcan qu’on incorpore. Ça a commencé par Charlie. C’était presque un an après qu’un autre acharné avait attaqué Libération. Comme si l’un avait été la répétition de l’autre. Pourquoi les journaux, deux fois. Et pourquoi les journaux très marqués à gauche, deux fois ? Je sais bien que ce ne sont pas les mêmes personnes, pour les mêmes raisons – mais l’impact est identique. C’est comme si l’histoire voulait vraiment nous enfoncer quelque chose dans la tête – cette gauche de 68, Sarkozy, Le Pen ou les terroristes armés – on va en finir avec vous.

 

Défendre la gauche ?

 

A force, pour les gens comme moi qui étions dubitatifs de l’intérêt de cette gauche, le doute s’instaure : cette gauche aurait-elle plus de sens que ce que nous avions cru ? Ce qu’on veut abattre représente encore quelque chose. Cette gauche momolle et embourgeoisée représenterait-elle quelque chose de suffisamment important pour qu’on veuille en finir avec elle avec autant d’acharnement ? Elle n’est pas un cadavre – on ne se donne pas tant de mal pour déterrer un mort et lui remettre une rafale dans le cerveau. Cette gauche à laquelle j’ai tant de mal à croire serait-elle encore, finalement, la dépositaire de quelque chose qui vaille qu’on s’acharne à ce point contre elle ? De facto, oui. Il y a, éventuellement, dans cette gauche à laquelle il est parfois difficile de s’identifier, quelque chose qui vaut la peine qu’on risque sa vie à la défendre. Dont acte.

J’ai participé à une émission de télé le jeudi soir et au bout de trente minutes, on était partis sur l’islam, et ce n’est pas parce que j’éprouve pour cette religion davantage d’affection que pour les autres, mais je ne sais pas faire le rapport entre ce qui s’est passé et l’islam. Je voyais juste l’ironie absurde du truc : ces mecs de Charlie transformés en martyrs, et l’extrême droite de l’alliance UMP-FN pissant sur leurs tombes. Et oui, ça nous fait bizarre, à nous les judéo-chrétiens – moi, blondasse blanche aux yeux clairs en tête –, de voir que toutes les civilisations ne vont pas s’écrouler en même temps, et notamment la culture musulmane a l’air d’être sur un premier temps quand nous sommes dans les dernières notes de la partition. Après les avoir méprisés dominés humiliés et être nés convaincus de notre supériorité – quitte à se sentir un peu coupables, du coup, mais tellement supérieurs –, oui ça nous fait bizarre de comprendre que nous ne ferons pas partie des forces qui comptent, demain. Ce n’est pas inintéressant mais c’est étrange à vivre, le crépuscule d’une civilisation.

“Du velours pour les investisseurs”

Puis est venu Coulibaly. En deux temps, jeudi matin, la policière, et vendredi après-midi, l’épicerie casher de la porte de Vincennes. Cette fois comme un mauvais remake de Merah – d’abord le fonctionnaire qui ressemble le plus possible à l’assassin, comme effacer une version de soi qui se serait plus intégrée, à qui on aurait confié les armes de la République alors qu’à toi on n’a confié que dalle, crevard, et ensuite les Juifs – et on peut le voir de la même façon, quand même, une version de toi qui aurait mieux réussi. Une saleté de preuve supplémentaire de ta propre nullité : puisque d’autres réussissent à le faire, qui te ressemblent quand même beaucoup, c’est vraiment que t’es qu’une merde, toi et tous ceux qui te ressemblent. Alors crevez tous.

La haine est mon élément premier, je ne suis pas suffisamment débile pour imaginer que c’est vraiment ce qu’ils ont en tête, mais ça marche aussi comme ça, je crois : ce sur quoi on tire, c’est sur la preuve de ce que nous sommes responsables de notre échec. On veut contaminer l’autre de notre sensation de nullité. On veut qu’il sente ce qu’on sent. Et puisqu’il a l’air de se pavaner dans sa belle réussite en refusant d’entendre nos appels, on va s’inviter dans sa réalité, de la façon la moins négociable. En la niant, complètement. C’est fini, pour tout le monde.

J’ai passé quatre jours sur Facebook. C’était d’abord émouvant, tous ces écrans “je suis Charlie”, ensuite c’était un peu chiant, on ne savait plus qui disait quoi et puis il n’y avait pas grand-chose à ajouter. J’ai vu le documentaire The Shock Doctrine tiré de l’ouvrage de Naomi Klein, et c’était édifiant de le voir à ce moment-là. Peut-être parce que Rajoy était à la manif de dimanche et que ce n’était pas difficile de l’imaginer dire aux dirigeants ici : “Vous allez voir, si vraiment vous êtes la cible d’une série d’attaques terroristes, c’est à la fois terrible, évidemment, il faut prévoir beaucoup de costumes noirs et des têtes de circonstances, mais en dehors de ça : du velours, les gars, du velours… si vous saviez comme ETA nous a rendus heureux, nous les dirigeants… et pas seulement pour passer les lois liberticides que nous appliquons aujourd’hui, pas seulement pour nous permettre d’enfermer des gens pour leurs idées, non, c’est bien mieux que ça, le terrorisme : vous croyez que les Français, demain, sont prêts comme ils l’étaient il y a dix jours à réagir contre les lois Macron ? Du velours, les gars, du velours pour les investisseurs…”

 

Puisque les hommes n’enfantent pas, ils tuent

 

Sur Facebook, j’ai vu aussi un journaliste demander à une musulmane de se dissocier officiellement des meurtres. Je crois que c’est ça qui a marqué la fin de ma phase “amour pour tous”. On a chacun nos petites obsessions. La sienne, c’est que tous les musulmans doivent payer. On a un peu envie de lui dire, gars, le jour où les rebeus sortiront tous leur kalachnikov des caves pour nous tirer dans la gueule, à la couleur, comme le contrôle de papiers, plus t’as l’air blanc moins t’as de chance de terminer ta journée entier, ce jour-là, tu verras, on sentira la différence. Pour l’instant, je ne vois pas bien pourquoi le monsieur qui vend des légumes au bout de ma rue devrait se sentir plus proche des tueurs que moi. On est tous du quartier des Buttes-Chaumont, on n’y peut rien si c’est dans notre parc que les tueurs faisaient leur jogging. Pas plus le rebeu qui vend ses légumes que moi, on vit dans la même rue, pourquoi lui plutôt que moi ?

On a tous nos obsessions. Celle de ce journaliste, c’est profiter du massacre pour retaper sur les Arabes. La mienne, c’est la masculinité. Je crois que ce régime des armes et du droit à tuer reste ce qui définit la masculinité. Je crois que ce journaliste aurait dû déclarer en préambule qu’il se dissociait formellement de la masculinité traditionnelle. Qu’il ne se sentait pas un homme. Qu’il dissociait sa masculinité de celle des assassins mexicains, norvégiens, nigérians ou français.

Parce que c’est ça, au final, ce que nous vivons depuis une semaine : les hommes nous rappellent qui commande, et comment. Avec la force, dans la terreur, et la souveraineté qui leur serait essentiellement conférée. Puisqu’ils n’enfantent pas, ils tuent. C’est ce qu’ils nous disent, à nous les femmes, quand ils veulent faire de nous des mères avant tout : vous accouchez et nous tuons. Les hommes ont le droit de tuer, c’est ce qui définit la masculinité qu’ils nous vendent comme naturelle. Et je n’ai pas entendu un seul homme se défendre de cette masculinité, pas un seul homme s’en démarquer – parce qu’au fond, toutes les discussions qu’on a sont des discussions de dentelière.

Sinon, la seule préoccupation qu’on aurait, aujourd’hui, pour imaginer un futur différent, ce serait – puisque tous les dirigeants sont là, discutons : quand et comment ferme-t-on les usines d’armement. Quand et comment en finit-on avec votre merde de masculinité, qui ne se définit que sur la terreur que vous répandez ?

Virginie Despentes

 

*  les Inrocks

2015 : Abdenour Bidar - Lettre ouverte au monde musulman - texte

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Abdennour Bidar est agrégé de philosophie et ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud. Il réalise une thèse en philosophie intitulée « Mohammed Iqbal : une pédagogie de l'individuation »2. Il publie en 2014 une Histoire de l'humanisme en Occident .

Il a enseigné la philosophie en classes préparatoires aux grandes écoles option ECE de 2004 à 2012. En 2012, il est chargé de mission sur la pédagogie de la laïcité au ministère de l'Éducation nationale et au Haut conseil à l'intégration3. Il est nommé le 5 avril 2013 membre de l'Observatoire de la laïcité.

Il appartient au comité de rédaction de la revue Esprit. De septembre 2012 à juin 2013, il a produit et animé l'émission de débat sur le thème du vivre ensemble et de l'identité - Cause commune, tu m'intéresses sur France Inter. Durant l'été 2014, il a été le producteur et le présentateur de l'émission France islam : questions croisées sur France Inter. En janvier 2015, il reprend l'émission Cultures d'islam sur France Culture après la disparition de son créateur Abdelwahab Meddeb. En août 2015, il fonde avec la psychologue Inès Weber le Sésame4, un centre de culture spirituelle. Le 17 mars 2016, il est nommé inspecteur général de l'Éducation nationale5 et intègre l'inspection générale de philosophie6 et de vie scolaire7.

En février 2016, il est nommé membre du conseil scientifique de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA), présidé par Dominique Schnapper8. Il est aussi membre du Comité consultatif national d'éthique, et du Conseil des sages sur la laïcité.

 

Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident!

Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : DAESH. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement interminable entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Quel est ton unique discours ? Tu cries « Ce n'est pas moi ! », « Ce n'est pas l'islam ! ». Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (hashtag #NotInMyName). Tu t'indignes devant une telle monstruosité, tu t'insurges aussi que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi, et surtout, la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner, alors que ce moment historique aurait été une si formidable occasion de te remettre en question ! Et comme d'habitude, tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous les occidentaux, et vous tous les ennemis de l'islam de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n'est pas l'islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre, mais la paix! »

J'entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde l'islam a créé tout au long de son histoire de la Beauté, de la Justice, du Sens, du Bien, et il a puissamment éclairé l'être humain sur le chemin du mystère de l'existence... Je me bats ici en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l'islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine, je vois aussi autre chose - que tu ne sais pas voir ou que tu ne veux pas voir... Et cela m'inspire une question, LA grande question : pourquoi ce monstre t'a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? Pourquoi a-t-il pris le masque de l'islam et pas un autre masque ? C'est qu'en réalité derrière cette image du monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il le faut bien pourtant, il faut que tu en aies le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D'où viennent les crimes de ce soi-disant « État islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c'est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd'hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre, le cancer est dans ton propre corps. Et de ton ventre malade, il sortira dans le futur autant de nouveaux monstres - pires encore que celui-ci - aussi longtemps que tu refuseras de regarder cette vérité en face, aussi longtemps que tu tarderas à l'admettre et à attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux, quand je leur dis cela, ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu'est la puissance de la religion - en bien et en mal, sur la vie et sur la mort - qu'ils me disent « Non le problème du monde musulman n'est pas l'islam, pas la religion, mais la politique, l'histoire, l'économie, etc. ». Ils vivent dans des sociétés si sécularisées qu'ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur du réacteur d'une civilisation humaine ! Et que l'avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière et économique, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité toute entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent - et qui comme l'islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Il y a en toi en effet, malgré la gravité de ta maladie, malgré l'étendue des ombres d'obscurantisme qui veulent te recouvrir tout entier, une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C'est à tous ceux-là, musulmans et non musulmans qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes livres ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu'entrevoit leur espérance!


Il y a dans la Oumma (communauté des musulmans) de ces femmes et ces hommes de progrès qui portent en eux la vision du futur spirituel de l'être humain. Mais ils ne sont pas encore assez nombreux ni leur parole assez puissante. Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c'est l'état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d'Al Qaida, Al Nostra, AQMI ou de l'«État islamique». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus graves et les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes: impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion; prison morale et sociale d'une religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l'égalité, de la responsabilité et de la liberté; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l'autorité de la religion; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

Tout cela serait-il donc la faute de l'Occident ? Combien de temps précieux, d'années cruciales, vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ? Si je te critique aussi durement, ce n'est pas parce que je suis un philosophe « occidental », mais parce que je suis un de tes fils conscients de tout ce que tu as perdu de ta grandeur passée depuis si longtemps qu'elle est devenue un mythe !

Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l'avouer enfin, tu as été incapable de répondre au défi de l'Occident. Soit tu t'es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression intolérante et obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l'intérieur de tes frontières - un wahhabisme que tu répands à partir de tes lieux saints de l'Arabie Saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité - je veux parler de cette frénésie de consommation, ou bien encore de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie désormais mondiale qu'est le culte du dieu argent.

Qu'as-tu d'admirable aujourd'hui, mon ami ? Qu'est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect et l'admiration des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes, qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs, tes intellectuels dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l'Inde à l'Espagne ? En réalité tu es devenu si faible, si impuissant derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même... Tu ne sais plus du tout qui tu es ni où tu veux aller et cela te rend aussi malheureux qu'agressif... Tu t'obstines à ne pas écouter ceux qui t'appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie toute entière. Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l'islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l'État que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu'à l'intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d'imposer que l'islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu'«Il n'y a pas de contrainte en religion» (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son Appel à la liberté l'empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu'il est l'heure, dans la civilisation de l'islam, d'instituer cette liberté spirituelle - la plus sublime et difficile de toutes - à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s'élèvent aujourd'hui dans la Oumma pour s'insurger contre ce scandale, pour dénoncer ce tabou d'une religion autoritaire et indiscutable dont se servent ses chefs pour perpétuer indéfiniment leur domination... Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, shouyoukhs, etc.) qu'ils ne comprennent même pas qu'on leur parle de liberté spirituelle, et n'admettent pas qu'on ose leur parler de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l'islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge », quelque chose de trop sacré pour qu'ils osent donner à leur propre conscience le droit de le remettre en question ! Et il y a tant de ces familles, tant de ces sociétés musulmanes où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès leur plus jeune âge, et où l'éducation spirituelle est d'une telle pauvreté que tout ce qui concerne de près ou de loin la religion reste ainsi quelque chose qui ne se discute pas!

Or cela, de toute évidence, n'est pas imposé par le terrorisme de quelques fous, par quelques troupes de fanatiques embarqués par l'État islamique. Non, ce problème-là est infiniment plus profond et infiniment plus vaste ! Mais qui le verra et le dira ? Qui veut l'entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n'entend plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t'illusionnes, ô mon ami, en croyant et en faisant croire que quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste l'islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d'évoquer - une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive - est trop souvent, pas toujours, mais trop souvent, l'islam ordinaire, l'islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l'islam de la tradition et du passé, l'islam déformé par tous ceux qui l'utilisent politiquement, l'islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin ta vraie révolution ? Cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement religion et liberté, cette révolution sans retour qui prendra acte que la religion est devenue un fait social parmi d'autres partout dans le monde, et que ses droits exorbitants n'ont plus aucune légitimité !

Bien sûr, dans ton immense territoire, il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d'approfondissement spirituel ; des milieux sociaux où la cage de la prison religieuse s'est ouverte ou entrouverte ; des lieux où l'islam donne encore le meilleur de lui-même, c'est-à-dire une culture du partage, de l'honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l'être humain et la réalité ultime qu'on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en Terre d'islam et partout dans les communautés musulmanes du monde des consciences fortes et libres, mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans assurance, sans reconnaissance d'un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou bien même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l'instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J'ai mon propre rapport à l'islam » n'a été reconnu par « l'islam officiel » des dignitaires. Ceux-là au contraire s'acharnent à imposer que « La doctrine de l'islam est unique » et que « L'obéissance aux piliers de l'islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l'une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l'un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d'un Bien et d'un Mal, d'un licite (halâl) et d'un illicite (harâm) que personne ne choisit, mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence - contre les femmes, contre les « mauvais croyants », contre les minorités chrétiennes ou autres, contre les penseurs et les esprits libres, contre les rebelles - de telle sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du jihad !

Alors, ne t'étonne donc pas, ne fais plus semblant de t'étonner, je t'en prie, que des démons tels que le soi-disant État islamique t'aient pris ton visage ! Car les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C'est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants, que tu réformes chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n'es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! Tu ne peux plus faire moins que ta révolution spirituelle la plus complète ! C'est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction. Quand tu auras mené à bien cette tâche colossale - au lieu de te réfugier encore et toujours dans la mauvaise foi et l'aveuglement volontaire, alors plus aucun monstre abject ne pourra plus venir te voler ton visage.

Cher monde musulman... Je ne suis qu'un philosophe, et comme d'habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu'à faire resplendir à nouveau la lumière - c'est le nom que tu m'as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ».

Je n'aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français: «Qui aime bien châtie bien». Et au contraire tous ceux qui aujourd'hui ne sont pas assez sévères avec toi - qui te trouvent toujours des excuses, qui veulent faire de toi une victime, ou qui ne voient pas ta responsabilité dans ce qui t'arrive - tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.

http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html

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