France - sources
Article de Jacques-Henri Hébert paru en 1794, après l’abolition de l’esclavage, dans le journal révolutionnaire « Le Père Duchesne »1
Si je n’ai pas encore parlé du fameux décret qui abolit l’esclavage des nègres, qu’on ne s’imagine pas, foutre, que Le Père Duchesne ait été un des derniers à l’approuver et à bénir la convention d’avoir tranché le nœud gordien, en rendant la liberté à tant de milliers d’hommes. Falloit-il donc tourner si long-tems [sic] autour du pot pour savoir s’il peut exister des esclaves dans un pays libre ? Quoi donc, foutre, la nation française a déclaré dans sa Constitution qu’elle donneroit assistance à tous les peuples opprimés, et elle souffriroit qu’au-delà des mers on put exercer en son nom la plus odieuse tyrannie.
« TONNERRE DE DIEU : QUELLE EST LA TERRE MAUDITE QUI NE PEUT RIEN PRODUIRE SI ELLE N’EST PAS ARROSÉE DE SANG, ET QUELS SONT LES FRUITS AMERS ET EMPOISONNÉS QUI SORTENT DE SON SEIN ? »
Je sais que des raisonneurs à perte de vue prétendent que sans l’esclavage des nègres, les colonies ne pourroient exister. Tonnerre de dieu : quelle est la terre maudite qui ne peut rien produire si elle n’est pas arrosée de sang, et quels sont les fruits amers et empoisonnés qui sortent de son sein ? Quoi ! Nos isles seroient stériles, si elles étoient cultivées par des hommes libres ! Oui, foutre, elles le seroient, mais pour qui ? Pour les marchands, les accapareurs, les riches égoïstes, pour ces aventuriers, ces vagabonds, le rebut de l’Europe, pour ces tigres blancs qui s’engraissent du sang des Noirs ; mais, foutre, ces Noirs, devenus libres, en seront-ils moins industrieux ? Deviendront-ils impotans [sic] quand ils travailleront pour eux ? Croit-on que la liberté soit moins puissante pour leur donner du cœur à l’ouvrage que les fouets et les bâtons sous lesquels on les fait expirer ? Non, foutre, le nègre devenu libre et propriétaire deviendra plus industrieux, plus actif. Ce ne sera plus pour un maître barbare qu’il arrosera la terre de ses sueurs et de ses larmes. Ses enfants lui appartiendront, ils lui feront chérir la vie ; en échange du sucre et des autres denrées qu’il aura cultivées, nous troquerons avec lui nos étoffes et les productions de notre sol. Alors nous ferons avec lui des traités d’alliance et de commerce.
Heureux, foutre, si le Blanc républicain peut un jour, par sa bonne-foi et sa justice, faire oublier à l’homme noir tous les maux que ses pères lui ont fait endurer. (…)
Un événement aussi heureux, foutre, que celui qui anéantit jusqu’au dernier signe de l’esclavage en France devoit être célébré par les Sans-Culottes. La commune de Paris qui, la première, a levé le drapeau de la liberté vient de rendre hommage à la raison de ce nouveau triomphe. J’aurois voulu, foutre, que la France entière eut assisté à la fête républicaine qui a eu lieu, décadi dernier, en réjouissance de l’abolition de l’esclavage des nègres.
Jamais, foutre, les voûtes de la ci-devant cathédrale ne retentiront d’un pareil Te Deum. Tous les bons Sans-Culottes, les Sociétés populaires, les autorités constituées environnoient l’autel de la raison. Une députation de la convention vint aussi lui offrir l’encens des représentans du peuple. Tous les regards étoient fixés sur les trois montagnards américains. Alors, foutre, je me suis rappelé l’histoire ou le roman du Sans-Culotte Jésus en contemplant auprès de la statue de la liberté, ces trois braves lurons qui viennent du bout du monde rendre hommage à la divinité des hommes libres ; j’ai cru voir les trois mages qui visitoient dans son berceau le prétendu fils du patron des cocus. Mais, foutre, ce n’est pas une étoile qui leur a servi de chandelle, mais c’est le flambeau de la vérité qui les a conduits ; ce n’est pas un dieu mangeant de la bouillie qu’ils viennent adorer, mais c’est la divinité éternelle, c’est la raison. Les bergers et les pastoureaux, en célébrant la naissance du fils de Marie, se réjouissoient de ce qu’il venoit de leur naître un nouveau roi, mais, foutre, les Sans-Culotte au contraire, dans leurs chants de victoire ont annoncé la chute de tous les rois. (…)
Le culte de la raison
Tous les bons républicains s’empresseront sans doute d’imiter leurs frères de Paris ; comme nous, foutre, ils se réjouiront de l’abolition de l’esclavage des nègres. Les sociétés populaires, d’un bout de la république à l’autre, établissent le culte de la raison. Pour prouver comme elles sont au pas, je copie le serment que les Sans-Culottes de Moulins viennent de prêter. J’espère qu’il sera bientôt celui de tous les Français.
« Je jure de maintenir de tout mon pouvoir l’unité et l’indivisibilité de la république ; je jure en outre de reconnaître pour mon frère tout homme juste et vraiment ami de l’humanité, quelque soit sa couleur, sa taille et son pays, je jure enfin de n’avoir jamais d’autre religion que celle de la nature, d’autre temple que celui de la raison, d’autres autels que ceux de la patrie, d’autres prêtres que nos législateurs, ni d’autre culte que celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. »
Puisque la raison seule peut nous apprendre nos devoirs et nos droits, n’écoutons qu’elle seule. Tout le reste n’est que mensonge et imposture. Ainsi donc, foutre, vive la raison ! Vivent la vérité et l’humanité : au foutre les prêtres, qui ne savent que mentir, tromper, voler et égorger, foutre.
Jacques-René Hébert (journaliste)
1 LeMonde en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France (BNF).
La Première séparation de l'église et de l'Etat en 1795 n'a pas duré longtemps. Elle préfigure cependant la loi de 1905, toujours en vigueur
L’Assemblée Constituante instaura une Église d’État, et Robespierre établit le culte de l’Être suprême. La Convention thermidorienne adopta elle le principe de séparation de l’Église et de l’État ainsi que la proposition de Boissy d’Anglas autorisant la liberté d’exercice de tous les cultes à condition que cela se fasse avec discrétion et en privé. Cependant, la Convention revint rapidement sur sa décision en rétablissant le culte catholique à Notre-Dame de Paris, le 15 août 1795.
Boissy d'Anglas (1756 - 1826) , avocat au Parlement défend les libertés individuelles dont la liberté de culte. Il combat contre l'absolutisme et défend les protestants. Celui qui a gagné son surnom de "Boissy-famine" par son intransigeance lorsqu'il était chargé du ravitaillement de Paris survit dans ces temps troublés en ralliant chaque nouveau régime..

Loi relative à l'organisation des cultes
18 Germinal, an X de la République une et indivisible
[8 avril 1802]
[La convention du 23 fructidor, an IX, 10 septembre 1801) entre le Saint-Siège et le Gouvernement français a pour objet de mettre fin au conflit entre l'Église et l'État qui a éclaté en 1790 avec la condamnation par le pape de la constitution civile du clergé.
François Guizot, a été ministre de l'instruction publique, puis des affaires étrangères et enfin président du Conseil (le dernier et le plus long) sous Louis-Philippe. Ce titulaire d'une chaire d'histoire moderne à la Sorbonne est passé à la postérité suite à cette injonction visant les pauves : "enrichissez-vous ! ", comme Marie-Antoinette disait " Ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche".
Mais la phrase est tronquée, la citation exacte étant "Enrichissez-vous par l'épargne et par le travail, et vous deviendrez électeur ", car le suffrage censitaire supposait un revenu de 200 frs, et il lui était demandé de baisser ce seuil.
En 1830 (le discours est de décembre) , il commence, assez tardivement sa carrière politique, comme député de Lisieux. Il la finira en 1848 lors de la révolution de Février qui amènera une brève seconde république puis le second Empire.

Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte était élu président de la IIe République, pour un mandat de 4 ans non renouvelable, au suffrage universel masculin avec 5 434 226 voix favorables (sur 10 026 000 inscrits, 7 326 345 avaient voté).
Le 20 décembre, après avoir prêté serment, il prononça un discours devant les députés de l’Assemblée nationale. Peu après, le président de la République était conduit à son domicile officiel, le palais de l’Élysée.
Ce n’est que le 11 octobre 1848 qu’avait été votée l’abrogation de la loi du 10 avril 1832, bannissant les Bonaparte du territoire français.
Prestation de serment de Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la IIe République française, 20 décembre 1848 (BnF, coll. De Vinck) © BnF (id. Gallica btv1b53018611d)
Serment
« En présence de Dieu et devant le Peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution ».
Après la lecture du serment par Armand Marrast (1801-1852), président de l’Assemblée nationale, Louis-Napoléon Bonaparte prononça « je le jure. »
Discours de Louis-Napoléon Bonaparte