Il existe dans l'historiographie du Proche-Orient médiéval une asymétrie frappante. Les croisés, qui occupèrent la Palestine pendant moins de deux siècles, ont fait l'objet d'une littérature scientifique d'une abondance remarquable. Les Ottomans, qui leur succédèrent après les Mamelouks et qui dominèrent la région pendant quatre cents ans, bénéficient également d'une attention historiographique considérable. Entre ces deux périodes bien documentées, la période mamelouke — qui dura pourtant deux cent cinquante-sept ans — souffre d'une relative obscurité dans l'histoire culturelle populaire, alors même que les spécialistes s'accordent à reconnaître qu'elle constitue l'une des périodes les plus riches, les plus créatives et les plus décisives de l'histoire de la Palestine.

Cette obscurité relative tient à plusieurs raisons. La période mamelouke n'est ni croisée (donc ni « occidentale » ni « chrétienne » au sens où l'entend une certaine tradition historiographique) ni ottomane (donc pas associée à la longue durée qui précède directement la modernité). Elle est islamique, arabophone dans ses textes mais turco-circassienne (la Circassie historique est située au nord du Caucase sur la côte de la mer noire) dans ses élites, et son patrimoine architectural — bien que d'une qualité exceptionnelle — est souvent confondu avec ce qui précède ou ce qui suit.

 

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