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Le déclin du sultanat mamelouk

Les dernières décennies du sultanat mamelouk furent marquées par une série de crises qui affaiblirent progressivement la puissance de l'Empire. La Peste Noire (1347-1349 en Palestine) décima les populations — les estimations suggèrent une mortalité de 30 à 40% dans certaines régions — et fragilisa durablement les structures économiques et administratives. Les épidémies récurrentes du XIVe et du XVe siècle maintinrent les populations à des niveaux faibles pendant plusieurs générations.

La montée de la puissance ottomane en Anatolie — les Ottomans brisèrent la résistance mamelouke à Varna (1444) et à Constantinople (1453) — plaça les Mamelouks face à un concurrent de plus en plus menaçant. Les Mamelouks, qui avaient refusé d'adopter les armes à feu (les considérant comme indignes d'un cavalier aristocratique), se trouvèrent progressivement à la merci d'une armée ottomane qui maîtrisait l'artillerie.

La bataille de Marj Dabiq (24 août 1516), au nord d'Alep, fut la bataille décisive. Les forces du sultan ottoman Selim Ier (Yavuz — « le Terrible » ou « l'Inflexible ») écrasèrent l'armée mamelouke du sultan Qansuh al-Ghawri, qui mourut pendant la bataille. En quelques mois, la Syrie et la Palestine passèrent sous contrôle ottoman. La conquête de l'Égypte en janvier 1517 mit fin au sultanat mamelouk. Le dernier sultan mamelouk, Tumanbay, fut pendu au Caire le 13 avril 1517.

( voir aussi sur youtube : l'art de la guerre chez les mamelouks )

La continuité architecturale entre Mamelouks et Ottomans

La transition entre la période mamelouke et la période ottomane ne fut pas une rupture architecturale brutale en Palestine. Les Ottomans — notamment le grand Soliman le Magnifique (1520-1566) — maintinrent et développèrent le tissu architectural mamelouk.

À Jérusalem, Soliman fit construire les remparts actuels (1537-1541) en réutilisant et amplifiant les fortifications mameloukes existantes. Il finança également la rénovation de la façade du Dôme du Rocher avec les carreaux de faïence d'Iznik qui remplacèrent les mosaïques mameloukes. Ces interventions ottomanes sont superposées à une trame mamelouke qu'elles ne remplacent pas mais complètent — ce qui fait de Jérusalem une ville où les strates mameloukes et ottomanes sont souvent indissociables à première vue.

Les artisans mamelouks, dont les ateliers ne disparurent pas avec le changement de sultanat, continuèrent à travailler selon les mêmes techniques et les mêmes répertoires formels au début de la période ottomane. La continuité des savoirs artisanaux — tailleurs de muqarnas, sculpteurs de marbre, calligraphes — assura une transition progressive entre les deux styles, de sorte que les historiens de l'architecture parlent parfois d'une période de « style ottoman précoce en Palestine » qui ressemble encore fortement au style mamelouk tardif.

L'héritage mamelouk

Ce qui subsiste

Le patrimoine architectural mamelouk en Palestine est, malgré les destructions subies au cours des siècles, d'une richesse considérable. À Jérusalem, les estimations parlent de plus de 70 bâtiments d'époque mamelouke identifiés et partiellement conservés dans la Vieille Ville — madrasas, ribats, sabils, minarets, portes, khans, mausolées. C'est, rappelons-le, la plus grande concentration d'architecture mamelouke au monde — supérieure, en densité, à ce que l'on trouve au Caire même.

En dehors de Jérusalem, des dizaines de structures mameloukes subsistent, dans des états très variables de conservation, à travers Israël et les territoires palestiniens : tours, mosquées rurales, khans, fontaines, éléments de fortifications. L'inventaire de Petersen (op. cit.) en recense plusieurs centaines, dont beaucoup n'ont jamais fait l'objet d'une étude archéologique sérieuse.

Ce qui a été perdu

Les pertes sont considérables. La destruction des villes côtières par les Mamelouks eux-mêmes (Acre, Caesarée, Haïfa) a effacé une grande partie du patrimoine architectural de la côte. Les guerres successives — croisades, ottomanes, britanniques, de 1948 et suivantes — ont endommagé ou détruit de nombreux monuments. La croissance urbaine non régulée a démoli ou noyé sous le béton des centaines de structures rurales. La négligence administrative — d'abord ottomane, puis britannique, puis jordanienne et israélienne — a laissé se dégrader des bâtiments qui auraient pu être sauvés.