JANVIER

15 janvier : l'armée utilise des mortiers lourds à Mae Waï, sans distinction de cibles civils ou militaires (la guérilla Karen). Le Karen Peace Support Network (KPSN) condamne l’intensification de ces attaques d’artillerie menées par l’armée birmane dans les districts de Mutraw (Papun) et Kler Lwe Htoo (Nyaunglebin) au nord de l’État de Karen, qui ont déplacé plus de 3700 villageois et tué un chef de village le 12 janvier.

28 janvier : L'armée évoque encore une fois des irrégularités dans le scrutin de novembre 2020 et demande au parlement de tenir une session spéciale à ce sujet. Suite au refus du parlement, au motif que seule la commission spéciale électorale est compétente en la matière, le porte-parole de l'armée évoque la possibilité d'une "crise politique".

Le commandant en chef de l'armée, Min Aung Hlaing évoque dans un discours la nécessaire révocation de la constitution de 2008, pourtant largement taillées sur mesure pour favoriser l'armée.

 

 

31 janvier  : coup d'État de l'armée. Le "Conseil d'État administratif" prend le pouvoir.

Le coup d'État intervient avant la première réunion du parlement issu des élections de novembre 2010. Aung san suu Kyi est arrêtée ainsi que le président Win Mynt . Le général Min Aung Hlaing a pris la tête du pays et annonce un état d'urgence pour un an. Les banques sont fermées. Les réseaux sociaux, Facebook, twitter, instagram et la messagerie whatsapp sont fermés, car les réseaux peuvent "provoquer des malentendus chez le public".

L'armée affirme avoir jugé ce putsch nécessaire pour préserver la "stabilité" de l'État et promet de nouvelles élections "libres et équitables", une fois que l'état d'urgence d'un an sera levé. Min Aung Hlaing considère que le coup d'État était inévitable.

Le coup d'État est condamné notamment par le secrétaire général des Nations unies , l'Union européenne et les États-unis d'Amérique. La Chine et la Russie ont une approche un peu différente.

Pour la Russie, il est trop tôt pour donner une évaluation, son pays suit attentivement la situation.

"Le putsch des militaires birmans, lundi 1er février, et l'arrestation d'Aung San Suu Kyi est un « remaniement ministériel majeur », selon la presse officielle chinoise, qui rivalise d'euphémismes pour éviter de parler de coup d'État. Le gouvernement de Pékin s'est, en effet, contenté d'appeler à la « résolution des différends dans le cadre de la loi », se gardant bien de condamner l'armée birmane. Il n'est donc pas question de coup d'État mais d'un « remplacement des ministres civils par des militaires ». Citant « des experts », le quotidien de langue anglaise Global Times a, de son côté, qualifié la prise du pouvoir par l'armée d'« ajustement de la structure déséquilibrée du pouvoir ».

Dans un éditorial, l'organe nationaliste du Parti communiste chinois pointe l'échec de la transition démocratique malgré les victoires électorales d'Aung San Suu Kyi et de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). « Les profonds conflits d'intérêts n'ont pas été traités. Si le gouvernement élu et la junte militaire ont tous deux fait des efforts, apaisant leurs différends pendant un temps, ils ont néanmoins échoué à établir un mécanisme pour les résoudre une fois pour toute. De même, les conflits ethniques n'ont pas été résolus. [...] La prospérité apportée par les réformes politiques est restée superficielle et fragile. (Rfi)"

Le nouveau président, par intérim, est le général Mynt Swe, connu pour avoir organisé l'arrestation de ses rivaux , puis supervisé la répression de la "révolution de safran" en 2007.

Le conseil de sécurité de l'ONU, bloqué par la Chine et la Russie n'arrive pas à se mettre d'accord pour condamner le coup d'État. 

Au moins 150 activistes et politiques sont arrêtés. Les bureaux des bureaux de la LND sont scellés dans les différentes régions. Les ordinateurs et des documents sont confisqués.

Aung San Suu Kyi est inculpée pour"avoir importé et utilisé illégalement des équipements de réception et de transmission radio", 9 talkie-walkie de son équipe de sécurité, d'un modèle tout à fait commune ayant été trouvé chez elle lors d'une perquisition.

Le président U Win Myint est lui aussi inculpé pour avoir accueilli devant sa résidence officielle en septembre 2020, un rassemblement de 760 de ses partisans (LND) alors que la loi n'autorisait pas les rassemblements de plus de 50 personnes.

Ils risquent tous les deux jusqu'à trois de prison.

Dans la capitale administrative, Naypidaw, les députés nouvellement élus et gardés par l'armée, sont finalement autorisés à rentrer chez eux. Ils ont 24 h pour quitter la ville. Il n'auront pas siégé.

Des mouvements de désobéissance civile commencent à émerger : démission de 71 employés de mytel l'opérateur téléphonique de l'armée, concerts de boites de conserves, de klaxons et de casseroles dans la ville.

Comme lors des manifestations de  2015, des personnes font le salut à trois doigts, inspiré du film hunger games où il représente la défiance muette contre le système oppressif.

Le pouvoir échoit à un Conseil d'État administratif, émanation de l'armée. Le Conseil est composé de huit militaires et trois civils émanant de formations politiques opposées à la LND. Le Conseil désigne immédiatement une commission électorale chargée de réexaminer l'élection de novembre 2020.

 

FÉVRIER

 

04 février : une première manifestation, restreinte et symbolique,  contre le coup d'État se déroule à Mandalay, deuxième ville du pays après Yangon. Elle ne réunit qu'une vingtaine de personnes brandissant devant l'université de médecine un panneau où est écrit : "le peuple proteste contre le coup d'État militaire". D'autres manifestations sont organisées.

 

Les manifestations s'amplifient tandis que l'armée prévient qu'elles doivent cesser sous peine de représailles. L'armée utilise des balles en caoutchouc et des canons à eau pour disperser les manifestants. L'ONU condamne l'usage disproportionné de la force employée par l'armée. Min Aung Hlaing prononce le 8 février un premier discours à la télévision. Tout en décrétant la loi martiale sur une partie du pays, notamment à Yangon et Mandalay, il assure que la junte n'a pas vocation à diriger le Myanamar. Il dissout la commission électorale et promet la tenue de nouvelles élections "libres et juste" pour assurer "une démocratie véritable et disciplinée". Les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits.

Le 9 février, la page facebook de la LND affirme que "le siège de la LND à Yangon a été investi par l'armée qui l'a saccagé". Mya, une jeune manifestante, sympathisante de la LND venue manifester avec sa famille , est grièvement blessée.

10 Février : le président américain Biden annonce approuver des décrets afin de "sanctionner immédiatement les responsables militaires qui ont organisé ce coup d'État, leurs intérêts financiers ainsi que leurs familles proches», Il demande la libération de Aung San Suu Kyi.

A partir de là, la répression s'amplifie. L'internet est coupé sur des grandes parties du territoire à compter du 14 février tandis que l'armée déploie des chars dans les rues .La police procède à des arrestations de médecins et de personnalités politique en pleine nuit. La population sort alors dans les rues pour empêcher ses actions, au son des casseroles.

18 février : La Grande-Bretagne sanctionne trois généraux Birmans (le ministre de l'intérieur et son adjoint, ainsi que le ministre de la défense)  qui ont commis des "graves violations des droits humains" et bloquent leurs avoirs, portant à 19 le nombre de soutiens du régime que Londres entend sanctionner. Le Canada se joint à la Grande-Bretagne. Des mesures sont aussi prises pour empêcher des entreprises britanniques de travailler avec l'armée birmane.

19 février : Décès de Mya Thwate Thwate Khaing, une jeune manifestante de 20 ans, blessée par la police le 9 février. C'est la première victime du coup d'État. L'armée avait affirmé qu'elle n'était équipée le 9 février, que d'armes non létales. La gravité des blessures fait cependant polémique et la version selon laquelle le tir mortel était à base de balles de caoutchouc est contestée. Les funérailles mobilisent une foule énorme envers la "martyre"à Naypidaw la capitale fantôme et gigantesque créée par le régime d'avant le gouvernement d'Ang San Suu Kyi.

20 février : les manifestations sont maintenant quotidiennes et très importantes dans tout le pays. A Mandalay, la deuxième ville de Birmanie, le mouvement de désobéissance civile (CDM Civl Desobedience Movement) bat son plein. La police franchit une nouvelle étape en tirant sur des manifestants en soirée, tuant deux personnes et en blessant six autres. La foule tentait de protéger des employés du port en grève que la police assiégeait avec des jets d'eau et des balles en caoutchouc. La police est ensuite passée aux tirs à balles réelles avec ce résultat dramatique.

De son côté, l'armée, par le biais de son canal MRTV, la radio-télévision d'État, met en garde les manifestants: "Les manifestants sont en train d'inciter les gens, en particulier des jeunes et des adolescents influençables, à suivre la voie de la confrontation, un chemin au bout duquel ils risquent de perdre la vie."

 

22 février : Les Etats-Unis annoncent des sanctions à l'encontre du général Maung Maung Kyaw, commandant en chef de l’aviation, et du général Moe Myint Tun, ancien chef d’état-major de l’armée, désormais à la tête d’un bureau supervisant les opérations spéciales. Les biens et avoirs que ceux-ci détiennent aux Etats-Unis sont gelés.

« Nous n’hésiterons pas à prendre de nouvelles mesures contre ceux qui commettent des actes de violence et répriment la volonté du peuple. Nous ne faiblirons pas dans notre soutien au peuple birman », a prévenu le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

Les 27 ministres des affaires étrangères de l'Union Européenne ont aussi  adopté un projet de « mesures ciblées » visant des responsables du putsch et des violences qui en découlent. Les mesures européennes vont frapper leurs intérêts selon Josep Borell, haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

23 février : selon l'ONG Birmane AAPP ( Assistance Association for Political Prisoners), 696 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février.

La Malaisie expulse 1086 migrants Birmans, la plupart issus de minorités (chrétiens Kachins, Shans), vers la Birmanie. Malgré un arrêt contraire de la cour suprême saisie par Amnesty international et Asylum Access, le pouvoir a autorisé l'armée birmane à embarquer ces personnes sur des bateaux militaires. Selon les autorités Malaisiennes, les infractions de ces migrants été notamment constituées par des visas expirés. Aucun Rohingya ne figurerait parmi les expulsés.

26 février : L'ambassadeur de la Birmanie à l'ONU, Kyaw Moe Tun, a pris spectaculairement ses distances avec la junte en appelant "à la fin du coup d'État" et réclamant à la communauté internationale l'action "la plus forte possible" contre ses responsables. L'ambassadeur est immédiatement démis de  ses fonctions et accusé de haute trahison par la junte. Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, a déclaré que Kyaw Moe Tun reste cependant le seul « représentant permanent du Myanmar » auprès de l’ONU, les Nations unies n’ayant pas reconnu la junte.

28 février : Ravina Shamdasani, la porte-parle du Haut Commissariat aux droits de l'Homme de l'Onu fait état "d'informations crédibles" selon lesquelles la répression des manifestations aurait fait ce jour au moins 18 morts et 30 blessés. L'armée utiliserait maintenant des "armes létales et non-létales", donc des balles réelles. «Ces morts sont dues à l’utilisation de balles réelles pour tirer sur la foule à Rangoon, Dawei, Mandalay, Myeik, Bago et Pokokku. Les forces de sécurité ont également utilisé des gaz lacrymogènes ainsi que des grenades assourdissantes ou paralysantes».

La porte-parole écrit ensuite que : 

"Depuis le début du coup d'État au Myanmar le 1er février, la police et les forces de sécurité ont pris pour cible un nombre toujours croissant de voix de l'opposition et de manifestants en arrêtant des responsables politiques, des militants, des membres de la société civile, des journalistes et des professionnels de la santé. Rien qu'aujourd'hui, la police a arrêté au moins 85 professionnels de la santé et étudiants, ainsi que sept journalistes, qui étaient présents lors des manifestations. Plus de 1000 personnes ont été arrêtées et détenues arbitrairement au cours du mois dernier - dont certaines sont toujours portées disparues - la plupart sans aucune forme de procédure régulière, simplement pour avoir exercé leurs droits fondamentaux à la liberté d'opinion, d'expression et de réunion pacifique."

L'armée par Media d'État interposé continue de menacer, avertissant que des "mesures sévères seront inévitablement prises contre des foules anarchiques".

Par ailleurs, le procès de Aung San Suu Kyy est annoncé par la junte qui a ajouté deux motifs d'inculpations : incitations aux troubles publics et violation d'une loi sur les télécommunications.

 

MARS

 3 Mars : L'armée et la police font 38 morts parmi les manifestants, portant le bilan à plus de 50 morts depuis le coup d'État. La liberté d'informer est aussi visée, six reporters birmans, dont un photographe de l'agence américaine Associated Press (AP), sont inculpés pour avoir violé une loi sur l'ordre public récemment amendée par la junte. Le nouvel article changé par la junte vise désormais toute personne ayant "causé la peur dans la population, répandu de fausses informations (...) ou incité à provoquer la désobéissance et la déloyauté d'employés du gouvernement" envers les autorités. 

 

 

Le régime est quasi universellement condamné, à l'exception notable de la Chine et de la Russie, mais la réaction de Min Aung Hlaing est nette et de très mauvais augure : "nous sommes habitués aux sanctions".

2021- 5 mars : selon un responsable de la police indienne, au moins 19 membres de la police Birmane ont franchi la frontière séparant la Birmanie de l'Inde afin de ne pas avoir à obéir aux ordres donnés relatifs à la répression en cours.

D'après le journal Irrawady, " Plus de 600 policiers ont rejoint le mouvement de désobéissance civile (MDC) du Myanmar contre le régime militaire. Seul l'État de Rakhine ne rapporte aucune protestation de la part des policiers.

Le nombre de démissions de policiers a fortement augmenté depuis la violente répression de la fin février.

Les officiers du département des enquêtes criminelles, de la branche spéciale, de la police de sécurité touristique, de la police de sécurité et des dépôts de formation ont quitté leurs fonctions pour résister au régime militaire, selon un officier de Naypyitaw.

Plus de 500 policiers participaient au MDP jeudi et 100 autres ont rejoint le mouvement vendredi."