Huit portes percent les murailles de la vieille ville de Jérusalem (dont une est murée) .

Six de ces huit portes, tout comme les murailles, ont été érigées par le sultan ottoman Soliman le Magnifique, au XVIe siècle. Néanmoins chaque porte a son histoire et ses particularités, chacune son propre nom, ou plutôt, ses noms, car chaque porte collectionne les désignations que lui donnent ceux qui la franchissent.

 

1. La porte de Jaffa

 

On peut arriver à cette porte par la route, par le tramway qui descend de la gare centrale par la rue de Jaffa (Yafo) suivi d'une petite marche le long des remparts ou par le centre commercial ouvert Mamyia dont les escaliers d'accès sont situés à quelques mètre de la porte.

C'est la seule porte percée sur le coté occidental de la vieille ville. Elle est donc aussi la plus empruntée par les juifs qui se rendent au mur occidental à partir de Jérusalem-Ouest, c'est-à-dire la Jérusalem juive moderne. La porte donne sur une place où se rejoignent le quartier chrétien, au Nord (à gauche) , et le quartier arménien, au Sud (à droite).

Elle ouvre la vieille ville en direction d'Hébron, comme son nom arabe l'indique (el-Khalil), mais aussi en direction du port antique de Jaffa, d'où le nom que lui préférèrent les autorités britanniques et les immigrants juifs au début du XXe siècle. Elle est parfois nommée Porte de la Tour (de David)

 Le tracé actuel de la muraille qui entoure la vieille ville de Jérusalem ne coïncide avec celui du Ier siècle de notre ère que sur quelques courtes sections. La porte de Jaffa date de l'époque de Soliman le Magnifique qui l'a fait restaurer en 1538 (comme c'est le cas de six des huit portes et de la muraille), mais est située à peu près à l'emplacement d'une porte préexistante. Comme les autres elle était à l'origine en Bois, puis en Fer pour éviter les incendies. Les portes étaient fermées chaque soir et rouvertes chaque matin. Elle comporte une mezouza et un pispash, une petite ouverture pour permettre les entrées et sorties d'urgence.

Tout près de la porte de Jaffa se trouve d'ailleurs les restes du palais d'Hérode, appelé la Citadelle avec la 'Tour de David', lieu de résidence vraisemblable de Pilate à Jérusalem (Mc 15,16), aujourd'hui transformé en un musée sur l'histoire de la ville.

Sur le coté, une route entre dans la vieille ville par la brèche dans la muraille. Cette breche a été créée pour permettre au Kaiser Guillaume II , le 25 octobre 1898 d'entrer dans la vieille ville sur son cheval blanc

Guillaume II , devient empereur allemand 1888, l'année des trois empereurs (Guillaume I meurt en mars, son successeur Frédéric III trois mois plus tard et Guillaume II débute son règne qui durera jusqu'en 1918. Il est tenu pour responsable du réarmement de l'Allemagne et du déclenchement de la première guerre mondiale. Bien qu'antisémite, Guillaume II s'oppose au nazisme écrivant lors de la nuit de crystal en 1938 : Pour la première fois j'ai honte d'être allemand ».

En 1908 est installée une 'tour de l'horloge' au dessus de la Porte.

En 1917, ce sont les britanniques, vainqueurs des Ottomans qui entrent dans la ville par cette porte. Le général Allenby franchit cette porte en décembre , immortalisée par une photo un brin composée. La tour de l'horloge est alors demontée, ainsi que les constructions qui se situaient devant la muraille.

Entre 1948 et 1967, les jordaniens occupent la vieille ville et donc la porte. Les israéliens la prennent suite à la guerre de six jours en 1967.

Juste à l’intérieur de la porte, derrière une barrière en fer, se trouvent deux tombes décorées, particulièrement avec des turbans de pierre. Même s’il n’y a pas de noms sur les tombes, elles abriteraient les dépouilles des deux architectes qui ont conçu les murs de la ville.

A l’intérieur de la porte, on trouve deux tombes sans noms, décorées avec des turbans de pierre de l’époque ottomane. (Crédits : Shmuel Bar-Am)

La tradition locale soutient que Souleiman, fou de rage, les aurait fait exécuter tous les deux lorsqu’il aurait appris que, malgré ses ordres, ils avaient laissé la tombe de David et le mont Sion en dehors des murs de la ville. Selon une autre légende, Souleiman aurait ordonné de les décapiter afin que les glorieux murs de Jérusalem ne puissent jamais être reproduits. Et certains disent que les deux ont été assassinés parce qu’ils connaissaient les secrets de la ville. Une fois morts, bien sûr, ils ne pourraient plus transmettre ces faiblesses à n’importe quel ennemi lâche.

Plus loin sur la place, l’Hôtel Impérial a perdu de sa superbe. Mais les visiteurs qui l’observent à distance peuvent voir pourquoi, à la fin du 19e siècle, c’était l’édifice le plus majestueux où l’on pouvait loger dans la ville. Dans une allée entre les colonnes massives qui encadrent l’entrée se trouve un petit pilier avec, au sommet, un drapeau orthodoxe grec. Parmi les lettres latines sur la quatrième rangée, on retrouve « LEG X ». C’est parce que la Dixième Légion romaine a campé ici lors de la première révolte des Juifs contre les Romains au 1er siècle, et après leur victoire également.

De cette porte part

- sur le coté gauche (immédiatement à l'entrée) la promenade des remparts (nord) qui permet de survoler la vieille ville en longeant les remparts jusqu'au quartier musulman (passage notamment en haut de la porte de Damas) et la basilique Sainte-Anne.

- Sur le coté droit, en restant à l'extérieur, la promenade des remparts Sud (jusqu'au quartier juif et au Kotel)

- Sur le coté droit mais dans la vieille ville, le quartier arménien

- En face la rue David qui abrite le souk

2. La porte Neuve

En longeant la muraille vers le nord, on arrive à la porte Neuve, la plus récente.

Celle-ci a été érigée à la fin du XIXe siècle à la demande d'un ambassadeur français à Constantinople pour permettre un point de communication entre la vieille ville et les institutions françaises du secteur, notamment le centre Notre-Dame de France, où les pèlerins français logeaient. À cette époque, les chrétiens d'Europe avaient fait l'acquisition de plusieurs terrains à proximité de la ville sainte où ils avaient fondé diverses institutions dont l'hôpital Saint-Louis de France et l'École biblique et archéologique française. La porte Neuve, trouée dans la muraille nord, donne directement sur le quartier chrétien de la vieille ville.

3. La porte de Damas

En se dirigeant vers l'Est, on tombe sur la place Musrara, coeur de Jérusalem-Est, tout près de laquelle se trouve la porte de Damas, de loin la plus belle et la plus animée. Sur la petite esplanade devant la porte se tient chaque jour un marché populaire toujours bondé de monde et qui se prolonge à l'intérieur de la vieille ville. La porte de Damas se situe entre les quartiers chrétien et musulman. Elle donne l'accès aux quartier arabes et juifs orthodoxes de Jerusalem.

La porte de Damas est la seule porte qui a été l'objet de fouilles archéologiques. La porte actuelle date de l'époque de Soliman le Magnifique, mais les archéologues ont retrouvé les vestiges d'une porte bien plus ancienne datant de l'époque de l'empereur Hadrien, au IIe siècle de notre ère, alors que Jérusalem avait été rasée et renommée Aelia Capitolina.

 La porte de Damas tire évidemment son nom de la ville vers laquelle elle s'ouvre, et c'est pour la même raison que les juifs l'appellent plutôt la porte de Sichem, c'est à dire Naplouse. Les Arabes l'appellent Bab el-Amoud, c'est-à-dire « la porte de la Colonne ». On a compris l'origine de cette désignation lorsqu'a été découverte en Jordanie en 1884 la célèbre « carte de Madaba », une mosaïque du VIe siècle de notre ère sur laquelle Jérusalem est illustrée.

 

C'est le plan le plus ancien de la ville. On y voit que la porte de Damas donnait sur une place au centre de laquelle se trouvait... une colonne, érigée par l'empereur romain Hadrien. La colonne n'existe plus, mais le nom arabe de la porte en a gardé la trace pendant tout ce temps.

 

4. La porte d'Hérode

Plus à l'est encore, proche du musée Rockefeller, la porte d'Hérode doit son nom aux pèlerins chrétiens du XVIe siècle qui identifiaient (à tort) une maison mamelouke non loin de là à la résidence d'Hérode Antipas où Jésus aurait comparu (Lc 23,7-12). Son nom officiel, celui que lui a donné Soliman le Magnifique son bâtisseur, est « porte des Fleurs » et c'est ainsi qu'elle est désignée par les habitants de Jérusalem-Est qui la fréquentent principalement. Elle donne accès à la vieille ville par le quartier musulman. Peu fréquentée par les touristes, elle garde une atmosphère locale plus affirmée que les autres, me semble-t-il. À l'intérieur, sur la petite place où de vieux Arabes passent des heures devant un grand verre de thé à jouer au backgammon tout en fumant le narguileh, la pipe à eau (les Arabes disent « boire » le narguileh), les écoliers arabes en uniformes font la file devant le marchand de bonbons.

5. La porte des Lions

 

La porte des Lions est la seule porte qui permet d'entrer dans la vieille ville de Jérusalem par la muraille orientale. On y accède par la vallée du Cédron. C'est par cette porte que les Israéliens pénétrèrent dans la ville lors de la guerre des Six Jours en juin 1967, après la reprise de Jérusalem aux Jordaniens .

Pour les croisés c'était la porte de Josaphat. Pour les Chrétiens c'est la porte Saint-Etienne, car ce dernier, premier martyr de la chrétienté fut lapidé près de cet endroit ( mais jusqu'au XIVe siècle ce nom était réservé à la porte de Damas, plus proche du lieu traditionnel de la mort du premier martyr chrétien). Paul de Tarse, par encore converti sur le chemin de Damas, assiste à l'exécution sans compassion aucune.

Le nom arabe de la porte est Bab Al-Ghor « porte du Jourdain »,

 Le nom hébraïque « porte des Lions », fait référence aux lions sculptés en bas reliefs de chaque coté de la porte (emblèmes du sultan mamelouk Baïbars (1260-1277) qui fut en grande partie responsable de la chute du royaume latin de Jérusalem). Selon une légende, ces lions représenteraient ceux qui seraient apparus en rêve à Soliman afin de lui ordonner de construire les remparts de la ville (reconstruction menée à bien à partir de 1538). Ces lions sont d'ailleurs plus probablement des panthères. Lors de la construction en 1541, Soliman (1520-1566) a réutilisé à son profit ces bas reliefs

En arabe, la porte se nomme plutôt « porte des Tribus », peut-être en référence aux tribus bédouines qui résidaient à l'Est de Jérusalem et qui accédaient à la ville par cette porte, ou encore « porte de Dame Marie » en référence à la maison des parents de la mère de Jésus qu'une tradition situe à proximité.

C'est près de cette porte que sont situés l'église Sainte-Anne (la piscine de Bethesda, Jn 5,2), le couvent des Soeurs de Sion (l'Ecce Homo) et le couvent franciscain de la Flagellation (début de la Via Dolorosa).

De cette porte part la procession de la Via Dolorosa chaque vendredi.

 

6. La porte Dorée