Ce qui attire le regard sur toute photo panoramique de Jérusalem, c'est ce dôme, le dôme du Rocher domine la vieille ville. Il est parfois confondu avec la Mosquée Al-Aqsa située elle-aussi sur l'esplanade des Mosquées, ou avec la mosquée d'Omar, le dôme n'est pas une mosquée. Une mosquée d'Omar existe d'ailleurs, mais à côté du Saint-Sépulcre.

Le Dôme du rocher est le plus ancien monument de l'Islam.

Il a été construit suite à la conquête de Jérusalem par l'armée d'Omar en 638. Omar lui-même n'est pas venu à Jérusalem mais la renommé de ses généraux lui est remontée. Selon une légende, il serait arrivé à Jérusalem, et aurait demandé au patriarche Sophronius (Sophrone) de la conduire l'esplanade du temple. Sophrone aurait dans un premier temps essayé de le tromper en le menant au Saint-Sépulcre (d'où la mosquée d'Omar où il aurait prié en face de la basilique) , puis à l'église Nea. Finalement, ils montèrent sur l'esplanade. Omar constate alors l'état de celle-ci, négligée par le pouvoir chrétien byzantin, couverte d'ordures. Omar utilise alors sa cape pour nettoyer l'espace qu'il occupe et fait déblayer l'esplanade sur laquelle il décide de construire le Dôme du Rocher.

La construction, remarquablement conservée, date de 691, à l'initiative du Calife Omeyyade Abd Al-Malik. C'est d'ailleurs à Jérusalem qu'il a été  proclamé Calife en 685. Les dimensions du monuments laissent penser qu'il a pu être construit pour imposer l'Islam à la Chrétienté (voir infra l'inscription) mais aussi pour concurrencer le pouvoir de la Mecque et de Médine qui n'étaient pas alors aux mains de Omeyyades (661-750).
Le Dôme a été construit pour couvrir et protéger le rocher qui affleure sur l'esplanade. Ce rocher selon les traditions est important pour le judaïsme comme pour l'Islam.

C'est ici que Abraham a mené son fils Isaac (ou Ismaël pour les musulmans) suivant ainsi les ordres divins et l'a attaché (scène de la ligature d'Isaac)  afin de le sacrifier.

C'était là qu'était le Saint des Saints, le coeur du premier Temple des Juifs où été déposée l'arche d'alliance. Endroit où seul le grand prêtre pénétrait un fois l'an, attaché à une corde qui permettait en cas de malaise de le ramener sans entrer dans le lieu qui était la demeure de Dieu par excellence. Pour le pèlerin de Bordeaux, un voyageur qui a laissé un récit et une description de Jérusalem, les Juifs viennent chaque année (probablement le 9 av jour de la destruction du Temple) et l’oignent, se lamentant, gémissant et déchirant leurs vêtements avant de s’en aller.
C'est aussi d'ici que Mahomet lors du voyage nocturne (Isra) décrit au verset 17  s'est élevé (scène de l'ascension, Miraj) au ciel pour y rencontrer les autres prophètes Abraham, Moïse, Jésus et Allah. Il y a sur le rocher une armoire dans laquelle est un coffre abritant deux poils de sa barbe. Son empreinte est située sous l'armoire.


L'ÉDIFICE
L'édifice est construit sur une esplanade délaissée par les Chrétiens, qui depuis la découverte du site du martyr du Christ se sont recentrés vers le quartier du Saint-Sépulcre.

Le Dôme est recouvert d'un alliage d'or pensant à lui seul 80 kg malgré son épaisseur de seulement 2,3 microns. La coupole a été remplacée en 1994 et la dorure calculée pour ne pas trop refléter le soleil au risque de devenir aveuglante. Le dôme est haut de 25 mètres pour un diamètre de 20 mètres. Il porte sur une arcade circulaire, elle même posée sur quatre piliers et douze colonnes. Ce double déambulatoire est assez proche de l'architecture des constructions byzantines de l'époque comme le Saint-Sépulcre tout proche et surtout du site de la Kaaba à la Mecque autour duquel tournent la pèlerins. Le Dôme fait penser à celui du Saint-Sépulcre ou de Sainte-Sophie à Constantinople. Il est doublé à l'intérieur d'un Dôme en bois, séparé d'un espace efficace pour isoler des variations de températures et qui a eu pour effet de protéger les oeuvres intérieures du ravage du temps.

 



L'extérieur actuel date de Soliman le magnifique (XVIe siècle). Il a été restauré dans les années 1960.
Les murs extérieurs, suivent un plan octogonal, et sont percés de quatre portes orientées selon les points cardinaux. Ils sont ornés de céramiques polychromes ottomanes.

Une inscription autant religieuse que politique y est gravée ; "ô gens du livre, ne soyez pas excessifs dans votre religion et dites seulement la vérité sur Dieu. Le Messie, Jésus, fils de Marie, fut seulement un messager de Dieu, il fut la parole de Dieu confiée à Marie. Croyez ainsi en Dieu et en ses messagers et ne parlez pas de trinité; abstenez vous de parler de cela, cela vaut mieux pour vous".
La formule n'est pas vraiment aimable, affirmant la supériorité de l'Islam sur le Christianisme dans la ville même où Jésus a prêché. Mahomet n'y est pas destiné comme un prophète (nabi) mais comme un serviteur (rasul), au même titre que Jésus (Issa). Les Juifs ne sont pas visés par l'inscription mais un des successeurs d'Abd Al-Malik, Omar II (706-712), leur interdira de venir prier sur le mont du temple. C'est d'ailleurs encore ajourd'hui le cas suite aux accords entre Israël et le Waqf qui gère l'esplanade après la guerre de 1967.

L'inscription est signée du calife Al-Mamoun indiquant qu'il est le constructeur. Elle indique auss la date de 691, alors que Al-Mamoun est un calife abbasside du IXe siècle, postérieur de 120 à la construction du monument.  Mais Al-Mamoun venait à peine de sortir d'une guerre de pouvoir avec son frère ainé et il a besoin de s'imposer. Il reprend donc à son compte et sa gloire la construction plus ancienne afin de marquer son pouvoir.
A l'examen, le nom du Calife est écrit à l'aide de lettres qui sont plus grandes et plus sombres que les autres lettre de l'inscription, confirmant que Al-Mamoun a du gratter les lettre du constructeur omeyyade Abd Al-Malik pour y placer le sien.




L'intérieur est recouvert de plaques de marbres, tandis que des vitraux ornent les fenêtres. Ces vitraux peuvent être rapprochés de ceux ornant la basilique de la nativité à Bethléem, laissant penser que les artisans étaient des chrétiens, peut-être convertis à l'Islam.

Les motifs sur les plaques de marbres sont construits en utilisant du marbre veiné. L'un des morceaux est taillé puis coupé en quatre. Les morceaux obtenus sont disposés différemment pour obtenir un effet géométrique de lignes qui s'éloignent ou se rapprochent.


Les colonnes sont surmontées de chapiteaux ornées de feuilles d'Acanthe, comme les colonnes de style corinthien, .
Les mosaïques intérieures s'étalent sur une superficie de 280 M2 et représentent des végétaux et des bijoux sans aucune représentation du vivant, plante, humain ou animal. La signification est encore discutée entre un décor esthétique, une représentation de la richesse du Calife (les bijoux) ou du paradis. C'est cette fresque qui est à l'origine des arabesques, ces variations infinies sur un thème géométrique ou calligraphique.

Au centre affleure le rocher, objet de vénération, non taillé, à l'état brut, sur lequel selon une tradition datant du XIe siècle,  Mahomet à laissé l'empreinte de son pied lorsqu'il a démarré accompagné de l'ange Djibril (Gabriel) son ascension vers le ciel.

Sous le rocher est située une grotte considérée comme le puits des âmes. Quand Mahomet a commencé son ascension, la roche a voulu le suivre. Un morceau s'en est arraché, et c'est ainsi que s'est créé cette grotte.
Elle est considérée comme une mosquée et contient un Mirhab, une niche architecturale indiquant la direction de la Mecque.

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