L'Empire achéménide (du nom de son fondateur Achéménès) est le premier des Empires perses à régner sur une grande partie du Moyen-Orient. L'empire s'empare de l'Anatolie , puis conquiert l'Empire babylonien et l'Égypte, unissant les plus anciennes civilisations du Moyen-Orient dans une seule entité politique de façon durable. Il menace par deux fois la Grèce antique mais s'effondre, vaincu par Alexandre le Grand, en 330 av. J.-C.

Après la prise de Babylone, Cyrus permet aux Judéens exilés de rentrer à Jérusalem, donnant instruction à ses sujets de faciliter ce retour. Après la mort de Cyrus, son fils Cambyse II conquiert l'Égypte en 527/525-522.

Darius Ier poursuit ensuite l'expansion de l'Empire, conquiert Samos vers 520-519, puis marche sur l'Europe, s'attaque ensuite à la Grèce mais sa défaite à la bataille de Marathon en 490, limite ses ambitions. C'est sous le règne de Darius Ier, dès 518-516, que sont construits les palais royaux de Persépolis et Suse, qui serviront de capitales aux générations suivantes des rois achéménides.

Stabilisation de l'empire et troubles à la cour

Après la mort de Darius, l'Empire achéménide conserve la domination de territoires allant de l'Indus à la Mer Égée pendant environ deux siècles et demi, longévité que n'avaient pas atteint les empires précédents (l'Assyrie et Babylone).

Xerxès Ier (Vieux perse : Xšayārša "Héros parmi les rois") succède à son père Darius vers 486-485, conduit une expédition contre l'Égypte, puis marche sur la Grèce et défait les Grecs aux Thermopyles. L'empire devient par la suite le plus grand du monde antique, avec un territoire couvrant approximativement 7,5 millions de km2. L'empire Achéménide se termine avec la mort de Darius III vaincu par Alexandre le Grand.

 

Histoire et civilisation de l'empire achéménide

(Afsaneh Pourmazaheri in  la revue de Téhéran, n° 149 , mai 2018)

Les Achéménides formaient un clan appartenant à la tribu des Pasargades. Ils étaient célèbres comme l’une des plus braves parmi les dix tribus perses du premier millénaire av. J.-C.. Un groupement appartenant à ce clan, qui formait la dynastie régnante, s’installa sur le territoire entourant les (actuels) sites de Pasargades, Persépolis et Naghsh-e Rostam. L’empire fondé par Cyrus II englobait l’Iran, la Mésopotamie, le Proche-Orient, l’Égypte, le nord-ouest de l’Inde et certaines parties de l’Asie centrale. L’histoire de la dynastie achéménide est connue notamment à travers les récits d’auteurs grecs, comme Hérodote, Ctésias et Xénophon, les récits de plusieurs livres de l’Ancien Testament, ainsi que des sources iraniennes comme les inscriptions royales (généralement trilingues), parmi lesquelles figure l’inscription de Darius sur le rocher de Bisotoun. La généalogie de la dynastie achéménide jusqu’à Darius Ier et Xerxès est rapportée par Darius lui-même, par Hérodote, et en partie par deux importantes inscriptions akkadiennes : le célèbre cylindre de Cyrus de Babylone (539 av. J.-C.), et un fragment prismatique du roi assyrien Assurbanipal (639 av. J.-C.) mentionnant Cyrus I et fournissant un synchronisme significatif pour les histoires assyrienne et persane.

Le clan achéménide a régné sur les tribus perses dès le IXe siècle av. J.-C., alors qu’elles étaient encore établies dans le nord de l’actuel Iran, près du lac d’Ourmia et tributaires des Assyriens. Il n’existe aucune évidence historique confirmant l’existence d’un roi nommé Achéménès, mais c’est peut-être sous son règne que les Perses, sous la pression des Mèdes, des Assyriens et des Urartiens, émigrèrent vers le sud dans la région montagneuse du Zagros où ils fondèrent, près des frontières élamites, le petit état Parsumash. Teispes, fils et successeur d’Achéménès (675-640 avant J.-C.), libéré de la suprématie mède pendant l’interrègne des Scythes, élargit son petit royaume, un Etat vassal du royaume élamite selon les documents du VIIe siècle, en conquérant Anshân et Fârs. Il fut le premier roi à porter le titre de « roi d’Anshân » jusqu’à l’avènement de Darius Ier en 522 av. J.-C. Avant de mourir, Teispes divisa le territoire de son royaume entre ses deux fils : Cyrus reçut en héritage l’ancestral Parsumash, et Ariaramnès, l’Anshân et le Fârs. Ces deux rois et leurs successeurs immédiats jouèrent un rôle mineur dans cette région où la partie se jouait entre les Mèdes et les Assyriens. Cyrus, roi de Parsumash, rendit expressément hommage à Assurbanipal et reconnut la souveraineté du roi de la Mède.

Le royaume perse fut alors réuni sous Cyrus II comme un Etat vassal de la Mède, et Cyrus II fut surnommé « roi d’Anshân ». Il est dit que Cyrus II était le petit-fils d’Astyage, mais cela ne l’empêcha de vouloir se débarrasser du joug des Mèdes. En 552 av. J.-C., il forma une fédération officieuse avec les tribus perses et organisa des soulèvements. En 550 av. J.-C., Cyrus II le Grand renversa finalement l’empire Mède et devint le premier vrai monarque de la dynastie achéménide. Les Mèdes organisèrent une mutinerie et rejoignirent Cyrus pour marcher sur Ecbatane, la capitale mède.

Après la prise de la capitale, Cyrus se couronna roi de Perse et fonda une capitale sur le site de sa victoire. Il baptisa cette nouvelle cité : Pasargades. En quelques années, il fonda un empire multinational sans précédent, le premier empire mondial d’importance historique, puisqu’il embrassait tous les Etats de l’Asie de l’Ouest. La Lydie et la Babylone chaldéenne avaient des accords avec les Mèdes et n’acceptaient pas le changement de pouvoir chez leur voisin. Elles déclarèrent la guerre au nouveau royaume perse. Après une bataille infructueuse pour les deux parties près de la rivière Halys, le roi Crésus retourna à Sardes, dans l’espoir de reprendre les combats au printemps, selon la coutume. Mais Cyrus II le suivit chez lui et s’empara de Sardes, capitale de Lydie et la plus riche des villes ioniennes. Quant à Crésus lui-même, il semble que Cyrus lui ait épargné la vie. Cyrus le Grand avait alors déjà commencé à appliquer sa règle consistant à épargner les dirigeants des royaumes conquis afin de bénéficier de leurs conseils pour mieux gouverner leurs territoires.

En 547 av. J.-C., Cyrus le Grand conquit le royaume lydien de Crésus, presque toute l’Asie Mineure et, en 539 av. J.-C., Babylone. Il voyait la coopération comme une force. Plutôt que d’essayer de prendre Babylone, la plus grande ville du monde, de force, Cyrus le Grand mena une campagne de propagande pour exploiter l’impopularité de son roi, Nabonide. Les portes furent ouvertes et des feuilles de palmier furent déposées devant lui alors qu’il entrait dans la ville. Une fois à Babylone, Cyrus organisa des cérémonies religieuses que Nabonide avait négligées. Ces actes permirent à Cyrus de réclamer le pouvoir légitime à Babylone. Les Babyloniens devaient payer leur tribut et Cyrus leur promit de veiller à ce que tous soient libres d’adorer leurs propres dieux et de vivre selon leurs propres coutumes. Les Juifs exilés furent autorisés à rentrer chez eux et reçurent de l’argent pour la construction d’un nouveau temple à Jérusalem – ce qui valut à Cyrus un passage élogieux dans l’Ancien Testament et accrut son pouvoir contre l’Egypte.

Son fils Cambyse II conquit l’Egypte (en 525 av. J.-C.), la Nubie et la Cyrénaïque (Libye). Mais une révolte éclata en Perse, menée apparemment par un prêtre mède se présentant comme le frère de Cambyse II, que celui-ci avait secrètement assassiné. Cambyse II se hâta de rentrer en Perse mais mourut en route, confiant la tâche de mettre fin à cette guerre de palais à l’un de ses généraux, un parent éloigné nommé Darius. Darius Ier, connu également sous le nom de Darius le Grand, tua le prétendant au trône, mais les soulèvements continuant sur le territoire de l’Empire, il se vit obligé de consolider les acquis de Cyrus. Soutenu par l’armée et les nobles de la Perse, Darius regagna l’Empire, maîtrisa les révoltes et conquit la vallée de l’Indus, territoire encore plus riche que Babylone.

Darius avait bien compris que pour faire fonctionner l’Empire, il avait besoin d’une organisation efficace. Il le divisa alors en vingt satrapies, chacune payant un taux fixe de tribut à la Perse. Chaque satrapie était dirigée par un satrape, ou gouverneur, nommé par le pouvoir royal central. Darius Ier, le plus grand des rois achéménides, put ainsi non seulement stabiliser l’empire violemment secoué par une douzaine d’usurpateurs, mais étendre ses frontières à l’est (vallée de l’Indus), au nord (Tribus Saka), et à l’ouest (Thrace et Macédoine). Durant ses trente-cinq ans de règne, il termina le travail de ses prédécesseurs. Durant le règne achéménide, l’Iran devint l’une des puissances majeures du monde. Le plus important des accomplissements de Darius, cependant, ne fut pas sa politique expansionniste, mais l’administration centralisée et étroitement organisée et le haut niveau culturel et artistique de l’empire.

Avec Xerxès, fils de Darius, la décadence de l’empire achéménide commença. Xerxès tenta de se comporter comme son père mais il manquait de sensibilité politique, économique et culturelle. Lorsque les augmentations d’impôts provoquèrent des émeutes à Babylone en 482 avant notre ère, Xerxès saccagea la ville et détruisit les temples. L’empire que Cyrus et Darius avaient construit fut assez fort pour survivre à cette glissade dans la décadence pendant 200 ans, mais peu à peu, les satrapes fondèrent leurs propres îles de pouvoir. L’état des choses continua à se dégrader jusqu’à ce que, malgré sa vaste étendue et sa forte démographie, l’empire, affligé par ses satrapes rebelles, succombe à l’invasion d’Alexandre sous Darius III, le dernier roi achéménide. En 401 avant J.-C., Cyrus le Jeune, satrape de Lydie, de Phrygie et de Cappadoce, organisa un coup d’Etat contre son frère Artaxerxès II à l’aide de dix mille mercenaires grecs qui rentrèrent chez eux après l’échec du coup. Les informations qu’ils ramenèrent en Grèce ouvrirent la voie à l’arrivée triomphale d’Alexandre le Macédonien en 334 av. J.-C.

 

Les caractéristiques de l’Empire achéménide

 

Dans l’Empire achéménide, la royauté était héréditaire. La succession semble avoir été réglée par la désignation du roi. Habituellement, l’héritier était le fils aîné. Les rois achéménides n’étaient pas vénérés comme des dieux, et ne se présentaient pas comme d’origine divine. Mais l’une des bases fondamentales de leur royauté, côte à côte avec la légitimité de l’héritage royal, était l’origine divine du pouvoir royal lui-même. Autrement dit, les rois étaient rois de droit divin. Ils devenaient rois par la faveur d’Ahoura Mazdâ, dieu suprême qui leur donnait le pouvoir. Le règne des rois achéménides, élus et représentants d’Ahoura Mazdâ sur terre, était donc légitimé par une autorité extratemporelle. Le roi était au-dessus des lois et autorisé à faire ce qu’il voulait. En tant que représentant du divin, le roi était sacré, et sa personne était rattachée au farnah, une sorte de splendeur divine ou de charisme royal. Ces deux principes, le dynastique et le droit divin, étaient visiblement hérités de coutumes et de croyances anciennes de peuples et de périodes différents, respectivement les tribus nomades préhistoriques d’origine indo-européenne et les peuples mésopotamiens hautement civilisés.

L’Empire perse était un Etat multinational et parmi les peuples le composant, les Mèdes occupaient une position spéciale. Les pays devaient rendre hommage au roi (sauf les Perses, qui avaient une position privilégiée). Son organisation sous forme de satrapies semble avoir existé sous une forme similaire dans l’empire Mède, mais fut vraisemblablement systématisée et revue par Darius qui, abandonnant l’autonomie locale selon des traditions de Cyrus et de Cambyse, développa un nouveau système d’administration. L’Etat créé par les réformes de Darius était principalement basé sur une administration provinciale réorganisée, bien que le système politique fût partiellement adapté aux circonstances locales. La domination des Achéménides sur les peuples conquis était, dans l’ensemble, assez libérale, et une grande autonomie était accordée aux peuples de l’Empire, spécialement à ceux de l’ancienne civilisation : les Babyloniens, les Assyriens, les Egyptiens et les Juifs. Il n’y avait qu’une unification administrative des peuples et il ne semble pas y avoir eu d’intention d’uniformisation culturelle. Chaque peuple pouvait maintenir ses propres institutions, coutumes, formes d’affaires ou de gouvernement, langue et religion, aussi longtemps que l’administration générale de l’empire était sous contrôle perse. Le retour des Juifs en Palestine, permis par Cyrus, ou l’attitude de Cyrus vis-à-vis des Babyloniens et celle de Cambyse envers les Égyptiens montrent bien le type de fonctionnement de l’Etat achéménide, de sorte que les Babyloniens reconnurent Cyrus comme le successeur légitime de Nabonide et les Egyptiens reconnurent Cambyse comme fondateur d’une nouvelle dynastie légitime. Vivre et travailler ensemble dans les grands centres de l’empire tels qu’à Suse ou à Persépolis (où la population était mixte) créait une tolérance mutuelle, une assimilation, des contacts vivants entre divers groupes ethniques et une sorte de syncrétisme culturel et religieux. La société achéménide était féodale et basée sur une loyauté personnelle entre le roi et chaque sujet, héritée de l’époque indo-iranienne et même indo-européenne. La noblesse, qui possédait de larges territoires, était étroitement liée à la cour royale. Les principales autorités de l’administration et de l’armée, les satrapes et les généraux, étaient appelés les bandaka ou vassaux (suiveurs du roi) qui portaient la « ceinture de vassalité » et dont la loyauté était généreusement rémunérée par le roi.

 

Le centre administratif de l’empire était le palais royal, où le système bureaucratique et administratif était organisé selon le modèle babylonien. A la cour comme dans toutes les autres autorités administratives, la chancellerie était dirigée avec beaucoup de précision. Comme dans d’autres anciens états du Proche-Orient, la communication administrative entre le roi et les bureaux provinciaux se faisait par lettre. Le langage administratif uniforme de la bureaucratie et les moyens généraux de communication et de correspondances diplomatiques étaient l’araméen. L’araméen était déjà à l’époque néo-assyrienne la langue internationale des diplomates et dominait le cunéiforme. Sous Cyrus, l’araméen était utilisé par l’administration dans la partie occidentale de l’Empire mais sous Darius, il devint la langue administrative de tout l’Empire. Des documents araméens ont ainsi été retrouvés sur un territoire qui s’étend de la Haute Egypte et l’Asie Mineure occidentale jusqu’au nord-ouest de l’Inde. En revanche, les inscriptions royales étaient écrites principalement en trois langues et dans les systèmes d’écriture cunéiforme : vieux perse, élamite, babylonien, parfois aussi en hiéroglyphique égyptien et araméen. Le vieux perse (à la fois la langue et l’écriture) était utilisé seulement pour les inscriptions monumentales des rois notamment dans les palais et les tombes, mais il n’était ni d’usage commun ni employé à des fins pratiques. Dans le Fârs, le propre centre de l’empire, l’élamite était utilisé comme langue administrative – on peut le voir avec la masse d’archives retrouvées à Persépolis - jusqu’au règne d’Artaxerxès Ier. Lorsque l’administration fut réorganisée vers 460 av. J.- C., l’araméen remplaça totalement la langue élamite et l’écriture cunéiforme.

Les Perses n’avaient jamais été gouvernés par un satrape, mais toujours par le roi lui-même. Ils contrôlaient les bureaux civils et militaires les plus importants et les plus influents. Les provinces étaient gouvernées par les satrapes qui étaient des fonctionnaires puissants nommés par le roi avec un mandat illimité. Comme leur titre l’indiquait, ils étaient les « protecteurs du royaume » de leur seigneur féodal. Les satrapes étaient des représentants immédiats du roi et lui répondaient directement. En tant que dirigeants de l’administration locale, ils rendaient justice et percevaient des impôts. Ils négociaient également avec les Etats voisins et avaient le droit d’engager des campagnes militaires. Habituellement, les satrapes étaient choisis parmi les nobles Perses et Mèdes. Les satrapies les plus importantes étaient souvent étroitement liées aux princes royaux. Dans l’ensemble, les satrapes avaient un pouvoir royal, mais à une échelle locale. Le pouvoir du roi, théoriquement absolu même dans les affaires locales, se déplaça avec le temps en faveur des satrapes.

 

Cyrus a le premier divisé son empire en satrapies, que Darius réorganisa après avoir mis fin aux rébellions. Les vingt-trois « pays » dirigés par Darius étaient les suivants : Perse, Elâm, Babylone, Assyrie, Arabie, Egypte, Dascylitis, Lydia, Ionie, Mède, Arménie, Cappadoce, Parthie, Drangiane, Ariâ, Chorasmie, Bactriane, Sogdiane, Gandhara, Scythie, Sattagydie, Arachosie et Maka. D’autres pays s’ajoutèrent à cette liste pendant le règne de Darius : dans des textes postérieurs en vieux persan et en hiéroglyphique, on voit apparaître la Sagartie, l’Inde, la Thrace, la Libye et la Carie. Les listes que nous connaissons varient considérablement en nombre, en forme et en contenu au fil du temps. Le nombre des satrapies croissait tandis que leur taille diminuait. En outre, plus les satrapes étaient petits et puissants, plus le contrôle était simple. Les satrapes eux-mêmes étaient régulièrement inspectés par des fonctionnaires, appelés « les yeux du roi » ou « les oreilles du roi » qui voyageaient dans tout l’empire et effectuaient des inspections surprises pour examiner la conduite des satrapes ou l’administration des représentants, en reportant directement leurs observations au roi. Ces inspecteurs royaux ou contrôleurs, confidents du roi, avaient généralement une relation plutôt tendue avec les satrapes et les autorités locales.

Cyrus II et Darius I introduisirent de nouveaux modes de législation, de juridiction et de droit civil qui, bien que fondés sur l’ancienne loi perse, furent fortement influencés par l’ancienne loi de la Mésopotamie, comparables au code babylonien ou aux lois hittites. La réforme des lois fut d’une grande importance dans le programme de Darius pour la réorganisation de l’empire, puisque dans un tel état multinational, l’ordre juridique était nécessaire à la sécurité publique. L’importance du droit en tant que fondement de l’Etat achéménide était de telle sorte que la royauté sur terre était liée, nous l’avons vu, au droit divin. La loi du roi était la loi de Dieu, et la volonté du roi était la loi universelle dans tout l’empire. Chaque décret royal, s’il était scellé du sceau du roi, était considéré comme une loi irréfutable et immuable. La loi des rois achéménides s’étendait sur tout le Levant parmi les Babyloniens, les Araméens, les Palestiniens et les Juifs. L’autorité judiciaire était entre les mains du roi et des « juges royaux » choisis parmi les Perses et nommés par le roi à vie. Le principe de l’autocratie absolue et illimitée du roi était ainsi maintenu. Le titre officiel de ces juges était apparemment « porteur de loi ». Ils devaient dispenser la justice et interpréter les anciennes lois. Les Achéménides prenaient au sérieux la question de la justice des juges. Les auteurs grecs rapportent plusieurs fois que des juges corrompus furent condamnés à mort et la punition était aussi cruelle que dans l’ancienne Mésopotamie et notamment l’exécution, la crucifixion, l’empalement, la mutilation et le bannissement étaient courants.

 

Afin d’établir une base économique solide pour son empire, Darius imposa, à l’occasion de sa réforme de l’administration, un tribut fixe à chaque pays (à l’exception de la Perse), et normalisa les poids et les mesures. Sous le règne de Cyrus et de Cambyse, aucun tribut formel n’était payé, et les rois se contentaient de recevoir des cadeaux. Sous Darius, toutes les provinces ou les « districts fiscaux » (basés sur le nouvel arrangement des satrapies mais indépendantes d’elles) devaient payer un montant annuel fixe en or et en argent et certains, un tribut fixe supplémentaire comme des chevaux, du blé, des métaux précieux, de l’ivoire, du bétail, du vin, de l’huile, etc. selon leurs ressources économiques. Les taux pour les districts uniques à réglementation spéciale étaient calculés avec soin. Ces tributs fixes étaient la plus importante source de revenus pour l’Empire et coulaient dans les vastes trésoreries royales à Ecbatane, à Suse, et particulièrement à Persépolis. Les autres sources de revenus étaient les droits de douane, ainsi que les droits municipaux, routiers et de transit. Tout cela servait à couvrir les dépenses du roi et de l’Etat, notamment les salaires des serviteurs et des fonctionnaires du roi, de l’armée et des mercenaires, ainsi que les dépenses en travaux publics, tels que la construction de palais, de routes et de canaux.

 

Darius Ier fut le premier roi de la dynastie achéménide à frapper des pièces de monnaie (d’or pur) à l’instar des Lydiens, dont le roi Crésus avait présenté le premier vrai système monétaire. Darius favorisa le développement et l’utilisation des pièces de monnaie et introduisit une monnaie d’Etat uniforme. Influencé par la demande des provinces littorales habituées aux pièces de monnaie, il créa ainsi un moyen important de consolider l’empire en favorisant le commerce et la circulation. Les activités bancaires furent en particulier facilitées. Pour les banques privées, telles qu’elles étaient connues de la Mésopotamie à partir du 2e millénaire av. J.-C., de nouvelles opportunités furent ouvertes. La nouvelle norme monétaire était la darique dorée, frappée d’or pur. Ces pièces d’or étaient frappées par l’autorité centrale, le roi, qui détenait ce monopole et assumait donc la responsabilité du poids et de l’alliage réguliers de la pièce. Il y avait aussi des pièces d’argent, les shekels, frappés d’argent pur. Les dariques d’or et les shekels d’argent étaient du même type. Ils étaient grossièrement de forme ovale, frappés de petits globules de métal en forme d’œuf et n’avaient aucune légende. Le revers était seulement un carré irrégulier et l’avers montrait le roi perse avec une barbe et la couronne crénelée dans une position à demi agenouillée, portant la robe royale et tenant un arc dans sa main gauche et une lance dans sa main droite. Le monnayage des pièces d’or (les dariques) était une prérogative royale, mais des pièces d’argent et de cuivre pouvaient aussi être frappées, à titre occasionnel, au nom des satrapes et des généraux (notamment pour le paiement des soldats) ou des dynasties locales et des villes autonomes. Ces pièces non officielles portaient parfois des légendes en araméen, en lydien et en grec. Durant les premières années du règne de Darius, les salaires étaient payés en nature, mais au cours des décennies suivantes, les paiements en espèces augmentèrent rapidement, de sorte que le nouveau système fut entièrement établi à la fin du règne de Xerxès. Cependant, la monnaie perse ne joua un rôle important qu’en Asie Mineure et dans le commerce avec les villes grecques, car dans les autres pays, le commerce était généralement effectué en nature. La réforme du système monétaire s’arrêta à mi-chemin, puisque les rois préféraient thésauriser le métal précieux, de sorte que la plus grande partie du trésor royal resta intacte jusqu’à ce qu’il tombe entre les mains d’Alexandre.

 

Le commerce international se développa fortement à l’époque achéménide, stimulé notamment par l’introduction de poids et de mesures fixes et, surtout, d’un système monétaire stable. Dans tous les pays de l’empire, des conditions avantageuses de développement économique furent créées. L’administration impériale devait faire face aux immenses distances. Pour faciliter la communication entre les différentes parties de l’empire, Darius ordonna de construire des routes reliant Suse et Babylone aux capitales provinciales et rendant possible un transport rapide de caravanes, de troupes de poste, et facilitant le déplacement des inspecteurs royaux. La plus connue d’entre elles fut la « Route Royale » de Suse à Sardes à travers l’Assyrie, l’Arménie, la Cilicie, la Cappadoce et la Phrygie et traversant les fleuves Tigre, Euphrate et Hal. En tout, sa longueur était de 450 parasangs, et elle comportait cent onze postes royaux. Ces routes étaient soigneusement contrôlées et surveillées par des patrouilles, et étaient divisées en parasangs égaux. Ce terme, dont l’interprétation est incertaine, n’indiquait pas une distance constante ; c’était probablement une mesure du temps, la distance parcourue par un cheval en une heure et par conséquent variant selon la difficulté de la route. Les traces de telles routes découvertes par les archéologues attestent la qualité et la nouveauté des méthodes de construction des routes pavées et cannelées utilisées plus tard pour les véhicules à roues. Il n’est pas surprenant que le réseau des routes achéménides ait survécu longtemps après la chute de l’Empire. Une autre réalisation rendue possible par ces routes fut un service postal régulier, qui perpétua probablement une institution assyrienne semblable, et, pour sa part, servit de modèle pour Alexandre, ses successeurs et, indirectement, même les Romains. Ce système était basé sur les stations relais le long des routes, où des messagers étaient disponibles jour et nuit pour que les missives puissent couvrir la distance de Sardes à Suse en seulement sept jours.

Un autre accomplissement des Achéménides fut l’achèvement de l’ancien canal de Suez, qui reliait la Méditerranée à la mer Rouge et rendait ainsi possible un contact direct de l’ouest aux frontières orientales de l’empire. Le canal avait déjà été planifié par le pharaon égyptien Neko mais fut achevé par Darius. Il conduisait du Nil, à Bubastis, à travers les lacs amers, à la mer Rouge (à Suez), et était assez large pour deux trirèmes naviguant côte à côte. Il pouvait être traversé en quatre jours. Avec à la fois une soif de connaissances géographiques et un intérêt pour une politique commerciale à long terme, Darius finança des expéditions comme celle de Scylax de Caryanda, qui découvrit la bouche de l’Indus (la route maritime du golfe Persique).

La situation économique variait grandement dans les différents pays achéménides mais dans l’ensemble, le talent économique de Darius favorisa une situation favorable. Des changements significatifs eurent aussi lieu à l’époque achéménide en ce qui concerne l’agriculture, de laquelle le système économique de l’Empire dépendait fortement. L’une des réalisations majeures fut l’amélioration de l’irrigation, d’une importance vitale pour l’augmentation de la capacité de production en Egypte, en Babylonie, en Iran et en Asie centrale, partout où l’eau était insuffisante. Le succès dans la lutte incessante contre l’épuisement des terres cultivables ne fut possible qu’en creusant des canaux d’irrigation souterrains qui fournissent encore aujourd’hui une grande partie de l’eau de l’Iran et de l’Afghanistan nécessaire pour l’agriculture. Pour la plupart, ils appartenaient au roi, qui les louait à un taux élevé mais qui récompensait la construction d’un nouveau canal en concédant aussi l’usufruit de la terre ainsi cultivée aux familles en question pendant cinq générations. Darius était personnellement intéressé par l’amélioration de l’horticulture et soutenait l’extension de la culture de fruits de l’autre côté de l’Euphrate jusqu’au littoral asiatique. Les propriétaires les plus importants des domaines étaient le roi, les familles des principales autorités perses, les temples et les grandes entreprises commerciales. Ces domaines, y compris les terres arables, les jardins, les plantations, et les jardins zoologiques, généraient une grande richesse.

Le rôle des Achéménides dans l’histoire universelle consista à façonner un modèle de domination centralisée sur divers peuples ayant des coutumes, des lois, des religions et des langues différentes dans une nation relativement unifiée pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. La Perse peut être considérée comme ayant été le premier véritable empire, un empire avec une structure organisationnelle développée à partir d’une vision de gouvernement réaliste sur des peuples divers. Les rois achéménides donnèrent l’exemple du rôle d’un empereur et établirent un modèle pour les futurs empires grec et romain.

 

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