Le pogrom de Tripoli en juin 1948 est un événement clé dans l'histoire des relations entre les communautés juives et arabes en Libye, ainsi que dans le contexte plus large du conflit israélo-arabe.
Contexte
La Libye a été colonisée par l'Italie en 1911, et cette période a été marquée par des tensions entre les colonisateurs et la population locale. Les Juifs, bien qu'ayant des droits civiques, ont souvent été pris dans les conflits et ont subi des discriminations, particulièrement sous le régime fasciste de Mussolini.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Libye a été le théâtre de combats importants entre les forces de l'Axe et les Alliés. Après la guerre, la situation politique est devenue instable, avec des sentiments nationalistes croissants parmi les Libyens, qui voyaient les Juifs comme des alliés des colonisateurs.
Le pogrom
Le 3 juin 1948, des rumeurs circulent à Tripoli, prétendant que les Juifs auraient attaqué des Arabes en Palestine. Cette désinformation a enflammé les passions et a conduit à une explosion de violence. Des foules arabes ont commencé à saccager les maisons et les magasins juifs. Les synagogues ont également été ciblées, et de nombreux Juifs ont été attaqués dans la rue. Les témoignages de survivants évoquent des scènes de terreur, où des familles ont dû se cacher pour échapper aux assaillants.
Les forces de l'ordre libyennes ont souvent été incapables, voire réticentes, à intervenir pour protéger la communauté juive. Dans certains cas, elles ont même participé aux violences. Cette incapacité à protéger les Juifs a exacerbé le sentiment d'insécurité au sein de la communauté.
Après le pogrom, beaucoup de Juifs de Libye ont décidé de fuir. Environ 30 000 Juifs ont quitté la Libye entre 1948 et 1951, cherchant refuge en Israël, en France, en Italie, et dans d'autres pays. Ce mouvement de population a été facilité par des opérations organisées par des agences juives.
La communauté juive, qui avait été présente en Libye pendant plus de 2 000 ans, a quasiment disparu. Aujourd'hui, il reste très peu de Juifs en Libye, et ceux qui existent sont souvent en exil ou vivent sous une identité cachée.
Le pogrom de Tripoli est souvent oublié dans les discours plus larges sur la Shoah et le conflit israélo-palestinien. Il fait pourtant parti du cycle de violence et de persécution auxquelles les Juifs ont été confrontés dans le monde arabe. Des survivants et leurs descendants continuent de témoigner de cette période, cherchant à préserver la mémoire de leur communauté et à sensibiliser sur les dangers de l'antisémitisme et des violences communautaires.