Le 27 juin 1976, un Airbus venant de Tel-Aviv en Israël et transportant 246 passagers et 12 membres d'équipage est détourné par quatre terroristes, trois hommes et une femme. Les preneurs d'otages, deux membres du Front populaire de libération de la Palestine et deux Allemands membres des Revolutionäre Zellen prennent le commandement de l'avion. Ils envahissent le cockpit et annoncent au micro : « ceci est un détournement, l'avion est rebaptisé Haïfa »1.

«  L’homme s’appelle Wilfried Böse. Fondateur de la librairie Etoile rouge de Francfort, il fait partie, avec son acolyte Brigitte Kuhlmann, de la Fraction armée rouge, également appelée la « Bande à Baader », organisation terroriste allemande d’extrême gauche. Les deux autres pirates de l’air sont de jeunes Palestiniens issus du FPLP (Front populaire de libération de la Palestine). Böse affirme avoir posé des charges sur les issues de secours et ordonne au commandant de bord, Michel Bacos, de se diriger vers la Libye. L’avion se pose donc une première fois à Benghazi, pour y faire le plein de kérosène. »

Puis ils redécollent pour se poser à 3 h 15 à l'aéroport international d'Entebbe en Ouganda, près de Kampala, la capitale.

 

Michel Bacos, commandant de bord de l'avion pris en otage

 

À Entebbe, les quatre preneurs d'otages sont rejoints par trois autres pirates, et obtiennent le soutien des forces du dictateur ougandais, Idi Amin Dada.

Les pirates exigent la libération de quarante palestiniens emprisonnés en Israël et de treize autres détenus au Kenya, en France, en Suisse et en Allemagne.

« Parmi eux se trouvent Kozo Okamoto, responsable de la mort de 26 personnes dans le massacre de Lod en 1972, et l’archevêque Hilarion Capucci, arrêté pour avoir transporté des armes en Cisjordanie, mais aussi des membres de la RAF comme Fritz Teufel ou Inge Viett » 

Les passagers sont retenus en otages dans le hall de transit du vieux terminal de l'aéroport international d'Entebbe. Les preneurs d'otages en relâchent 47 dans un premier temps, ne gardant que les Juifs, qui sont menacés de mort au cas où Israël n'accéderait pas à leur demande. L'ultimatum est ensuite repoussé et 100 autres personnes sont libérées. L'équipage refuse pour sa part de quitter l'avion, sous l'impulsion de son commandant Michel Bacos.

« Le 3 juillet, Israël dit avoir commencé le processus de libération des prisonniers et demande que l’aéroport d’échange se trouve en territoire français. Une proposition une fois encore rejetée par le FPLP. Ce nouveau refus pourrait bien avoir décidé le gouvernement israélien à opter pour l’alternative qu’il envisageait. Car, en réalité, depuis le début de la prise d’otages, ce dernier ne préparait pas seulement la libération des prisonniers : il préparait également, dans le plus grand secret, un raid militaire visant à libérer les otages retenus à Entebbe. Une opération rendue envisageable par deux éléments : la description des lieux et des forces en présence faite par les otages libérés, dont plusieurs avaient été interrogés par le Mossad après leur libération, et un fait pour le moins insolite : l’ancien terminal où se trouvaient les otages avait été construit par une compagnie israélienne, qui en avait fourni les plans détaillés à l’armée. Forte de ces informations capitales, l’armée israélienne était en mesure de tenter, à 4 000 kilomètres de ses bases, une mission de sauvetage. »

Le 4 juillet, sous l'autorité du chef de commando Jonathan Nétanyahou, les Israéliens entreprennent l'assaut de l’aérogare (opération « Thunderbolt »), où sont détenus les 103 otages.

« Vers 23 heures, après près de huit heures de vol, le premier C – 130 atterrit à Entebbe, sans rencontrer de difficulté particulière. Immédiatement, trois véhicules en sortent, remplis de soldats israéliens : deux Land Rover et une Mercedes noire. L’usage de la Mercedes était une ruse : l’armée israélienne savait qu’Idi Amin Dada utilisait ce type de véhicule lorsqu’il rendait visite aux otages et espérait ainsi se faire passer pour lui auprès des soldats ougandais qui surveillaient l’aéroport. La tactique s’avère payante : le convoi n’est pas inquiété avant d’atteindre l’ancien terminal. Dans la salle où sont retenus les otages, c’est encore le calme plat. Les passagers sont couchés sur des matelas, certains dorment, d’autres sont trop inquiets de l’approche de l’ultimatum et de l’attitude irritée des terroristes pour trouver le sommeil. Soudain, des coups de feu retentissent : le commando israélien fait irruption dans la pièce. » 

L'assaut ne dure que 20 minutes et fait victimes parmis les otages (Jean-Jacques Mimouni, Pasco Cohen et Ida Borochovitch )

Yonatan Netanayhu, frère de Benyamin Netanyahu, est le seul mort des forces israéliennes.

45 Ougandais sont également tués dans l'assaut.

« La retentissante affaire de la prise d’otages d’Entebbe ne se termine pas avec la libération des otages. Derrière lui, le commando israélien laisse de nombreux morts parmi les soldats ougandais, une force aérienne abîmée, un maréchal-président courroucé. Il a également laissé derrière lui une otage : Dora Bloch, une Anglo-Israélienne de 73 ans, transportée à l’hôpital de Kampala à la suite d’un étouffement. Enfin, l’Airbus d’Air France se trouve toujours à l’aéroport d’Entebbe et Amin Dada réclame une compensation au gouvernement français. Dans les jours qui suivent le raid, l’Ouganda, soutenu par l’Organisation de l’unité africaine, convoque une session du Conseil de sécurité des Nations unies, afin d’obtenir une condamnation de l’intervention israélienne pour violation de sa souveraineté nationale. Les débats font rage pendant plusieurs jours à New York, Idi Amin se posant notamment comme une victime dans cette affaire, lui qui avait accueilli l’Airbus « pour des raisons humanitaires » et avait œuvré pour la libération des otages. Mais l’initiative ougandaise est finalement rejetée par le Conseil, qui estime que l’action israélienne n’avait « pas pour but de nuire à l’Ouganda, mais de libérer leurs ressortissants, menacés de mort par des terroristes ». Ce n’est qu’à l’issue des discussions qu’Idi Amin, face à l’insistance de la diplomatie française, se décide enfin à restituer l’Airbus à la France, apparemment sans concession. Quant à Dora Bloch, le silence de l’Ouganda face aux multiples sollicitations des Britanniques, inquiets pour leur citoyenne, fait craindre le pire. Pierre-Henri Renard soupçonne qu’elle a été tuée par des soldats ougandais au lendemain du raid. Une version qui sera confirmée près d’un an plus tard par le ministre de la santé, Henry Kyemba, lors d’un entretien au journal anglais London Sunday Times. L’affaire Dora Bloch aura eu pour conséquences la rupture des relations diplomatiques entre la Grande-Bretagne et l’Ouganda. »

De retour en France, le commandant Michel Bacos prend 15 jours de repos et demande à ce que son premier vol soit pour Tel-Aviv.

Michel Bacos est mort le 26 mars 2019 à Nice. L'hymne israélien a résonné lors de ses obsèques.

Le Colonel Yonatan Yaari, attaché militaire auprès de l’ambassade d’Israël en France, a également prononcé un discours : « Je tenais à être présent ici parmi vous pour saluer la mémoire du commandant Michel Bacos, a-t-il déclaré. Je suis très honoré de partager ce moment avec vous et de représenter ici l’État d’Israël et nos forces armées, Tsahal. En effet, suite à quelques jours dramatiques en 1976, nos destins se sont liés. Par son choix de ne pas abandonner l’ensemble des passagers israéliens et juifs, le commandant Bacos a fait preuve d’un sens de responsabilité, fraternité et courage remarquables qui ont marqué toute une génération en Israël. Il a dit : ‘Un équipage ne quitte pas ses passagers. Un point c’est tout.’ Il savait parfaitement qu’en faisant ce choix, il mettait en danger sa propre vie. Il a préféré rester fidèle à son sens du devoir et d’éthique. En mon nom personnel et au nom de l’État d’Israël, je vous présente toutes nos condoléances les plus sincères. La mémoire du commandant Bacos et de son héroïsme restera gravée dans l’histoire de notre nation pour toujours. »2