La calligraphie et l'épigraphie architecturale
L'architecture mamelouke est inséparable de la calligraphie — l'art de l'écriture arabe élevé au rang d'art majeur dans la tradition islamique. Chaque bâtiment mamelouk important est orné d'inscriptions en caractères arabes gravés dans la pierre, peints sur le stuc ou incrustés en mosaïque — des inscriptions qui constituent simultanément des documents historiques (dates, noms, titres), des textes religieux (versets coraniques, prières), et des œuvres d'art à part entière.

Le style d'écriture dominant dans les inscriptions mameloukes est le thuluth (« un tiers » — ainsi nommé parce que la hauteur des lettres représente un tiers de leur largeur) — une écriture cursive de grand format, aux courbes amples et aux verticales élancées, particulièrement adaptée aux inscriptions monumentales. Le thuluth mamelouk est reconnu par les calligraphes comme l'un des sommets de l'art calligraphique islamique — les maîtres calligraphes (khattatin) du Caire et de Damas produisirent sous les Mamelouks des œuvres d'une perfection formelle rarement égalée.
Le waqf comme instrument architectural et social
L'institution du waqf (fondation pieuse islamique) est le mécanisme social et juridique qui permit la construction et l'entretien de l'immense patrimoine architectural mamelouk. Le principe est simple : un fondateur (waqif) cède irrévocablement un bien immobilier (boutiques, terrains, moulins, bains publics) dont les revenus sont affectés à perpétuité à une institution pieuse — une mosquée, une madrasa, un ribat, un hôpital. Le waqf est inaliénable — il ne peut être vendu, divisé ni hérité — ce qui assure en théorie la pérennité du financement de l'institution.
Ce système eut des conséquences architecturales et urbaines considérables en Palestine. Le tissu urbain mamelouk de Jérusalem est en grande partie organisé autour des réseaux de waqf — les boutiques du souk al-Qattanin finançaient la madrasa al-Tankiziyya ; les revenus des bains publics (hammam) de la ville étaient affectés à diverses fondations pieuses ; les propriétés rurales (mezra'a) des environs de Jérusalem appartenaient aux waqf du Haram.
Ces réseaux de waqf sont documentés dans les registres des tribunaux religieux (sijillāt) de Jérusalem — des milliers de documents en arabe, conservés pour l'essentiel aux archives de la Cour Suprême islamique (al-Mahkama al-Shar'iyya) de Jérusalem, partiellement publiés et étudiés par des chercheurs comme Donald Little et Amnon Cohen.
Les arts du livre et les manuscrits enluminés

La Palestine mamelouke ne fut pas seulement un terrain d'expression architecturale — elle participa également à la culture des arts du livre qui fleurit sous les Mamelouks dans tout l'Empire. Jérusalem, avec ses madrasas et ses bibliothèques, était un centre d'étude et de copie des manuscrits.
Les Corans enluminés produits dans les ateliers du Caire et de Damas pour être offerts aux institutions religieuses de Jérusalem constituent l'une des expressions les plus belles de l'art mamelouk. Ces Corans — dont plusieurs sont conservés à la Bibliothèque nationale de Jérusalem, au Musée islamique du Haram et dans diverses collections européennes — se distinguent par la qualité de leur calligraphie (en thuluth ou en naskhi), la richesse de leurs enluminures (frontispices en or et couleurs, bandeaux calligraphiques, rosaces de fin de sourate) et la qualité de leur reliure (maroquin décoré de motifs géométriques et floraux estampés à chaud).
L'historien de l'art David James, dans ses études sur les Corans mamelouks (Qurans of the Mamluks, 1988), a montré comment ces manuscrits constituaient non seulement des œuvres d'art mais aussi des instruments politiques — offrir un Coran enluminé à une institution religieuse de Jérusalem était un geste de patronage symbolique qui signalait la piété et la générosité du donateur (James, Qurans of the Mamluks, Londres : Thames & Hudson, 1988).
Les arts métalliques et les objets de culte

Les mosquées et madrasas de l’esplanade conservent plusieurs exemples d'arts métalliques mamelouks — lampes en laiton ajouré (mashkāt), chandeliers en bronze (sham'dan), porte-Coran (rahla) en bois sculpté et incrusté — qui témoignent de la richesse des arts décoratifs islamiques sous les Mamelouks.
Les lampes de mosquée en verre émaillé — l'un des chefs-d'œuvre absolus de l'artisanat islamique médiéval — furent produites en grand nombre pour les mosquées de Jérusalem. Ces lampes, de forme conique évasée, sont décorées d'émaux polychromes appliqués à chaud : arabesques, versets coraniques en thuluth doré sur fond bleu ou rouge, médaillons floraux. Plusieurs exemplaires provenant du Haram al-Sharif sont conservés dans les grandes collections européennes — notamment au Musée du Louvre, au British Museum et au Musée islamique de Berlin (Ward, Islamic Metalwork, 1993, p. 89-102).

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