29 janvier : le député U Aung Kyi Nyunt forme un comité de 45 parlementaires – dont 18 de la NLD et 8 militaires – chargé de proposer des amendements pour réformer la constitution de 2008
 

Mars : La LND propose plusieurs amendements pour réformer la constitution. Il s'agit notamment de ne plus réserver 25% des sièges du pouvoir législatif à l'armée. Ces amendements, qui nécessitent une majorité supérieure à 75% ,ne sont pas acceptés, l'armée s'y opposant, assez logiquement.

Sans surprises, cet amendement, et plusieurs autres, ne sont pas passés. Le PUSD (Parti de l'Union, de la solidarité et du développement)  qui est le parti de l'armée et les parlementaires pro-armée, confortés dans leur majorité, les ont rejetés au motif que de tels changements auraient « des conséquences indésirables » qui affaibliraient la fragile « transition » vers la démocratie du pays.

Mais la LND de son côté s’est opposée à toutes les réformes autres que les siennes, notamment celles provenant des partis ethniques, choisissant de se les aliéner plutôt que de s’y allier, laissant aussi le PUSD suggérer des changements favorables à ces groupes ethniques dans une manœuvre hautement démagogique mais politiquement efficace puisque le parti conservateur savait que de toute façon la réforme ne passerait pas.

Point final, après avoir consacré durant son mandat une bonne partie de son temps et de ses forces à cette réforme de la Constitution vouée d’avance à l’échec au détriment de ce qui était et est toujours la priorité de la population, une amélioration économique et sociale, la LND a fini par renoncer au referendum qui aurait dû être organisé sur les quatre amendements mineurs finalement acceptés car cela coûterait trop cher pour aussi peu.

7 mai : libération de deux journalistes de l’agence Reuters.

Les deux journalistes de l’agence de presse britannique Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, qui enquêtaient sur le sort des Rohingyas, condamnés en septembre 2018 à sept ans de prison pour violation de secrets d’État, sont amnistiés par le président Win Myint et libérés.

10-12 décembre : audiences devant la CIJ suite à la plainte de la Gambie sur le sort de Rohingya

La Cour internationale de justice (CIJ) est saisie par la Gambie au nom des 57 pays de l'organisation de la coopération islamique, appuyée par le Canada, les Pays-Bas et une dizaine d'ONG, sur le sort des Rohingya en Birmanie.

La requête de la Gambie identifie deux éléments de la persécution des Rohingyas par le Myanmar comme « particulièrement révélateurs de l’intention génocidaire » : le déni systématique des droits légaux des Rohingyas, notamment les restrictions de leur possibilité de se marier et d’avoir des enfants et les restrictions sévères sur la liberté de circulation, incluant des camps de détention, ainsi que le soutien du Myanmar et sa participation à des campagnes de haine généralisées visant à diaboliser et déshumaniser le groupe des Rohingyas.

Quant aux actes de génocide, la requête met en avant des incidents entre octobre 2016 et août 2017 constituant des « opérations de nettoyage », dont des exécutions massives d’hommes, de femmes et d’enfants rohingyas ; la destruction systématique par le feu de villages rohingyas « dans l’intention de [...] détruire [le groupe], en tout ou en partie » ; le fait de prendre les enfants pour cible ; et des actes de viols et de violences sexuelles à très grande échelle.

Concernant la persistance des actes de génocide, la requête souligne les attaques continues contre les Rohingyas, notamment la destruction de plus de 30 villages entre novembre 2018 et mai 2019 et la privation de l’accès à la nourriture pour les Rohingyas. Elle prend aussi note du récent avertissement de la Mission d’établissement des faits indiquant que les 600 000 Rohingyas toujours présents sur le territoire birman vivent sous la menace de nouveaux actes de génocide perpétrés par le Myanmar.

La conseillère spéciale et ministre des affaires étrangère Aung San Suu Kyi est venue personne défendre le bilan du Pays et la politique de l'armée Birmane dans l'Etat d'Arakan.

Au sortir de ces trois jours d’audience, le décalage entre la gravité de la situation des Rohingya et le contenu de l’intervention d’Aung San Suu Kyi est frappant.

La page d'accueil du site officiel de la de la conseillère d'État mentionne « fake rape » (viol mensonger)  au sujet des viols infligés aux femmes Rohingya.  Aung San Suu Kyi a eu un mot pour les victimes innocentes mais elle n’a pas une seule fois nommé les Rohingya par leur nom. Elle conteste, non seulement « l’intention génocidaire » de l’État birman, mais aussi les crimes documentés par l’ONU et la nature de l’intervention de l’armée en 2017, défendue comme une action légitime face à une menace terroriste. Tout juste concède-t-elle un éventuel « usage disproportionné de la force » dans le cadre d’une opération de contre-insurrection, arguant que tout crime de guerre devra être jugé par la justice de son pays.

Quant au porte parole de l'armée le général Zaw Min Tun, c'est peur de dire qu'il est satisfait de l'intervention de la conseillère, comme il l'exprime à l'issue de l'audience :

"Aung San Suu Kyi a été capable d’informer la communauté internationale des racines de la crise dans le Rakhine et des attaques terroristes menées par l’ARSA, qui ont été précédemment dissimulées à la communauté internationale.

Elle a pu expliquer que le gouvernement et l’armée travaillent de manière responsable, en rendant des comptes conformément au système judiciaire de la Tatmadaw.

Elle a aussi levé l’incompréhension de la communauté internationale au sujet des opérations de nettoyage menées par l’armée.

Nous ne sommes pas des spécialistes du droit, mais … sommes optimistes par rapport à cette affaire."