Deïr Yassin est un village arabe proche de Jérusalem, situé sur une colline aux abords de la route stratégique qui relie la ville à Tel-Aviv. Le village comprend moins d'un millier d'habitants en 1948. Le 9 avril 1948, 100 à 130 membres de l'Irgoun, dont Menahem Begin est le dirigeant, attaquent ce village qui avait signé des accords de non-agression avec ses voisins juifs de Givat Shaul. L'attaque est approuvée par la Haganah.

Begin a déclaré qu'un petit camion ouvert muni d'un haut-parleur a été conduit à l'entrée du village avant l'attaque et a diffusé un avertissement aux civils d'évacuer la zone, ce que beaucoup ont fait. La plupart des écrivains disent que l'avertissement n'a jamais été émis parce que le camion avec Le haut-parleur a roulé dans un fossé avant de pouvoir diffuser l'avertissement

Rapidement l'Irgoun perd des hommes devant ce village dont la résistance est plus forte que prévue. Le Palmach arrive en renfort et prend le village. Il laisse ensuite les hommes de l'Irgoun réduire les poches de résistance. Ce qu'elle fait. Lors de ce ratissage, les hommes de l'Irgoun et du Lehi prennent les habitations une par une, les nettoyant souvent à la grenade1. Ils font également sauter plusieurs maisons à l'explosif.2 Sur 144 maisons, 10 ont été dynamitées.3

Des témoignages sont accablants 4:

M. Fahimi Zeidan, 12 ans: "Les Juifs ont ordonné à toute notre famille de s'aligner contre le mur et ils ont commencé à nous tirer dessus, j'ai été frappé, mais la plupart d'entre nous, les enfants, ont été sauvés parce que nous nous cachions derrière nos parents. Ma sœur Kadri (4 ans) dans la tête, ma sœur Sameh (8 ans) dans la joue, mon frère Mohammed (7 ans) dans la poitrine. Mais tous les autres avec nous contre le mur ont été tués: mon père, ma mère, mon grand-père Et grand-mère, mes oncles et tantes et quelques-uns de leurs enfants.

Mme Haleem Eid, 30 ans: "Un homme a tiré une balle dans le cou de ma sœur Salhiyeh qui était enceinte de neuf mois. Puis il a coupé son estomac ouvert avec un couteau de boucher".

Mme Naaneh Khalil, âgée de 16 ans, a vu un homme: «prendre une sorte d'épée et tuer mon voisin Jamil Hish de la tête aux pieds puis faire la même chose sur les marches de ma maison à mon cousin Fathi.

Mme Safiyeh Attiyah, âgée de 41 ans: «J'ai crié, mais autour de moi d'autres femmes ont été violées aussi. Certains hommes étaient tellement désireux d'obtenir nos boucles d'oreilles qu'ils ont arraché nos oreilles pour les retirer plus vite.

M. Mohamed Jaber, étudiant, «Les Juifs [ont fait irruption] dans [tout le monde], les ont mis contre le mur et les ont abattus. Une des femmes portait un bébé de trois mois.

 

Timbre commémoratif du massacre de Deïr Yassin émis par la Jordanie en 1965.

Une commission d’enquête médicale envoyée par l'Agence juive constate le 12 avril que toutes les personnes tuées à l'intérieur des maisons sont des femmes et enfants, abattues par balles. Elles sont enterrées dans des fosses communes par des cadets de la Haganah, l'Irgoun et le groupe Stern ayant refusé de se charger de cette tache ingrate.5

Kfar Shaül est l'hopital construit sur le site de Deïr Yassin

David Ben-Gourion adresse des excuses au souverain hachémite de Transjordanie, le roi Abdallah quarante-huit heures après les combats. Selon l’historien militaire et colonel israélien, Meïr Païl6,

au terme des combats... les Arabes ont été menés et exposés à Jérusalem dans un défilé de victoire….. ensuite, ces Arabes furent ramenés au village puis massacrés dans la carrière toute proche. Je les avais vus dans l’après-midi. Le massacre dura quelques heures. Aucun des commandants sur place n’éleva la voix contre ou ne l’empêcha….

D'après Paul Gniniewski7, ce témoignage doit être récusé, Meïr Païl n'ayant pas été vu sur place.

Le nombre de morts d'abord estimé à 254 a été ramené à 120 dans les années suivantes tant par l'historien Yoav Gelber que par le Centre de Recherche et de Documentation de la Société palestinienne de l’Université de Birzeit (qui compte 107 civils morts et 12 blessés). Côté israélien, il y eu 4 morts et 37 blessés.

Le lendemain de l'attaque, même Albert Einstein, aux États-Unis aura son commentaire écrivant aux amis Américains des combattants pour l'indépendance d'Israël :

Quand une véritable catastrophe finale s'abattra sur la Palestine, le premier responsable en sera le gouvernement britannique et les seconds responsables seront les organisations terroristes qui émanent de nos rangs. Je ne veux voir personne associé avec ces gens égarés et criminels.

Pour les historiens, l'ampleur du massacre a été délibérément exagérée, tant du côté arabe pour démoniser les Juifs que du côté israélien pour pousser les Arabes à s'enfuir.

Deïr Yassin eut un profond effet démoralisant sur les Arabes palestiniens, et ce fut un facteur majeur de leur fuite massive au cours des semaines et des mois qui suivront. Le service de renseignements de Tsahal a qualifié Deïr Yassin de facteur décisif accélérant l'exode arabe8. Deïr Yassin a aussi accru la pression des opinions arabes sur leurs dirigeants pour engager leurs armées contre le jeune État.

Pour le site DeirYassin.org qui a pour objet de commémorer la mémoire de Deïr Yassin :

Le massacre des Palestiniens à Deïr Yassin est l'un des événements les plus importants de l'histoire palestinienne et israélienne du XXe siècle.

Ce n'est pas en raison de sa taille ou de sa brutalité, mais parce qu'il est l'avertissement le plus alarmant d'un dépeuplement calculé de plus de 400 villages et villes Arabes et l'expulsion de plus de 700 000 habitants palestiniens pour faire place aux survivants de l'Holocauste et d'autres juifs du reste du monde.

Le point de vue est nuancé par certains, relaté sur Wikipédia :

En 2007, Uri Milstein9 a publié un livre controversé « Blood Libel at Deir Yassin » dans lequel il souligne que les événements de Deir Yassin furent avant tout le résultat d’une bataille et non un massacre. Toutefois, il va plus loin et nie également la réalité des atrocités qui suivirent la prise du village et qui sont prises comme exemple par les autres historiens pour décrire le massacre. Nadine Picadou nuance également les mêmes événements et considère que dans l’historiographe palestinienne « le massacre de Deïr Yassin a éclipsé la bataille de Deïr Yassin10 ». Benny Morris, quant à lui, considère que la prise du village, insignifiante sur le plan militaire, peut difficilement être qualifiée de « bataille11 ».

Le village a ensuite été rasé et incorporé à Givalt Shaul. C'est maintenant un hôpital psychiatrique qui a pris sa place.

Le 11 avril 2018, pour commémorer les 70 ans du massacre, la chaine Palestine TV a diffusé un documentaire sur Deïr Yassin.

Des images du camp de Nordhausen, un camp d'extermination pour malades satellite du complexe concentrationnaire de Dora-Mittelbau utilisées comme étant des photos de Deïr Yassin.

A la libération du camp de Nordhausen par les américains le 12 avril 1945, 3 000 cadavres jonchaient le sol. Palestine TV a utilisé un image de ce moment, en la floutant pour ne pas distinguer les rayures de pyjamas des déportés avec le commentaire suivant : « Quand ils ont tué et mutilé les corps de 250 femmes, enfants et résidents âgés » en ajoutant « Et [les Juifs] ont brûlé les femmes et les enfants dans le four du village. »

1 Yoav Gelber, Palestine 1948. 2006 p309

2 Benny Morris, victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste.

3 Site Deiryassin.org

4 Site Deiryassin.org/survivors testimonies

5 Histoire de la droite israélienne : de Jabostinsky à Shamir, Marius Shattner, p241. Ed complexe.

6 Selon son témoignage, Meïr Païl est arrivé sur les lieux peu après les combats.

7Antisionisme, le nouvel antisémitisme

8 Benny Morris in Charles Enderlin, Par le feu et par le sang,

9 Uri Milstein est un historien militaire israélien, très critique envers le Palmach.

10 Nadine Picaudou, (en)The Historiography of the 1948 Wars [archive], Online Encyclopedia of Mass Violence, novembre 2008.

11Benny Morris, 1948, p. 125-127.

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