Le Marais s’étend sur les 3ème et 4ème arrondissements de la capitale, sur la rive droite de la Seine. Il est compris entre l’Hôtel de Ville et les places de la République et de la Bastille. Le quartier du Marais à Paris fait partie des secteurs les plus anciens de la ville.
La communauté juive est centrée autour du métro Saint-Paul et de la rue des Rosiers. Le marais comprend moult restaurants, boulangerie et librairies.
Si la librairie du temple - Chir Hadah est centrée sur la monde Juif, religieux ou profane, le quartier comprend d'autres librairies (les cahiers de Colette , la mouette rieuse, La belle lurette etc...) décrites dans cet article dans Marais Mood
La communauté juive du Marais, à Paris, a traversé une histoire riche et complexe, marquée par des vagues d'immigration, des périodes de prospérité, mais aussi des moments de persécution et de douleur, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale.
Histoire de la communauté juive du Marais
Au Moyen-Age
La présence juive au Marais remonte au Moyen Âge, bien que la communauté ait été restreinte et souvent persécutée. Les Juifs vivaient principalement dans le quartier de la juiverie, situé autour de la synagogue et de l'école talmudique.
Ces Juifs, souvent originaires des pays de l'Europe occidentale (comme la Provence ou l'Alsace), étaient notamment des artisans, des commerçants ou des prêteurs. Malgré leur contribution économique, ils étaient victimes de stigmatisation et de pogromes, comme sous le règne de Philippe Auguste (1182) et Louis IX (1254), qui ont conduit à des expulsions massives.
Immigration juive italienne et germanique (XVIIe-XVIIIe siècle)
Après l'expulsion des Juifs en 1394 par Charles VI, la communauté juive à Paris, y compris au Marais, a disparu officiellement.
Cependant, certaines familles juives, d'origine italienne ou germanique, ont continué à résider dans le quartier en cachette. Ces Juifs "anversinois" (originaire d'Anvers) ou "portugais" (juifs sépharades) pratiquaient leur religion en secret, tout en s'intégrant dans la société parisienne. Ces immigrés ont contribué à l'économie du Marais, notamment dans le commerce et les activités artisanales.
Immigration juive ashkénaze au XIXe siècle
Le XIXe siècle a marqué un tournant avec l'arrivée massive de Juifs ashkénazes, principalement originaires de Pologne, de Russie et d'Ukraine. Ces immigrés fuyaient les persécutions, les pogromes et les restrictions légales dans leurs pays d'origine. Le Marais, avec ses rues étroites et ses logements abordables, est devenu un quartier de prédilection pour ces Juifs nouvellement arrivés.
À la fin du XIXe siècle, le Marais comptait plusieurs milliers de Juifs ashkénazes, représentant une importante minorité dans le quartier.
Les Juifs ashkénazes venaient principalement de l'Empire russe, de Pologne, et de l'Empire austro-hongrois. Les causes de cette immigration étaient multiples : les pogroms (comme ceux de 1881-1882 après la révolution russe), les restrictions légales sur la propriété et l'éducation, ainsi que la persécution religieuse.
Ces immigrants ont transformé le Marais en un quartier vibrant, avec des synagogues, des écoles, des boutiques, et des restaurants. Le quartier a également été un lieu de résistance et de solidarité, avec des structures communautaires comme les "boulangeries du samedi" (qui fournissaient du pain aux Juifs orthodoxes le shabbat).
L'entre deux guerres
Entre les deux guerres, une nouvelle vague d'immigration juive a touché le Marais, en particulier après l'effondrement de l'Empire russe et l'émergence des régimes fascistes en Europe de l'Est. Les Juifs fuyaient les persécutions, les restrictions et les menaces croissantes sous les régimes nationalistes. Des milliers de Juifs ont immigré à Paris, renforçant la communauté du Marais. Les immigrants étaient principalement originaires de Pologne, de Lituanie, et de l'Union soviétique.
Cette période a également vu l'arrivée de Juifs allemands, fuyant l'antisémitisme naissant sous le nazisme.
Le Marais pendant la Seconde Guerre mondiale
Le Marais, comme le reste de Paris, a été profondément touché par la Shoah. La communauté juive du quartier a été la cible de rafles, de persécutions, et de déportations, avec des conséquences tragiques.
En 1941, le régime de Vichy a établi un "Service de la police juive" (SPJ), chargé de traquer et d'arrêter les Juifs. Le Marais, avec sa concentration de Juifs, est devenu un quartier clé pour ces opérations.
La Loi du 2 juillet 1941 obligeait les Juifs à porter une étoile jaune, un symbole de stigmatisation qui facilitait leur identification et leur arrestation. Les Juifs du Marais ont été victimes de rafles systématiques, notamment la rafle du Vel d'Hiv : En juillet 1942, des milliers de Juifs ont été arrêtés dans le Marais et ailleurs à Paris, puis déportés vers le camp de concentration de Drancy, avant d'être envoyés à Auschwitz, avec une mortalité de près de 90 % dans les camps de la mort. La Shoah a laissé un vide profond dans le quartier.
Les synagogues, les écoles, et les lieux de vie communautaire ont été fermés ou détruits. Pourtant, avant la Seconde Guerre mondiale, le Marais était un quartier éducatif pour la communauté juive.
Les écoles talmudiques et les écoles communautaires offraient une formation religieuse et culturelle. Les Juifs ashkénazes, en particulier, attachaient une grande importance à l'éducation,
Après la guerre, les écoles juives ont lentement repris vie. Des institutions comme l'école talmudique de la Rue des Rosiers ont été reconstruites, symbolisant la résilience de la communauté.
Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) a été créé en 1988 à l'initiative du ministère de la Culture et de la Ville de Paris.
Installé depuis son ouverture en 1998 dans l’hôtel de Saint-Aignan (1644-1650), l’un des plus beaux hôtels particuliers du Marais, mis à disposition par la Ville de Paris, il a bénéficié des dépôts par l’État des collections juives du musée national du Moyen Âge : la collection d’Isaac Strauss (1806-1888), offerte en 1890 par la baronne Nathaniel de Rothschild et 70 rares stèles funéraires, provenant d’un cimetière médiéval mis au jour en 1849 rue Pierre-Sarrazin, données par l’éditeur Hachette.
En 2002, le musée d’Art juif de la rue des Saules, créé en 1948 par des survivants de la Shoah, transfert au mahJ la propriété des ses collections.
La collection du mahJ compte aujourd’hui plus de 12 000 œuvres, et de très nombreux fonds d’archives.
Le Mémorial de la Shoah trouve son origine pendant la guerre, avec la création dans la clandestinité d’un fonds d’archives visant à rassembler les preuves de la persécution des Juifs. Le Centre de documentation Juive Contemporaine se double plus tard du Mémorial du Martyr Juif Inconnu. Centre d’archives, musée, le Mémorial est aujourd’hui un lieu de médiation essentiel pour la transmission.
Le Mémorial de la Shoah est actif dans les domaines de la recherche et de la documentation, de l’édition avec la Revue d’Histoire de la Shoah, de la pédagogie, de la formation des adultes et sur le terrain de la médiation culturelle avec le musée et les activités culturelles mais aussi la valorisation des lieux de mémoire.
Le Mémorial de la Shoah abrite un Centre de documentation divisé en trois départements : les archives, la bibliothèque et la photothèque. Ce fonds d’archives, constitué de près de 50 millions documents, de photos, d’ouvrages, de films d’archives, d’affiches, de cartes postales et même d’objets est ouvert à tous, du chercheur à l’élève, qui peuvent venir consulter des archives sur place dans un espace unique d’information et de transmission du savoir sur la Shoah et, notamment, sur l’histoire des Juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale.
Régulièrement enrichi depuis la création du Centre de Documentation Juive Contemporaine en 1943 par des donations et acquisitions de documents des témoins de la Shoah, il constitue une archive unique et un instrument de tout premier ordre pour étudier la destruction des Juifs d’Europe.
Documentation à télécharger : https://www.memorialdelashoah.org/wp-content/uploads/2016/05/brochure-cdjc_2007.pdf
Le mémorial des martyrs de la déportation
5 quai de l'Archevêché
Dédié au souvenir de l'ensemble des déportés de France entre 1941 et 1944. Il est situé sur l'île de la Cité à Paris. Son architecture vise à évoquer les souffrances des déportés et à inciter les visiteurs à réfléchir et à se recueillir.
Les synagogues du Marais
Synagogue Nazareth - 15 rue Notre Dame de Nazareth
La plus ancienne des grandes synagogues de Paris. Construite en 1822, elle peut recevoir 1200 fidèles. Démolie suite à un risque d'effondrement, et reconstruite en 1852. La synagogue, actuellement de rite Séfarade, a été fréquentée par l'actrice Rachel et le compositeur Offenbach. C'est l'une des deux seules synagogues de Paris avec la synagogue proche des Tournelles à posséder deux galeries pour les femmes.
Synagogue Agoudas Hakeilos - 10 rue Pavée, site pavee.fr
Elle est aussi appelée Synagogue de la rue Pavée. Le bâtiment a été réalisé en 1913 par l’architecte Hector Guimard, le maître parisien de l’Art nouveau, pour l’association ‘’ Agoudas Hakehilos ‘’ ( Union des communautés), une association issue de neuf sociétés israélites orthodoxes d’origine essentiellement d’Europe Centrale ( Hongrie , Russie , Pologne , Roumanie ).
Grande Synagogue des Tournelles - 21 bis rue des Tournelles
Cette très belle et grande synagogue de rite ashkenaze, en style romano-byzantin a été construite par un élève de Baltard sur le site d'une ancienne synagogue. L'édifice a été inauguré en 1876
Synagogue Tephilat Israël Frank-Forter - 24 rue du Bourg Tibourg
"La Synagogue Frank-Forter a été inaugurée dans les années 20 pour la communauté juive d’Europe centrale. Ce n’est que dans les années 70 qu’elle devient une synagogue de rite séfarade. Le lieu de culte porte le nom du rabbin Ray Israël Frank-forter (HYD), déporté et assassiné à Auschwitz" (in ParisMarais.com) ...Créée en 1920, cette synagogue a ses origines dans la tradition juive orthodoxe non-consistoriale et hassidique. (in maraisvisite.com)
Synagogue Fondation Fleichman - 18 rue des Ecouffes
Armand Fleischman (-), son fondateur, est le premier président du Fonds national juif (FNJ) de France. Il créé l'oratoire en 1931, en l'honneur de son fils Roger, mort la même année, à 19 ans. La synagogue suit le rite séfarade.