13 mai 1969 : Emeutes raciales et affrontements interethniques entre populations chinoises et malaises.
 
Le bilan est lourd : 196 morts dont 123 chinois, 22 Malais et 12 indiens. 439 personnes sont bléssées.

 Ces violences débutent qui durent trois jours commencent après l’échec de l’Alliance aux élections fédérales du 10 mai 1969. L’alliance obtient 66 sièges sur 144 possibles. « Le 13 mai 1969, l'ACM (Chinoise) se retire de la coalition en indiquant que les Malaisiens d'origine chinoise ont enlevé leur confiance au parti. En effet, l'ACM perd treize sièges au profit du Parti de l'action démocratique (socialiste prochinois). L'Alliance perd également ses élections dans trois États fédérés, dont le Penang, qui aura désormais un chef de gouvernement chinois. Le succès des partis d'opposition supportant la communauté chinoise alimente l'anticommunisme chez les Malais, ce qui entraîne des violences interethniques. Le 13 mai, première journée des hostilités, le premier ministre Tunku Abdul Rahman Putra envoie une force de 3000 hommes pour mater l'agitation et imposer un couvre-feu sur la capitale. Il suspend également la Constitution et impute les résultats électoraux à un complot de la Chine communiste. L'état d'urgence, décrété le lendemain, entraînera l'arrestation de 200 personnes décrites comme des «communistes armés dangereusement»1.

 

A l’origine de ces émeutes, on trouve la politique raciale de la Malaisie. Les britanniques avaient favorisé l’immigration indienne et chinoise, et créés une ségrégation ethnique où schématiquement les malais étaient cantonnés à l’agriculture, les chinois dans l’industrie et les indiens dans les plantations. Le pouvoir économique dans ces conditions est revenu à la population chinoise. Le régime colonial n’autorisait l’accès au service civil malais (MCS) et au service administratif malais (MAS) qu’aux seuls Malais. Les non malais ne pouvaient accéder qu’aux services techniques et professionnels..En 1952, les anglais autorisent et limitent à 25% l’accès des non malais au service public malais (le MCS) 2

 

La formation de l’UMNO qui unit non pas la Malaisie mais les Malais, visait à rejeter le concept de Malaisie unie pour promouvoir les droits de seuls Malais3. La création en 1948 de la fédération de Malaisie qui succède à l’union Malaise limite les droits des non malais de Malaisie.

 

La constitution de 1957 reprend ces distinctions. Ainsi « l’article 153 énonce des droits spéciaux pour les malais dans l’enseignement , l’industrie et les services publics. Ces droits doivent être protégés par le Yang di-Pertuan Agong (Le plus haut dirigeant) . Lorsque le premier ministre Tun Razak a présenté le projet de constitution en 1957, il a insisté pour ces droits spéciaux fassent partie de la culture de la Malaisie et du concept de nation . » On dépasse là le cadre de la discrimination positive telle que d’autres pays ont pu la mettre en œuvre pour protéger une minorité. Outre le fait qu’elle renforce le droit de la majorité malaise elle s’étend à des secteurs beaucoup plus large en visant aussi l’industrie.

« Malheureusement ces droits spéciaux sont devenus l’une des principales sources de conflit entre les Malais et les non Malais. Alors que les premiers estimaient que ces droits étaient insuffisants , les seconds les considéraient comme des mesures discriminatoires. En 1969 les tensions se sont accentuées », provoquant les émeutes raciales. Le parlement est supspendu et l’état d’urgence rétabli.

« Le revenu moyen d’un malais ou plus globalement d’un bumiputera, demeurait, douze ans après l’indépendance, inférieur de moitié à celui de son voisin chinois. »4 Plus que le niveau de vie moyen qui a bénéficié d’une forte croissance ce sont les inégalités qui ont favorisé la crise.

 

Les élections législatives de 1969 réduisent l'assise de l'alliance. Le premier ministre Tunku Abdul Rahman est très critiqué et poussé à la démission. Il démissionnera de la tête de l'UMNO en juin 1971.

 

Le 20 mai, le prince Abdul Rahman forme un gouvernement provisoire pour la durée de l'état d'urgence. Il demeure Premier ministre ; mais Abdul Razak, vice-Premier ministre, apparaît comme l'homme fort du pouvoir.

1 Site « perspective Monde » de l’université de sherbrooke

2 Malaisie : Rôle de l’État dans la gestion des tensions ethniques.Shamsul Haque, Alternative-sud vol 17-2010

3 Le concept est même plus large puisqu’il s’agit des personnes d’éthnie malaise, sino-indigènes, indiens du sarawak et Ibans appelés globalement les fils de la terre ou Bumiputera

4 La Malaisie – Michel Gilquin – ed Karthala - 1996

 

En 1970, Tun Abdul Razak devient Premier ministre. "Abdul Razak d'origine Bugi, avait commencé sa carrière politique comme collaborateur de Templer, l'omnipotent dernier haut commissaire britannique en Malaya, dont une des principales taches avait été d'affronter l'insurrection communiste. C'est donc à une conception très "musclée" de la démocratie qu'Abdul Razak adhère et, lorsqu'il s'installe aux commandes du pays, en 1970, beaucoup craignent qu'il n'instaure une dictature. Tous les ingrédients sont réunis : Idéologie unique, la Rukunegara, tentation d'un parti unique, même s'il s'agit d'un front hétérogène avec le Barisan nasional et surtout concentration énorme de pouvoirs dans les mains du Premier ministre."1 Le nouveau premier ministre fait l’inventaire des mesures susceptibles de « restaurer l’harmonie et la confiance mutuelle ».

Mesures politiques : Des nouvelles élections sont prévues une nouvelle idéologie nationale est promue et même proclamée le 30 Aout 1970, les Rukunegara.

Mesures économiques : Le gouvernement renforce les droits spéciaux des Malais dans l’investissement, l’actionnariat et l’enseignement. Cette Nouvelle politique économique (New Economic Policy) a été promue en 1971. Son but était de donner plus de pouvoir économique (30% à terme de la richesse nationale) aux Malais. La NEP durera jusqu’en 1990. En 1975, par exemple, une loi sur la coordination industrielle prévoit que toute entreprise disposant de plus de 250000 dollars et de plus de 25 employés doit être composé d’au moins 30% de Bumiputeras pour recevoir ou renouveler un permis d’exploitation. Les bumiputeras ont bénéficié d’un accès plus facile aux fonctions dirigeantes des grandes entreprises, mais aussi de prix plus bas dans l’immobilier, de primes supplémentaires, d’avantages fiscaux etc..

1 La Malaisie – Michel Gilquin – ed Karthala - 1996 p. 89

 
La poigne de fer qu'Abdul Razak applique lorsqu'il est aux affaires renforce a contrario la légitimité des communistes qui reprennent leur guerilla dans le Nord du pays entre 1971 et 1972. 1973 : Le Front National - Barisan Nasional ou BN est créé en regroupant les partis de droite que sont l'United Malays National Organisation (UMNO), la Malaysian Chinese Association (MCA) et le Malaysian Indian Congress (MIC). Sous ces différents noms (Alliance puis BN) le même mouvement est au pouvoir depuis 1957.
 
Son fondement est clairement ethnique. 14 janvier 1976 : Décès à Londre de Tun Abdul Razak d'un cancer. Tun Ussein Bin Dato'onn , beau frêre du précédent devient premier ministre est malade et annonce qu'il ne sera qu'un homme de transition.  
La guerrilla communiste reprend et la chasse aux sorcière aussi. Des vice-ministres de Tun Abdul Razak font leur auto-critique, ils ont été des communistes cachés, tandis qu'un ancien ministre en chef du Selangor, tombé pour corruption est réabilité et réintégré au sein de l'UMNO.Janvier et Avril 1977 : Dans une opération conjointe, la Thailande et la Malaisie lancent des opérations contre la guerilla communiste située en Thailande sans qu'aucun combat n'ait finalement lieu. 1978 Incidents de Kerling .
Les élections législatives du 8 juillet voient la défaite du PAS le parti Islamique dont les sièges passent de 9 à 5 et la victoire du premier ministre Hussein bin Onn.
Des musulmans mécontents incendient des temples indous à KerlingLe 18 juillet 1981, le Dr Mahathir1 devient Premier ministre à 55 ans. Il restera en poste 22 ans.

1 Datuk Seri Mahathir ibn Mohamad

 

1984 : L'ïle de Labuan, proche de Brunei est détachée du Sabah et hissée au rang de territoire fédéral

 

19 novembre 1985 : Tuerie de Memali

Il s’agit de la première répression visant expressément les Islamistes en Malaisie. Ibrahim Mahmud était prédicateur et enseignant en religion. Il avait étudié notamment à Tripoli en Lybie où il avait gagné son surnom de Ibrahim Libya. La situation résulte de la dégradation des relations entre l'UMNO et le Parti Islamique le PAS, principal parti d'opposition. Ibrahim Lybia prêche contre l'UMNO et ses dirigeants qui ne pratiquent pas assez l'Islam, il est sur le point d'être arrété en vertu de l'ISA mais refuse de se rendre et se réfugie dans le village de Memali au Kedah avec ses frères et 400 hommes.

 

Mahathir étant en Chine (où dans son bureau d'après ce que dira des années plus tard son intérimaire ), son ministre de l'intérieur Musa Hitam, premier ministre par interim dirige les opérations. L'assaut est donné par 200 policiers contre les villageois. Il fera 14 morts sans compter les 4 policiers tués. Ibrahim Libya qui a refusé se rendre est lui aussi tué et deviendra suite à une Fatwa un martyr (Al shahid) . 159 personnes seront arrétées dont des femmes et des enfants. Les villageois étaient armés de façon tout à fait rudimentaires et l'affrontement inégal sera qualifié de massacre ou tuerie.

 

27 Octobre 1987 : Operasi Lalang1 (opération désherbage)

L'opération Lalang menée par la police Malaisienne le 27 octobre 1987 écrase l’opposition et tout mouvement social. 106 personnes sont arrêtés et quatre journaux interdits., the star et le Sin Chew Jit Poh , the Sunday star et Watan . Parmi les personnes arrêtées, il y a le chef de l’opposition général Lim Kit Siang, le vice président du MCA et un député UMNO. La plupart des détenus sera libérée rapidement mais 40 personnes seront détenues deux ans. C’est la deuxième fois (la première en 1969) que l’ISA, l’International Security Act est mis en œuvre. Datuk Seri Anwar Ibrahim est alors ministre de l’éducation. A ce titre il participe dans le gouvernement de Matahir dont il deviendra le premier ministre puis le premier opposant à la répression. Il a reconnu depuis qu’il avait eu tort à l’époque sur les nominations dans les écoles chinoises. Le 19 octobre 1987, il avait prévenu qu’il ne cèderait pas sur les nominations et que les professeurs organisant le boycott subiraient les conséquences de leurs actes.

Selon le livre blanc expliquant les arrestations, il s’agissait d’agir rapidement et fermement pour contenir les tensions raciales attisés par ceux qui ont exploité l’attitude libérale et tolérante du gouvernement.L'opération Lalang aura certes réussi à cantonner le risque d’éclatement violent des tensions raciales, mais au prix d'une restriction importante des libertés des minorités.

A l’origine de la contestation ainsi réprimée il y a la nomination de 100 assistants et directeurs d’école de chinois dont pas une ne parlait le Mandarin. Toute discussion des étudiants ou parents avec l’administration devait donc se faire en anglais ou malais, ce qui a été pris comme un moyen détourné de limiter l’emploi du chinois jusque dans les écoles où il était enseigné.Les protestations ont enflé jusqu’au 11 octobre 1987 quand s’est tenu un rassemblement de 2000 personnes décidant d’appeler à un boycott de trois jours dans les écoles chinoises si le gouvernement ne règle pas la question des nominations. S’y ajoute l’assassinat par un soldat malais d’une malaise et deux chinois avec un fusil M-16. La tension, les risques d’émeutes, tout est là pour donner au gouvernement de Mahathir bin Mohammad (premier ministre de 1981 à 20013) le prétexte à limiter encore les libertés publiques et le débat politique. Les journaux doivent désormais demander une licence valable un an seulement dont la révocation ne peut être contestée devant les tribunaux. Un éditeur peut être emprisonné trois ans pour diffusion de fausse nouvelle. Aucune assemblée générale ou réunion politique ne peut être réunie sans l’autorisation de la police.

1989 : Les 20 et 21 octobre 1990, victoire électorale du Premier ministre Mahathir Mohamad : le Front national, la coalition de partis qui le soutient, obtient 127 sièges sur les 180 du Parlement fédéral, soit une majorité des deux tiers.

 

Accord de paix avec la Thailande

Dissolution de l’Armée de libération des peuples de Malaisie. Ses 8000 combattants déposent les armes et abandonnent toute revendication.

 

1990 : Labuan devient un zone franche.

1 Informations reprises du Human right ressources center malaysia sur son site , http://hrforall.wordpress.com/operasi-lalang/. La source wikipedia en anglais est visiblement et grossièrement écrite par un proche des responsables de l’opération en reprenant le texte du human center et ajoutant quelques adjectifs ou causes ultra favorables au gouvernement de l’époque. Ainsi l’opération était nécessaire « to prevent the occurrence of racial riots due to the provocation from DAP leaders and press” consulté en 2013

 

Vision 2020 (Wawasan 2020) : Les grands projets de Mahathir

Mahathir propose en 1991, un plan "Vision 2020" visant à transformer en profondeur la Malaisie pour réussir en 20 ans à en faire un pays autosuffisant et industrialisé (Défi 6 : Établir une société scientifique et progressive). Il veut transformer le pays en apportant plus de prospérité économique et de bien être social. Il souhaite élever le niveau d'éducation et stabiliser la vie politique du pays. Son plan se décline en neufs défis stratégiques où la primauté malaise est évidemment présente (Défi 1: Établir une nation unie malaisienne composé d'une Race Malaise) comme le réequilibrage économique au profit de Malais (Défi 8 : Assurer une société économiquement juste, dans lequel il y a une répartition juste et équitable de la richesse de la nation). Il souhaite à la fois une société libérale, tolérante et libérée mais sécurisée, morale et solidaire.

Pour Elsa Lafaye de Micheaux1, Mahathir a construit "une économie ouverte et libérale, mais sans démocratie". 2

1 Elsa Lafaye de Micheaux est Economiste, Maître de conférences à l’Université Rennes 2 (5e section) et spécialiste de la Malaisie.

2 Durant la période Mahathir, Premier ministre au pouvoir entre 1981 et 2003... les exportations progressent en moyenne de 9 % par an. Cette insertion poussée dans la mondialisation ne s’est pas traduite par une démocratisation des institutions mais au contraire par un renforcement de l’arsenal sécuritaire et de la mise sous tutelle du pouvoir royal, de la magistrature, de la presse au profit du Premier ministre. La plupart des lois de coercition mises en place par les autorités britanniques pour lutter contre la menace communiste puis contre l’insurrection de 1948 sont passées du statut de mesures d’exception à celui de lois ordinaires juste après l’indépendance, pour finir par devenir un moyen efficace de réprimer une opposition pourtant légale : l’Internal Security Act (I.S.A.), le Sedition Act et l’Official Secrets Act limitent le débat public en interdisant toute discussion sur la domination politique et les privilèges des Malais. (Elsa Lafaye de Micheaux, La Malaisie, un modèle de développement souverain ?, Lyon, ENS Éditions, 2012 )

 

Les 24 et 25 avril 1995 se déroulent des élections législatives anticipées dont les résultats renforcent la position du Premier ministre Mahathir Mohamad. Avec 63 p. 100 des suffrages, le Front national remporte 162 des 192 sièges du Parlement.

En 1997, une crise économique frappe les pays de l'Asie du sud-Est et par ricochet l'Argentine, la Russie et le Brésil. Démarrée en Thaïlande par l'éclatement d'une bulle financière. La banque centrale

échoue à défendre la monnaie nationale. La panique se transmet aux bourses des pays proches et à tous les pays émergents. En Malaisie la divergence entre Anwar Ibrahim et Mahathir éclate au grand jour.

Ce dernier refuse de faire appel au FMI jugeant ce recours humiliant. Il est en cohérence avec ses positions anti-occidentales défendues depuis au moins 20 ans. Sa politique consiste à mettre en œuvre un contrôle des capitaux et en intervenant fortement dans l'économie.

Anwar Ibrahim au contraire pense que les faillites inévitables à venir peuvent assainir l'économie (destructions créatrices) sans soutien artificiel. La rupture est consommée.

Le 2 septembre 1998, le Premier ministre Mahathir Mohamad limoge son vice-Premier ministre. Les manifestations pour demander la démission de Mahathir se multiplient mais celui-ci restera encore cinq ans.

En 2013, dix ans après son retrait, Mahathir qui avait pris Anwar Ibrahim comme ministre pendant seize ans dira de lui : "Comme ministre, il était nul. Il l'a prouvé durant la crise de 1997. Tout ce qu'il préconisait, c'était de s'en remettre au FMI."1 Le fait est que la Malaisie, dirigée par Mahathir est le pays qui s'est relevé le plus rapidement de cette.

1 Interview de Mahathir par Le Monde - 23/05/2013.

 

2003 : Abdullah Badawi qui succède en 2003 à Mahathir. Le nouveau premier ministre lance cinq corridors de développement couvrant l’intégralité du territoire malaisien (trois sur la péninsule, deux sur la partie insulaire). Ces corridors sont de nouvelles régions économiques regroupant des États limitrophes mais à des niveaux de développement économiques souvent différents.1

 

2004 : Libération de Anwar Ibrahim en prison depuis 1998. Élections générales le 21 mars réduisant l'opposition à seulement 20 députés. Le Barisan Nasional d'Abdullah Badawi obtient 90% des sièges.

 

26 décembre 2004 : Tsunami en Indonésie. Il touche aussi la Malaisie à Langkawi notamment. On dénombre 75 morts et 300 blessés. Ce qui est très peu par rapport à l’Indonésie qui a pris le tsunami de plein fouet.

 

2007 novembre Malaisie : Une réforme constitutionnelle assure la prédominance de l'ethnie malaise sur les autres minorités. Les Indiens se révoltent contre la place de citoyens de seconde zone qui leur est attribuée. Le gouvernement réagit par la force en arrêtant des dirigeants de l'Hindu Rights Action Force (HINDRAF), organisatrice de la manifestation.

8 mars 2008 Malaisie : déroute électorale sans précédent pour la coalition au pouvoir et son principal parti l'Umno. Forte progression de l'opposition qui reçoit le soutien de plusieurs minorités ethniques. Le BN reste majoritaire à l'assemblée mais perd la majorité des deux-tiers requise pour amender la Constitution. L'opposition (PR) administre cinq États : Kedah, Kelantan, Penang, Perak et Selangor et perd le Perak.

 

3 Avril 2009 : Najiib Razak, vice premier ministre depuis 2004, succède à Abdullah Ahmad Badawi, démissionnaire suite aux elections désastreuse pour L'UMNO en 2008. Une de ces premières mesures consiste à libérer treize prisonniers détenus sous l'emprise de l'ISA. Il entend réformer la NEP introduite par son père Abdul Razak.

La Malaisie sort de la liste noire des pays non coopératifs en s'engageant à supprimer de la législation toute article faisant obstacle à l'échange d'information avec d'autre pays.

Najib Razak prend la direction du gouvernement dans un contexte politique et économique difficile. Afin de mettre la Malaisie sur la voie du renouveau, il annonce un programme de réformes ambitieux sous le slogan "’1Malaysia : People First, Performance Now"2.

En 2010, il s’engage à réaliser l’objectif fixé par Mahathir ("Vision 2020") : faire passer la Malaisie du statut de pays à revenu intermédiaire à celui de pays à haut revenu d’ici 2020. Le Nouveau Modèle Economique (NEM) qu’il présente est la composante théorique de cette Vision 2020. Najib Razak entreprend alors une réforme structurelle, tant sur le plan économique que social. Plusieurs programmes sont lancés (Economic Transformation Programme, Government Transformation Programme) articulés autour de projets de développement et d’objectifs prioritaires (lutte contre la corruption et la criminalité, éradication de la grande pauvreté...).

En 2011, le Premier Ministre s’engage à réformer certaines lois dites sécuritaires, héritées des heures difficiles de l’Indépendance (Loi sur la Sécurité Intérieure, Lois proclamant l’état d’urgence...). Après la manifestation pour des élections "libres et justes" (Bersih2.0), organisée en juillet 2011, Najib Razak met en place une commission parlementaire chargée de réformer le système électoral.3

 

Juin 2010 : Annonce du nouveau programme de transformation économique (ETP) dont l'objectif est de promouvoir l'innovation et les gains de productivité en faisant émerger un nouveau modéle économique, le NEM.4 Le contenu du NEM se construit autour de 8 plans d’actions axés sur la dynamisation du secteur privé, l’amélioration de la qualification de la main d’œuvre, la création d’une économie domestique compétitive, le renforcement du secteur public, l’élaboration d’un socle de connaissances, la promotion des sources de croissance, la pérennité de la croissance.5

 

1 Elsa Lafaye de Micheaux, La Malaisie, un modèle de développement souverain ?, Lyon, ENS Éditions, 2012

2 Le signe "1Malaysia" renvoit à une seule Malaisie donc au delà des séparations éthniques. En 2011 le journal Utusan Malaysia, journal de langue malaise et propriété de l'UMNO détourne le slogan et crée "1Melayu, 1Bumi" qui peut être traduit par " Malais et Bumitera d'abord". Le rédacteur en chef demande à l'UMNO de créer un mouvement à ce nom. Le même journal attaque ensuite les chrétiens le 7 mai 2011 avec un article intitulé "Malaysia negara Kristian ?", (la Malaisie, un pays chrétien ? . Le premier ministre rejette le slogan et la conspiration chrétienne mais si mollement qu'il renforce les organisations nationalistes, défenseurs de la "race malaise" cf L'Asie du Sud-Est 2012 - Irasec

3 Site Ambafrance-my.org/Rappel historique dernière modification le 12 juin 2012

4 L'Asie du Sud-Est 2012 - Irasec

5 http://www.francemondexpress.fr/librairie/dossiers/article/n/reussir-en-malaisie/

 
7 septembre 2011: Manifestations à Kuala Lumpur du mouvement Bersih 2.0. La manifestation est interdite mais 50 000 personnes descendent dans la rue demandant une Reformasi. L'ancien vice premier ministre Anwar Ibrahim est à la tête du mouvement et s'il n'est pas arrrêté il est blessé dans les affrontements entre police et manifestants. Le chef du parti Islamiste - le PAS - Adbul Hadi Awang est arrêté. 2012Anwar Ibrahim est acquitté le 9 janvier des accusations de sodomieL'Internal Security Act, l'ISA est aboli. 
 
19 Décembre 2012 : Les droits des Orang-Asli au Pahang sont recconus par la Haute-cour1"
La Haute cour a ordonné que 2.000 ha soient rendus à la minorité Semelai. La décision pourrait augurer de rectifications de la loi foncière. La bataille avait débuté il y a cinq ans. Depuis que, raconte le Malaysian Insider, un chef de village, contestant la classification de ses «terres ancestrales» en «réserve malaise», avait décidé d’engager des poursuites judiciaires contre les pouvoirs publics. En vertu du principe de discrimination positive faisant la part belle aux Malais, le gouvernement peut en effet décréter que certaines parcelles ne peuvent être possédées que par ces derniers. Mais, le 19 décembre, la Haute cour a donné raison au plaignant et ordonné que les 2.036 ha en litige, situés dans l’État de Pahang sur la partie orientale de la Malaisie péninsulaire, soient reclassés, sous un an, en «terres ancestrales». Elle a ainsi reconnu que «les Semelais occupaient et habitaient ces terres bien avant l’arrivée d’autres habitants, y compris les Malais». Pour les défenseurs des Orang Asli («peuple originel» en malais), cette décision risque de faire jurisprudence et d’accroître la pression sur le gouvernement. Sans parler de leurs terres déclarées «réserves malaises», les Orang Asli se plaignent d’avoir trop souvent été expropriés au nom du développement, que ce soit pour construire des routes ou des zones résidentielles. «Avec ce précédent, la communauté Orang Asli sera désormais mieux armée dans les conflits fonciers à venir», commente Colin Nicholas, un des militants de cette cause interrogé par le Straits Times de Singapour. «Il sera de plus en plus difficile pour le gouvernement de balayer le dossier sous le tapis.» Les peuples autochtones de la Malaisie péninsulaire comptent environ 100.000 personnes, soit 0,5% de la population totale. La plupart continuent de vivre de la forêt, de la chasse et de la cueillette. Divisées en 18 tribus, ils sont pour beaucoup animistes, même si certains se sont convertis à l’islam ou au christianisme. Bien que reconnus comme étant les premiers habitants de ces terres, les Orang Asli n’entrent pas officiellement dans la catégorie des bumiputra («fils du sol») qui, eux, jouissent de divers privilèges. Dans ces régions, la pauvreté y est nettement plus répandue (77% en 2008) et l’accès aux services de santé et au système éducatif plus réduit."

1 Asie Info 26/12/2012

 Février 2013 : Troubles au SabahLe 11 Février 2013, des troubles qui rappellent ceux de 1967-1968 éclatent au Sabah. Ils ont été initiés par un groupe armé d’environ 200 personnes qui débarquent au Sabah pour en reprendre possession au nom du Sultan Jamlul Kiram III Le gouvernement Malaisien, après avoir fait quelques sommations ouvre le feu en mars et fait une soixantaine de morts, principalement parmi les envahisseurs. Le « Sultan » Jamalul Kiram III demande à ses troupes de cesser le feu mais le village de Lahad Datu est le siège de violences. Les Philippines ne cherchent pas à attiser le feu mais plus à calmer les choses, mais sans succès.Les causes de la mésentente directe (1967) ou indirecte (2013) concernant le Sabah sont peut-être plus profondes que ne laisse penser l’histoire anecdotique du sultan autoproclamé Karim III et le souvenir du bail de 1878.
 
L’enjeu économique n’est pas loin. Les plantations d’huile de palme comme les gisements d’hydrocarbure (Brunei est à coté) font des envieux. Ensuite dans le pays majoritaiement catholique que sont les Philippines, l’île de Mindanao au sud majoritairement Musulmane est le siège du Front Moro National de Libération , musulman, qui aurait selon certains aidé le commando. Les ethnies de part et d’autres sont les mêmes, ce qui avait provoqué la révolte puis le massacre de Jabidah dans l’Ile Philipinne de Corregidor le 18 mars 1968 suite à l’opération Merdeka.(cf. Philippines). Pour autant les Philippines ne revendiquent plus le Sabah actuellement mais les nationalismes de part et d’autre peuvent embraser la région. Courte victoire du Barisan national (BN) au pouvoir depuis 1957. L’élection montre la désaffection des chinois envers les partis conservateur du BN au profit du Democratic Action Party, membre du Pakatan Rakyat « Alliance du peuple » dont Anwar Ibrahim est le leader.
 
Mais ce dernier , le rival de Mahatir Mohammad échoue à devenir premier ministre. A 65 ans sa carrière est sans doute finie.1. Anwar Ibrahim est le chef de la coalition du Pakatan Rakyat, qui regroupe trois partis de l’opposition. Pour le premier ministre Najib Razak, reconduit, 2Les élections du dimanche 5 mai, loin d'avoir contribué à rassembler les Malaisiens, ont renforcé le caractère ethnique de la scène politique : la polarisation entre les Malais, dominants, et les minorités chinoises et indiennes semble plus aiguë que jamais."C'est un tsunami chinois", s'est exclamé après la courte victoire de la coalition gouvernementale le premier ministre, Najib Razak. Bien obligé de reconnaître que les descendants des "fils du ciel" ont voté contre lui. Mais l'expression est malheureuse et Internet s'en est emparé avec délice et fureur, dans un pays où presque la moitié des 30 millions de Malaisiens est sur Facebook. Le commentaire du chef du gouvernement est déjà qualifié de "raciste".Cette tendance est inquiétante. Mais elle n'est pas neuve : le Barisan Nasional incarne un pouvoir qui instrumentalise les différences ethniques, contribuant à les renforcer. Depuis une quarantaine d'années, une politique de discrimination positive instituant un système de quotas a surtout profité aux Malais. Chinois et Indiens sont frustrés : ils ne jouissent pas des mêmes avantages que la majorité malaise pour entrer dans la fonction publique, à l'université, bénéficier de bourses d'études, se voir attribuer des logements par l'État, etc.Le premier ministre avait pourtant concocté le slogan "Une Malaisie" durant la campagne électorale, afin de montrer que le pays est uni et que tous les Malaisiens sont traités sur le même pied, quelles que soient leur "race" et leur religion. Conscient qu'il représente un système corrompu aux tendances autoritaires, il a insisté sur le fait que le scrutin se déroulerait de manière transparente. Ces derniers temps, il a également fait évoluer des lois liberticides permettant d'arrêter sans jugement des opposants au régime en les accusant de "sédition".
 
L'opposition conteste les résultats et dénonce une fraude massive et Anwar Ibrahim réitère ses accusations " Je maintiens que nous avons gagné les élections. La Commission électorale s'est rendue complice d'un crime, celui de voler aux Malaisiens le résultat du scrutin"3, notamment en faisant voter illégalement des étrangers.

1 Par contre sa fille Nurul Izzah Anwar, 32 ans, est réelue député. Elle avait été élue une première fois en 2008 et « toute surprise » de l’être à l’époque.

2 Le Monde 05/05/2013

3 l'express 06/05/2013 et AFP 
 
2014 : le 27 novembre, en dépit de ses annonces précédentes, le premier ministre Najib Razak déclare au congrès annuel qu'il a décidé de maintenir la loi anti-sédition Anti Sedition Act de 1948.
 
Enfonçant le clou, il ajoute qu'il a décidé de la renforcer afin de la rendre plus efficace. Enfin il déclare que la loi doit servir à « protéger l'inviolabilité de l'Islam »Il avait pourtant déclaré en 2012 que cette loi appartenait à une époque révolue.Pour Anwar Ibrahim, « c'est le début d'un règne autoritaire...il s'agit d'insuffler une culture de la peur »1.
 
Human Right Watch y voit pour sa part le début de nouvelles mesures de répressions contre les militants de la société civile et les figures de l'opposition. 2015. Alors qu'Anwar Ibrahim avait été acquitté des accusations de sodomie en janvier 2012, l'arrêt est annulé le 7 mars 2014 et sa condamnation à cinq ans de prison pour sodomie en application de la section 377B du Code pénal confirmée le 10 février 2015 par la cour fédérale section 377 B du code pénal «  Quiconque s’adonne volontairement à des relations charnelles contre l’ordre de la nature doit être puni d’une peine d’emprisonnement pour une durée pouvant aller jusqu’à 20 ans et devra aussi être fouetté ».
Entre 2010 et 2014, la section 377B a été appliquée dans 171 affaires2 La même section 377B avait été crée par les britanniques en Inde en 1850 pour contrôler la moralité des Indiens 2015 : le parlement adopte le 7 avril une loi rétablissant la détention sans procès en matière de lutte contre le terrorisme. C'est un conseil de prévention du terrorisme qui prend les décision d'emprisonnement sans que les tribunaux puissent interférer. De facto, l'internal Security Act est réintroduit dans le droit. La trêve n'aura duré que trois ans.

1 Le monde 28 novembre 2014 – Bruno Philipp

2Alterasia citant Chong Yee Shan in Everyon should be against Penal Code 377B
 
 

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2021 - 25 février : Un Malaisien a remporté jeudi une première bataille judiciaire contre les lois de l’islam qui interdisent les relations homosexuelles, une victoire qualifiée « d’immense progrès » pour la communauté LGBT.

 

En 2019, cet homme avait été accusé par un tribunal islamique d’avoir tenté d’avoir « un rapport sexuel contre nature ».